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samedi 20 avril 2024
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Itinéraire d’un élève brillant 

Parfois, certains sujets relatés échappent au rythme politique ou à une quelconque priorité d’actualités, auxquels notre rédaction s’intéressent tout autant, pour mettre avant tout en valeur l’humain. Des histoires comme celle-ci sont une lumière de plus dans un ciel parfois orageux, une aspiration vers d’autres rêves, loin des guerres de villages.

Au début de l’année 2023, Pia Capdevielle, professeure d’économie au Lycée Younoussa Bamana, soutenue par l’inspecteur d’économie-gestion de Mayotte, le proviseur du lycée Younoussa Bamana, Laurent Perdir-Prévost, des agents du Rectorat, le Recteur de l’académie de Mayotte, Jacques Mikulovic, et le directeur de l’IEDOM de Mayotte, Patrick Croissandeau, propose à ses élèves de Terminale STMG (sciences technologiques, du management et de la gestion) de participer à un concours d’excellence économique. 

Ce concours d’excellence, qui existe depuis quatre ans, n’est mis en oeuvre que pour la deuxième fois à Mayotte. Lors de l’année scolaire 2022-2023, 10 élèves de l’académie y avaient participé. « J’avais surveillé l’épreuve de ce concours en 2022 et je savais comment il fonctionnait, donc à la rentrée 2023, j’en ai parlé à mes élèves pour les inciter à participer et faire grandir la participation de Mayotte à ce concours », déclare Pia Capdevielle. 

Une cérémonie nationale, pas vraiment nationale

À l’issue des épreuves de 2023, trois élèves de Mayotte se distinguent, dont Anridhoine Daou Saïd, élève dans une classe de Terminale STMG encadrée par Pia Capdevielle. 

Anridhoine, qui a obtenu la meilleure note de l’académie de Mayotte, peut alors concourir au niveau national d’excellence économique, réunissant les meilleures copies de toutes les académies de France, d’hexagone comme d’outre-mer. Ainsi, pour la première fois de l’histoire de ce concours national d’excellence économique, un élève mahorais est sélectionné pour y participer. 

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Anridhoine Daou Saïd et Noémi Saint Jean, lauréate de l’académie de la Martinique, arrivée 2ème au concours national, étaient les seuls lauréats représentants d’un territoire d’outre-mer à Paris.

Mais en apprenant cette bonne nouvelle, Pia Capdevielle découvre dans les conditions de participation au concours, que toutes les académies de la France hexagonale seront conviées à une cérémonie finale de remise des prix à Paris, à l’exception des académies d’outre-mer. Dans les textes, cette exclusion est justifiée pour des raisons financières et environnementales, car la participation des lauréats d’outre-mer nécessiterait d’acheminer les élèves et leurs encadrants par avion pour se rendre à Paris.

Malgré ces contraintes, l’équipe pédagogique soutenant Anridhoine Daou Saïd, ne veut pas « que son chemin s’arrête là » et grâce à leurs efforts, Anridhoine décroche sa place pour Paris. « C’était vraiment frustrant de se dire qu’on était si prêts du but et qu’il (ndlr : Anridhoine Daou Said) ne pourrait pas aller à Paris (…) On s’est dit que c’était le moment de montrer qu’à Mayotte, il se passait aussi des choses intéressantes, que c’était important de montrer une image d’excellence de la section STMG qui brille aussi à Mayotte (…) que cette île n’était pas qu’un reflet de violences », a commenté Pia Capdevielle. 

Le 22 mars 2024, lors de la cérémonie de remise des prix à Paris, alors que Anridhoine et Pia sont assis l’un à côté à l’autre, le président de l’IEDOM, Ivan Odonnat, félicite directement le lauréat mahorais et sa professeure d’économie et salue la présence de certaines académies d’outre-mer, dont notamment celle de Mayotte : « Cette participation, c’est à la fois celle des élèves qui osent, ne craignent pas l’émulation et montrent leurs idées et leurs talents. C’est aussi, et je les salue particulièrement, l’implication forte des académies, des directions de lycées et des enseignants, avec lesquels nous entretenons des relations étroites et confiantes ». En 2023, 1480 élèves ont participé au concours PEE, représentant 15% de la participation au niveau national. 

