24.9 C
Dzaoudzi
lundi 29 novembre 2021
AccueilEconomie"Les fonds européens restent virtuels" par manque de vision politique

“Les fonds européens restent virtuels” par manque de vision politique

Daoulab Ali Charif évoquait une économie fragile, soutenue uniquement par la consommation des ménages
Daoulab Ali Charif évoquait une économie fragile, soutenue uniquement par la consommation des ménages

L’Institut d’Emission des départements d’outre-mer (IEDOM) vient de rendre son rapport annuel sur l’évolution économique et financière de l’île en 2015. Elle répond là à sa mission d’observatoire de l’économie à Mayotte. Nous reviendrons sur ses observations en matière d’activité bancaire et fiduciaire, pour nous pencher en premier lieu sur les freins au développement et les leviers à activer.

On connaît déjà les fondamentaux de notre économie : une faible production locale, qui pèse peu, des exportations inexistantes, un maigre tissu industriel… Le premier commentaire à tirer est que la situation n’évolue pas d’une année à l’autre. Mais aussi, notre économie est bicéphale, « mais de plus en plus portée par la consommation des ménages, et depuis 3 ans, de moins en moins par la commande publique. Un modèle qui n’est pas viable », constate Daoulab Ali Charif, Chargé du suivi économique à l’IEDOM, « il faut absolument relancer la commande publique. »

Et pourtant, les défis du territoire sont énormes et connus : l’assainissement, l’éducation, le développement économique et social… » Et les projets correspondants aussi, inscrits qu’ils sont dans le Contrat de projet Etat-Région (CPER), pour 378 millions d’euros, et dans les programmes opérationnels des Fonds européens, pour 320 millions d’euros. Alors qu’est-ce qui cloche ?

La moitié des objectifs atteints sur le précédent CPER

Yves Mayet produisait le rapport 2016 de l'IEDOM
Yves Mayet produisait le rapport 2016 de l’IEDOM

« Et bien, ils restent virtuels tant qu’ils ne sont pas lancés », lance telle une lapalissade Yves Mayet, directeur de l’IEDOM, qui met là le doigt sur le fond du problème : tant que l’investissement public n’est pas concrétisé, le CPER en étant dépendant à 100%, et les fonds européens, dépendant aux trois-quart, et pour un quart des investissements privés, rien ne se fera.

Ce sont à la fois l’Etat et le Conseil départemental qui sont au banc des accusés : « Le précédent CPER n’a jamais été bouclé sur la période 2008-2014 », rappelle Daoulab Ali Charif. Ce contrat de projet doit être cofinancé par l’Etat et le département. Or, sur la partie Etat, si 93% ont été engagés, 55% ont été réellement consommés. Un peu plus de la moitié des objectifs ! Le département n’en a consommé lui que 40%. Ce qui nécessite de reporter quasiment la moitié de la programmation sur la période suivante.

Trois à six fois moins de réalisations

Opération de ramassage des déchets "historiques" à Chiconi fin juillet
Et pourtant les défis à relever sont énormes

Et l’on peut être inquiet puisque si le conseil  départemental devait apporter 40% de contribution, 60% pour l’Etat, la clef de répartition est sur le nouveau CPER respectivement de 49% et 51%. Une hérésie que nous avions dénoncée dès le départ, le déficit annoncé l’année dernière par le conseil départemental étant un frein à l’investissement de sa partie, et conditionnant aussi celle de l’Etat.

Le résultat est logiquement à la hauteur des craintes : « Le nouveau CPER prend le même chemin, avec 11 millions d’euros engagés en 2015, et pour l’instant, 12 millions en 2016. Alors que si l’on veut consommer l’intégralité des 378 millions d’euros, c’est 75 millions d’euros qu’il faudrait dépenser par an », fait remarquer l’économiste.

Même difficulté pour les fonds européens dont 11% sont engagés, « soit 11 millions d’euros, là où ils devraient être de un tiers. » Ce qui suffit selon lui à reléguer la clause de revoyure aux calendes grecques, puisqu’elle devait être l’occasion de réévaluer les montants nécessaires.

L’indexation a achevé les collectivités

Le chantier du futur centre commercial du Baobab arrêté au 2e trimestre 2015 pour permettre la reproduction des martinets des palmes
Les privés prennent parfois le relais comme ici au centre commercial du Baobab

En effet, il va falloir d’un côté que le gouvernement montre une volonté ferme d’investir dans l’île, et réévalue comme Manuel Valls s’y étaient engagé, la dotation globale de fonctionnement pour abonder les finances du département au moins à la hauteur de la Guyane. De la même manière, le versement total de l’octroi de mer aux communes, bien qu’échelonné sur trois ans, va pouvoir leur permettre d’envisager des programmes de développement en préfinancement des fonds européens. Mais pas immédiatement.

