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Procès d’assises : 11 coups de couteau pour un terrain

Vendredi matin s’est ouvert le premier jour d'un procès d’assises, présidé par Nathalie Brun-Zahi, au sujet d’un homme mis en accusation pour un meurtre commis à Majikavo-Koropa près de quatre années plus tôt.

La victime s’agissait d’un homme de 72 ans, qui après avoir reçu 11 coups de couteau est décédé de ses blessures. Le jour du procès d’assises, sur le banc des victimes, il ne reste plus que son fils.

11 coups de couteau en pleine rue 

Les faits remontent au 27 juillet 2020 vers 18h où la gendarmerie de Koungou est informée de l’agression de Monsieur A, âgé de 72 ans. Les gendarmes et les pompiers se rendent alors à Majikavo-Koropa, à une centaine de mètres de la mosquée, où ils ne peuvent que constater le décès de la victime. Un des pompiers qui comparaissait en qualité en témoin a décrit cette scène comme « macabre », « c’était un bain de sang » a-t-il déclaré d’une voix retenue.  

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L’accusé est resté dans la même posture toute la durée du procès

A leur arrivée sur les lieux du crime, un policier et un pompier sont interpellés par des personnes qui leur montrent un couteau recouvert de sang, posé sur un muret. Ce couteau sera placé sous scellés. Les policiers interpellent alors un homme, qui se présente spontanément à eux, en déclarant « c’est moi », les mains et les habits recouverts de sang. 

En garde à vue, l’accusé reconnaît sans raccourci avoir tué son oncle maternel, avec un couteau qu’il appelle « couteau de Rambo ». Le soir du drame, l’accusé déclare, qu’alors qu’il se reposait sur le trottoir après avoir travaillé dans les champs, il croisa son oncle, qui le menaça en armant les poings. L’accusé aurait alors saisi de son sac, un couteau pour le « planter ». « Je ne savais pas ce que je faisais. C’est quand une personne m’a séparé de mon oncle que mon esprit est revenu ». 

Un différend familial à propos d’un terrain 

A l’origine du différend, réside un terrain qui contient de nombreux arbres fruitiers, dont les litiges sont anciens. Dans les années 80, la famille hérite d’un terrain. Une soeur (la mère de l’accusé) et un frère (l’oncle de l’accusé) se disputent alors la parcelle familiale. Malgré l’intervention d’un Fundi et d’un Cadi pour tenter de résoudre ces conflits, les tensions perdurent. Au début des années 90, le terrain est divisé entre la soeur et le frère, chacun exploite sa moitié de terrain et les choses sont plus calmes quelques mois. Mais les tensions demeurèrent palpables d’après les dires de l’accusé : « Mon oncle insultait tout le temps ma mère. » La mère de l’accusé possédait des zébus, qui mangeaient le manioc présent sur le terrain de l’oncle. 

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À la barre du tribunal, la mère de l’accusé est aussi la soeur de la victime

Dans la salle d’audience, le fils de la victime retient ses larmes. Les yeux baissés, il peine à regarder la cour et son cousin assis sur le banc des accusés. Lorsqu’il est entendu à la barre, il explique : « Il y avait une clôture entre les parcelles, j’ai essayé pendant longtemps de leur dire ne pas se disputer (…) Moi j’aimais mon père (…) » avant s’effondrer en sanglots. 

 La « menace » non prouvée 

Le jour du drame, la victime (l’oncle de l’accusé) aurait ainsi « menacé » son neveu et sa soeur en déclarant « Je vais vous tuer », d’après les dires de l’accusé. C’est alors que l’accusé avoue devant la cour s’être dit : « C’est mon tour maintenant ».  L’accusé explique alors froidement : « J’ai attrapé la main de mon oncle, j’ai sorti un couteau de mon sac et je l’ai planté plusieurs fois. » 