« Honorer Mayotte »

De retour à Mayotte, Anridhoine Daou Saïd reprend le rythme scolaire pour la dernière ligne droite avant les épreuves du baccalauréat. Lors d’une pause entre ses cours, il nous accorde un moment. Ses premières pensées vont à son équipe pédagogique : « Le voyage c’était une première pour moi. C’est la première fois que j’allais à Paris. J’ai participé à la remise des prix des lauréats nationaux et j’ai beaucoup aimé ça. Je veux remercier tous ceux qui m’ont aidé à partir, ma professeure, l’inspecteur d’économie, le rectorat, le recteur de l’académie de Mayotte. » 

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Anridhoine Daou Saïd lors de la cérémonie de remise des prix d’excellence économique, entouré de la DDFPT de Martinique, la lauréate martiniquaise, l’inspectrice académique de la Martinique, et le président de l’IEDOM

Encore émerveillé de son déplacement à Paris, Anridhoine s’est également senti investi d’une mission de représentation du territoire : « J’ai pu honorer Mayotte, représenter Mayotte et tous les jeunes de Mayotte pendant ce concours à Paris ». Sa professeure d’économie qui l’accompagnait lors de ce voyage, lui a fait découvrir la capitale, certains endroits touristiques, des monuments, mais aussi des lieux du quotidien, comme des salles de cinéma. « A Paris, tout est grand. Ça m’a donné une idée pour mon projet futur. Au début je voulais me diriger vers l’entreprenariat mais je ne savais pas dans quel domaine, maintenant je sais que j’ai envie créer une entreprise à Mayotte dans le domaine du tourisme pour protéger Mayotte des pollutions et faire rayonner l’île. » 

Lorsque nous l’interrogeons sur les motivations qui l’ont poussé à participer à ce concours, Anridhoine explique avoir été inspiré par son grand frère : « Mon frère avait gagné un concours d’entreprenariat, ça m’a motivé à faire comme lui, dès qu’il aura réglé ses papiers, il partira en métropole monter son projet. » 

Un espoir contre la violence 

Soutenu par sa famille, Anridhoine tente alors de se concentrer sur ses études. Mais pour ce jeune originaire de Trévani, le quotidien n’est pas toujours simple. « En février, pendant un mois et demi, à cause des violences, entre Koungou et Trévani, j’ai pas pu aller au lycée, ça m’a beaucoup bloqué, c’était dangereux, même vers Majikavo, c’était trop dangereux. » 

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En 2024, pendant plusieurs mois à Mayotte, les violences étaient telles que de nombreux élèves n’ont pu rejoindre leurs établissements scolaires.

Pour ne pas se détacher du rythme scolaire, qui perdure malgré son absence, Anridhoine étudie alors seul pendant plusieurs semaines grâce à des livres : « Chez moi je n’ai pas accès à internet, j’ai révisé tout seul avec des manuels, des vidéos ou des tutos sur Youtube quand j’avais assez de forfait. » 

Grâce à un mental solide et une forte motivation, Anridhoine tente d’échapper aux groupes de jeunes de son village, en conflit avec Koungou, en restant « focus » comme il le dit sur son objectif professionnel : « Pour moi le concours m’a beaucoup aidé. Il pourrait aider d’autres jeunes comme moi, pour leur ouvrir d’autres portes, comme pour moi (…) Le concours m’a entrainé pour le bac mais au final, j’ai remporté le premier prix, je suis ressorti premier lauréat, ça m’a beaucoup aidé (…) Moi je me concentre sur mon projet professionnel pour plus tard, je suis focus (…) Faudrait dire aux jeunes de se concentrer sur leurs objectifs sans être dans ces conflits de villages car ne pas être dans les conflits donne du temps pour ses objectifs (…). » 

Certains de ses mots raisonnent avec ceux d’un jeune que nous avions rencontré un jour de grande violence à Mayotte en décembre 2023. Leurs paroles témoignent souvent d’une grande résistance, où certains jeunes prennent parfois le système scolaire comme bouclier, pour se protéger d’un tourbillon de violences, à la seule force de leur mental.

Mathilde Hangard

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