Enfin, les collectivités qui n’arrivaient déjà pas à sortir la tête de l’eau, ont été plombées par le financement de l’indexation des salaires qui atteindra 40% en 2017. Anéantissant leur épargne et leur faible capacité de préfinancement.

Il faut enfin avoir les moyens humains de consommer : « La capacité est-elle là pour bénéficier de tous ces fonds et mettre en œuvre ces projets », s’interroge Daoulab Ali Charif. Des compétences qui arriveront malgré tout si l’Etat donne une orientation claire de vouloir investir dans ce territoire.

Les entrepreneurs privés peuvent aussi prendre le relai, mais notre économie est encore très dépendante des transferts publics de la métropole, comme toutes les économies ultramarines, en dépassant tous les records chez nous.

Daoulab Ali Charif a du chercher désespérément un argument permettant de conclure sur une note optimiste, et l’a trouvé : « On note un retard au démarrage de la consommation de fonds européens dans tous les autres territoires. » Qui serait facilement boostée par des orientations politiques fortes du département et du gouvernement.

Anne Perzo-Lafond
Le Journal de Mayotte

Anne Perzohttps://lejournaldemayotte.yt
Anne PERZO Le journal de Mayotte https://lejournaldemayotte.yt

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

RESTONS EN CONTACT

Inscrivez-vous à la lettre d'information du JDM afin de garder en oeil sur l'actualité mahoraise

L'actualité

MAIRIE DE BANDRABOUA

0
Directive 2014/25/UE SECTION I : POUVOIR ADJUDICATEUR I.1) NOM ET ADRESSES Mairie de Bandraboua, BP48 - 238, rue de l’Hôtel de Ville , 97650, Bandraboua, Courriel : soibirdine.hachime@mairie-bandraboua.fr,...

VILLE DE MAMOUDZOU (976)

+26
°
C
+27°
+24°
Mamoudzou
Samedi, 04
Dimanche
+25° +24°
Lundi
+25° +24°
Mardi
+25° +24°
Mercredi
+25° +24°
Jeudi
+25° +24°
Vendredi
+25° +24°
Prévisions sur 7 jours
Emmanuel Macron, Elysée, François Guillotou de Kerever, Mayotte

Les maires de Mayotte d’une seule voix à l’Elysée

0
« C’est par la répétition que nous obtiendrons des réponses ». Les maires de Mayotte étaient reçus le 19 novembre par le conseiller Outre-mer d’Emmanuel Macron. Avec un enjeu : maitriser les dossiers pour se faire entendre
Gérald Darmanin, immigration, Manche, Angleterre,Mayotte,

G. Darmanin déploie l’artillerie lourde sur les côtes de la Manche pour lutter contre...

0
Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin annonce ce lundi des moyens supplémentaires pour les policiers et les gendarmes afin de « lutter contre l'immigration clandestine » sur les 130km de côtes les plus proches de l’Angleterre. Qui finance l’opération. De quoi faire rêver la PAF à Mayotte...

Violences sur mineurs : la parole se libère peu à peu malgré des pressions...

0
Le 32e anniversaire de la convention internationale des droits de l'enfant était l'occasion d'un colloque au CUFR. Le recteur et le procureur y ont exposé des chiffres glaçants, sans doute en deçà de la réalité. Les échanges ont aussi permis d'exposer des éléments culturels afin de faire tomber les barrières, et accélérer la dynamique de libération de la parole, à l'oeuvre depuis plusieurs mois.

L’ancienne maire de Chirongui condamnée pour diffamation

0
Dans un discours de campagne en juin dernier, Roukia Lahadji avait accusé le chef de la police municipale de Chirongui de violences ayant pour but d'intimider les électeurs. Ces propos ont été reconnus diffamatoires, mais la justice l'a blanchie du caractère racial de ces accusations, conduisant à une peine tout à fait symbolique à l'issue d'un procès teinté de politique.
Frédérique Vidal, Mayotte

Arrivée ce jeudi de la ministre de l’Enseignement supérieur à Mayotte

0
Frédérique Vidal sera à Mayotte ces jeudi 18 et vendredi 19 novembre 2021. Professeur des universités, la ministre nommée en mai 2017 sera accueillie par le recteur et chancelier des universités Gilles Halbout. Sa visite tournera autour du CUFR et des thèses de recherches sur les milieux marins et du volcan