Un tiers de la production agricole disparaît dans la nature

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Au marché paysan de Coconi
Au marché paysan de Coconi

Régulièrement, des tensions apparaissent dans la brousse. On parle de vols de production, quand les agriculteurs ne se plaignent pas de la destruction de leur travail par les animaux. On dispose à présent de données chiffrées pour savoir ce qui passe dans les champs de Mayotte… des chiffres assez stupéfiants.

Le service statistique de la Direction de l’Agriculture (DAAF) vient de publier dans la dernière lettre d’information de l’institution, une étude passionnante sur les pertes de l’agriculture mahoraise. L’enquête porte sur le travail de 600 agriculteurs qui ont renseigné plus de 2.150 fiches de production. On apprend ainsi que globalement, les exploitants agricoles vendent 44% de leur production et en mangent 23% en autoconsommation.

Ces chiffres globaux cachent évidemment de fortes disparités selon les cultures pratiquées. Sans surprises, les cultures majoritairement destinées à la vente sont l’ylang (vendu à 100%), la vanille et les productions animales (poulets, bovins, caprins, canards) tous vendus à plus de 80% de la production. En revanche, pour certains fruits et légumes très importants dans l’alimentation locale, l’autoconsommation monte en flèche: les agriculteurs produisent ce qu’ils mangent. C’est surtout vrai pour le manioc, la banane verte, la patate douce, la taro et le fruit à pain où la part d’autoconsommation dépasse les 40% et parfois les 60%.

Le vol fait disparaître 23% de la production

Les productions agricoles mahoraises: vendues mangées ou envolées (source: DAAF Mayotte)
Les productions agricoles mahoraises: vendues, mangées ou envolées (source: DAAF Mayotte)

Restent donc 33% de la production qui est donc tout simplement perdu. Les fruits sont les plus touchés et parmi eux, les goyaves, mangues et grenadilles perdus à plus de 60%. Les litchis battent tous les records avec 71% des fruits qui sont perdus. La DAAF note que «les cultures vivrières (banane, manioc, coco, fruit à pain) sont également affectées par des pertes non négligeables, entre 41 et 28%.»

Le phénomène est massif puisque ce sont plus de 83% des exploitations qui déclarent de telles pertes. Les statisticiens de la DAAF sont donc allés plus loin pour connaître les causes de cette déperdition parfois très importante. Et à 70%, il s’agit de vols. Le pourcentage déjà important dans une précédente étude de 2010 (67%) est encore battu. C’est donc 23% de la production agricole de Mayotte qui est volée.

La coco volée à 40%

Loin derrière, on trouve la part prélevée par les animaux (makis et roussettes dévorent 15% de la production), les maladies et les insectes se chargent de 5,2% des produits.
Naturellement, toutes les cultures ne sont pas touchées de la même façon. Ainsi, les bananes vertes, fruits à pain et maniocs subissent essentiellement des pertes par le vol. C’est aussi le cas de la noix de coco : autoconsommée à 40%, vendue à 20% et… volée à 40%.

Mangues, grenadilles, goyaves et litchis font plutôt l’objet de dé

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Serres à Mayotte: le vol fait disparaître 23% de la production agricole du département

prédations par les makis et roussettes. Les attaques parasitaires, de maladies et d’insectes affectent surtout les productions de tomates, aubergines et concombres.
Il est à noter la citation fréquente d’attaques de rats sur les légumes et les ananas.

22,2 millions d’euros envolés

Le vol est donc un véritable fléau dans nos campagnes, même pour les cultures qui sont globalement peu concernées. Pour le litchi par exemple, le vol est rarement cité comme la cause des pertes. Mais lorsqu’un vol intervient, «c’est 80% de la récolte qui est estimée perdue», relève la DAAF. Les voleurs ont ainsi le même effet que les makis. Lorsqu’ils jettent leur dévolu sur un champ, là aussi, les makis font disparaître 80% de la production qui disparaît. Mais le record revient aux rats qui peuvent emporter jusqu’à 90% de la production d’un champ.

Au final, la DAAF a mis de l’argent en face de toutes ces pertes. Il s’agit pour elle de traduire en terme économique cette situation… Et l’impact est impressionnant: ce sont 22,2 millions d’euros qui disparaissent des poches des agriculteurs mahorais, soit 22,7% de la valeur de ce qu’ils produisent chaque année. Pour la seule banane verte, 15,7 millions d’euros disparaissent dans la nature en même temps que les régimes.

RR
www.lejournaldemayotte.com

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