Pourtant, alors que l’accusé et sa mère relatent des années de conflits avec Monsieur A, le parquet ne trouve aucune plainte, aucun élément, aucun indice qui prouverait l’existence d’une quelconque menace exercée par Monsieur A sur sa soeur et son neveu : « Je n’ai pas la preuve que c’était quelqu’un de menaçant » déclare l’avocate générale. Aussi, la présidente s’interroge sur l’accusé : « Mais Monsieur, vous dites que c’était votre tour, mais votre tour de quoi ? Vous dîtes que votre oncle était un bakoko, qu’il avait 72 ans, était plus petit que vous, vous avez réussi à le maîtriser en peu de temps en lui prenant la main, vous dîtes l’avoir planté, franchement Monsieur c’est dur d’imaginer dans cette situation que vous étiez menacé ! » 

Des versions contradictoires qui font froid dans le dos 

À mesure que se déroule le procès, le public et la cour entendent alors des versions de l’accusé qui se contredisent et qui inquiètent sur le comportement de l’accusé, qui précise « je n’avais jamais fait ça avant ».

En effet, dès sa garde à vue, l’accusé aurait déclaré que le jour du crime, il se serait allongé sur le bord du trottoir pour se reposer alors qu’il revenait des champs pour aller voir sa nouvelle épouse, dont il était très amoureux et qui était enceinte de lui. 

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« Même à l’école primaire on apprend où se situe le coeur » a déclaré la présidente après que l’accusé, qui exerce comme instituteur, a dit ne pas savoir où se situait le coeur lorsqu’il a « planté » son oncle à onze reprises

Mais la présidente s’interroge progressivement sur les dires de l’accusé. « Le jour du drame vous étiez bien habillé avec un beau pantalon, une chemise et un pull, or vous déclarez que ce jour-là, vous reveniez du champ, mais ce n’est pas une tenue pour aller au champ n’est-ce pas ? », demande la présidente à l’accusé, qui répond par la négative. « Vous dîtes que vous alliez au champ rejoindre votre femme mais votre femme, dans sa déposition, dit que vous étiez à la maison », commente la Présidente. 

Et c’est ainsi que démarre une succession d’incohérences qui laissent peu de place à la compassion. Alors que la cour interroge l’accusé sur de nombreux éléments sur les faits, l’accusé enchaîne les contradictions. Il déclare alors qu’habituellement, il utilisait le couteau, ayant servi à « planter » pour aller couper des cocos dans son champ, or le couteau apparait comme neuf, flamboyant.

L’accusé dira aussi que « ce couteau est normal », quand les membres de la cour rétorquent que ce couteau n’est pas normal, qu’il est d’une grande taille, qu’ « il ne s’agit pas d’un couteau de cuisine ». L’accusé déclare aussi qu’il se promenait « partout avec son sac et ce couteau » et ce, « tous les jours ». Mais lorsque la présidente demande à l’accusé s’il se rendait aussi avec son sac et ce couteau sur son lieu de travail, à l’école où il exerce comme instituteur, l’accusé répondra que non. L’accusé dit même presque à demi mot avoir de l’espoir lorsqu’il explique que sa famille doit se réunir prochainement, avec la famille de son oncle, pour décider si ce drame était « bien un accident ». Mais le parquet rétorque : « Vous n’étiez pas menacé. Ce n’était pas un accident (…) Vous avez eu le temps de maîtriser votre oncle en lui prenant le bras et en ouvrant votre sac qui était dans votre dos, en prenant le couteau que vous aviez et en lui donnant 11 coups de couteau (…) Vous dîtes que ce couteau c’était le couteau de Rambo, vous avez pris ce couteau pour tuer. »

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L’avocat de la défense

L’accusé finit par expliquer qu’il a agi ainsi car son oncle l’aurait menacé devant tout le monde dans la rue : « Ah c’était pour une question d’honneur, 11 coups de couteau pour sauver votre honneur » s’est exclamée l’avocate générale, qui précisa que l’accusé n’est pas poursuivi pour assassinat, à défaut de préméditation, mais pour meurtre, « pour avoir donner la mort volontairement ».  

Ce geste d’une grande cruauté, même s’il a été commis sur quelqu’un décrit par l’accusé comme une personne « pas facile », ressemblent pourtant à un « acharnement » pour reprendre les mots de la présidente.

Au regard de ces échanges et des éléments techniques du dossier, la cour rendra lundi son verdict. L’accusé risque 30 ans de réclusion criminelle. 

Mathilde Hangard

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