Organisation, soins, évasan… Le question-réponse spécial « réa-covid »

C’est la pierre angulaire mais aussi le point de bascule du système de soin local en cette période de crise sanitaire. Le service de réanimation qui accueille les patients les plus grave est au centre de toutes les attentions. Nous avons tenté de répondre à quelques questions pour permettre de mieux comprendre son fonctionnement.

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Le service de réanimation reste au dessus de sa capacité d'accueil en temps normal.
Comment est organisé le service de réanimation en cette période de crise sanitaire ?

Le service de réanimation du CHM est dit « polyvalent », c’est à dire qu’à l’inverse des services métropolitains, par exemple, il accueille tous les types de patients, quels que soient leur âge ou les soins qu’ils nécessitent. À l’heure de la crise covid, le service est très majoritairement occupé par des patients atteints du coronavirus. L’enjeu pour les équipes est d’arriver à garder quelques places disponibles pour les autres patients dont l’état de santé n’est pas moins préoccupant. Par chance, le nombre de ces patients « classiques » « a largement chuté ces derniers jours, on ne sait pas où ils sont passés », s’étonne Renaud Blondé, le chef de service. « Sans doute les effets du confinement, qui impliquent moins d’accidents graves », analyse le médecin.

Afin de préserver des places, le service de réanimation qui a pu doubler son nombre de lits pour atteindre 32 places est organisé en trois sections. D’un côté le service initial et polyvalent et de l’autre, deux services « spécial covid », l’un de six lits, géré par les équipes du CHM et l’autre de 10, supervisé par les militaire du service de santé des armées. Mais c’est dans ce premier service que transitent tous les malades. « C’est ici que l’on stabilise les patients avant de les envoyer en réa covid, on s’assure d’abord ici pendant 24h que les patients n’ont pas d’autre défaillance que pulmonaire », explique le docteur Blondé. Car on estime à environ 30% les patients atteints de formes graves du coronavirus qui, en plus de leurs poumons, voir leurs reins touchés. Dans ce cas, ou pour toute autre complication, le patient est gardé dans le service polyvalent.

Quels soins y sont prodigués ?

Environ quatre patients sur cinq sont intubés dans les services de réanimation pour recevoir l’oxygène que leurs poumons n’arrivent plus à prélever. Quand cette intubation est encore évitable, le patient reçoit l’assistance d’un ventilateur non intrusive, c’est l’oxygénothérapie à haut débit.

L’objectif de la réanimation covid est donc de permettre aux poumons de cicatriser pour qu’ils regagnent en autonomie. Pendant ce temps, le patient intubé est placé sous anesthésie générale.

Si les reins sont également touchés, le patient peut être assisté par une machine qui effectuera une sorte de dialyse en lieu et place de l’organe naturel.

Le temps de cicatrisation du poumon fait que la durée de séjour des patients en réanimation est plus longue qu’en moyenne, entre deux et six semaines. Et plus la période de « coma artificiel » a perduré, plus le patient aura subi une fonte musculaire importante. Plusieurs jours sont alors nécessaires pour renforcer le patient et permettre son transfert vers un autre service.

Au CHM, les patients covid nécessitant des soins multiples restent en réanimation polyvalente. Pour les autres, subissant « uniquement » un syndrome de détresse respiratoire aiguë, direction la réa covid.

Justement, qu’en est-il des réserves d’oxygène qui inquiétaient lors de la première vague ?

« Une chance énorme ». C’est en ces mots que le docteur Blondé décrit la mise en service de l’unité de production d’oxygène du CHM il y a quelques mois. « Avant on faisait venir des cuves d’oxygènes par bateau et lors de la première vague, on a eu un petit coup de panique car on était vraiment juste », se souvient-il. Pour autant, l’unité est aujourd’hui au

Avec une consommation « 4 à 5 fois supérieure à la normale », la nouvelle unité de production d’oxygène du CHM a du mal à tenir le rythme.

maximum de ses capacités. « On a multiplié par 4 ou 5 notre consommation, on a tellement de lits covid que l’unité n’arrive plus à suivre. On est en flux tendu permanent et nous avons tout de même besoin d’un approvisionnement pour sécuriser

Quelle différence entre la première et la seconde vague ?

D’abord, l’afflux de patients. « Il nous arrive d’accueillir huit patients en réa dans la journée alors que pour la première vague, le record sur une semaine était de sept patient », se rappelle ainsi Renaud Blondé. « La violence de cette vague n’a rien à voir avec la première dont on rigolerait presque maintenant. Il y a un mois j’avais zéro patient covid dans mon service, aujourd’hui il en est plein et l’on en évacue tous les jours vers La Réunion. »

Ensuite, si le médecin rappelle que « la maladie est la même », sa cible s’est élargie. « Nous avons encore des patients âgés ou atteints de comorbidités, mais la grosse différence avec ce variant sud-africain est que nous avons beaucoup plus de patients plus jeunes, parfois sans aucune comorbidités et même en parfaite santé avant la maladie », détaille le chef de service. Si aucun patient covid de moins de 18 ans n’a fait d’entrée en réa, « on a des patients de 21, 28, 37, 42 ans… Et ces patients là nous les voyions de manière exceptionnelle lors de la première vague, là c’est moitié-moitié avec les personnes âgées ou à risque ».

Comment s’organisent les militaires du service de santé des armées ?

Depuis mardi dernier, tous les militaires du service de santé des armées, soit 53 personnes dont 7 médecins et 37 paramédicaux venues de toute la France sont sur le pont. « On travaille en autonomie complète », explique le médecin chef des services Alain (la tradition de leurs rangs veut qu’on ne mentionne que leur prénom). Leurs équipes gèrent ainsi 10 lits de réanimation uniquement dédiés aux patients souffrant du coronavirus et dont seuls les poumons sont touchés. Cela ne veut pas dire que les militaires travaillent « dans leur coin », au contraire :  que ce soit pour le suivi des patients ou la coordination pour les évasan, les équipes sont en échange constants.

« On travaille en très bonne intelligence », se satisfait-on en chœur, côté civil comme militaire. Mais chez ce premier, on ne cache pas son soulagement de voir un tel renfort -actuellement inédit en France.

Qui part en évacuation sanitaire ?

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce ne sont pas les patients les plus graves qui sont évacués vers La Réunion. « En principe, un patient de réanimation ne doit jamais sortir de sa chambre, tout mouvement est dangereux », explique le docteur Blondé. Mais faute de place, « on n’a pas le choix ». L’objectif est donc à travers les évasan de libérer des lits en envoyant les patients en réanimation les plus stables, qui peuvent supporter un voyage en avion alors qu’il implique une dégradation sur le plan respiratoire systématique. Stabilité respiratoire depuis au moins 24h, un taux d’oxygénation par appareil inférieur à 60% font partie des critères qui permettent de choisir qui des patients sera évacué.

« On pèse toujours le pour et le contre, on flirte parfois avec les critères parce qu’on a tout simplement pas le choix et on prévient les familles en leur exposant les risques. Ça arrive qu’elles refusent et on suit évidement leur choix ». Si les équipes se sont fait des frayeurs, aucun décès n’est à déplorer lors des transferts.

G.M.

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