Accusé d’agression sexuelle par une élève, un professeur prend 3 ans de prison

Un an ferme, deux ans avec sursis probatoire et trois ans d'interdiction d'enseigner. Un professeur de maths a été reconnu coupable d'agression sexuelle sur une élève à Iloni en 2016. Son avocat Eric Hesler, qui plaidait la relaxe, va faire appel.

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Conciliateur de justice, Mayotte
Le tribunal judiciaire

L’appel est suspensif et malgré sa condamnation, l’enseignant de 50 ans reste présumé innocent jusqu’à épuisement de ses recours. Ce dernier comptait pourtant bien sur cette audience pour laver son nom, cinq ans après de lourdes accusations d’agression sexuelle par une de ses élèves. Alors qu’en est-il des faits ?

L’affaire a lieu en avril 2016. Le professeur de mathématiques, également responsable d’un atelier de chant, est connu pour accompagner des élèves en difficulté, et propose des cours particuliers en dehors du temps scolaire. Jusque là rien d’anormal. Selon l’avocat de la défense Eric Hesler, la plupart des élèves entendus par la gendarmerie durant les mois qui vont suivre décrivent un professeur « normal » sans geste déplacé. Mais trois filles ne sont pas de cet avis.

La première est à l’origine de la tempête judiciaire qui dure depuis cinq ans. Début mai 2016, la jeune fille scolarisée en première S se plaint à une autre enseignante d’avoir subi une agression sexuelle de la part du professeur. Quatre jours plus tôt, le 26 avril, le quinquagénaire lui avait proposé des cours particuliers, et après un premier refus de sa part, il l’avait amenée à son domicile d’Iloni pour, dit-il, lui montrer la maison et « la rassurer » avant un éventuel soutien scolaire. Là, il reconnaît tout au plus « des erreurs » : avoir pris la jeune fille dans ses bras pour encore « la rassurer », être allé se changer avant de paraître en caleçon devant elle, au lieu de la raccompagner chez ses parents avant.
Pour la plaignante, le scénario est tout autre. L’adolescente, absente à l’audience et non représentée par un avocat, a décrit durant la procédure des « caresses au dessus des vêtements », au niveau du sexe, des fesses, des seins. L’enseignant aurait aussi proposé de l’embrasser, ce qu’elle aurait refusé.  « Tout ce qui se passe dans la maison doit rester dans la maison » aurait enfin glissé l’adulte avant de laisser la jeune fille partir. Devant le psychologue, la plaignante décrit, en pleurs, 20 minutes de calvaire. L’expert note un « traumatisme psychologique », mais surtout, il juge la lycéenne particulièrement « intelligente » et son discours « parfaitement crédible ».

Dès lors que ces faits sont dénoncés, deux autres élèves mettent en cause l’enseignant, décrivant des attitudes déplacées : appels personnels répétés, surnoms affectueux tels que « ma puce » ou « ma chérie », que l’intéressé reconnaît et met sur le compte de son « tempérament méditerranéen ».

Sarah M’buta, substitut du procureur, décrit un homme ‘dangereux’

« Ce qui ressort c’est l’insistance dont vous avez fait preuve pour nouer des rapports privilégiés avec ces élèves » pointe la substitut du procureur Sarah M’buta. Et de rappeler que l’expert psychiatre qui a rencontré le prévenu a qualifié « d’explications hasardeuses » ses motifs pour amener la jeune fille chez lui.

Pour la parquetière, l’attitude du prévenu le dessert d’un bout à l’autre de la procédure.

« Beaucoup de choses donnent du crédit à la parole de la plaignante. Elle détaille très précisément les faits et le contexte, ses propos sont corroborés par ses parents, le prévenu lui même décrit une démarche insistante. Les certificats médicaux évoquent une tristesse et un renfermement sur elle même. Dans la 2e expertise on évoque un sentiment de honte tendant à la minimisation des faits. Ce n’est pas la fille qui va chercher à battre monnaie ou à attirer l’attention sur elle pour accuser un professeur. On a aussi les 2 autres jeunes filles qui évoquent ses attitudes. Il a créé une ambiance malsaine, quand on a une jeune fille chez soi on ne part pas prendre une douche, quand on est professeur on sait dans quelle situation il ne faut pas se retrouver avec une élève. Sa déontologie aurait du le renseigner à ce niveau là. » Elle réclame 2 ans de prison avec sursis probatoire et 5 ans d’interdiction d’exercer auprès de mineurs.

« Un procès à charge »

Un procès « à charge » pour Me Hesler qui invite à ne pas  » faire de la morale mais du droit ».

« Il faut cesser de diaboliser cette affaire et écouter sa version » enjoint le juriste. Sans nier des « initiatives malheureuses » de la part de son client, il estime la procédure « disproportionnée », rappelle que la victime n’est pas là, et qu’elle se serait, contrairement au prévenu, contredite d’une déclaration à l’autre. « Devant les enquêteurs elle décrit des caresses sur les seins et le sexe. Devant le juge d’instruction, elle dit qu’il ne lui a jamais touché le sexe. “A aucun moment”. » L’avocat regrette qu’on ait « sacralisé la parole » de l’adolescente et estime que l’infraction n’est pas caractérisée. Il en veut pour preuve le peu d’inquiétude de l’administration au sujet de l’enseignant, qui n’a pas été suspendu par le vice-rectorat qui l’avait pourtant dénoncé au procureur.

« En prononçant sa condamnation, vous prononcez son arrêt de mort sociale. Or, le rectorat qui est parfaitement au courant ne l’a pas suspendu, il exerce de façon normale depuis 5 ans, comment peut on dire aujourd’hui qu’il est dangereux ? s’interroge le conseil du prévenu. »

Par sa plaidoirie, Me Hesler espérait la relaxe à au moins deux titres : le manque d’éléments à charge, et le bénéfice du doute.

Me Eric Hesler plaidait la relaxe pure et simple

Finalement, les trois juges ne l’ont pas entendu de cette oreille. Peut-être ont-ils douté de sa sincérité, lui qui jurait n’être pas attiré par les jeunes filles de 17 ans, quand il en épousait une de 27 ans sa cadette l’année suivante ? Ses affirmations sur une libido anéantie par l’apnée du sommeil ont aussi laissé les magistrats dubitatifs en l’absence de certificat médical en ce sens. Le président Kamel Souhail trouvant aussi « hyper curieux » d’aller « se laver alors que vous avez une mineure chez vous ».

Autant de zones d’ombre qui ont laissé planer sur cette affaire un air malsain qui a fait pencher la balance en défaveur du prévenu. Avec trois ans de prison dont un ferme, les juges sont allés au delà des réquisitions du parquet. Il appartient désormais à la cour d’appel de se faire une seconde opinion sur ce dossier.

Y.D.

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