Les Comores toujours en crise post-électorale

Depuis la proclamation des résultats de la réélection controversée de Azali Assoumani à la tête du pays, la contestation ne faiblit pas. Elle se décline même en métropole où quelques ressortissants ont manifesté jeudi.

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Manifestation devant l'ambassade des Comores à Paris jeudi dernier © Hayba FM Comores

Traitant l’élection de « mascarade » et de coup d’Etat en raison de constat de bourrages d’urnes, l’opposition a rapidement fait ses comptes. Car en dépit du bourrage d’urnes constaté, ce n’est pas avec un score soviétique qu’a été élu le président Azali, mais avec « seulement » 60% des suffrages. Ce qui pouvait laisser un espoir, malgré que les candidats d’opposition les plus « musclés » aient été écartés par la Cour suprême.

Même s’i est arrivé 4ème du premier tour de scrutin dimanche dernier, c’est donc avec une certaine légitimité que le colonel Mohamed Soilihi, dit « Campagnard », avait proclamé ce jeudi la mise en place d’un Conseil national de transition dont il prenait la tête. Il a été arrêté peu après. Ce CNT en appelle à la communauté internationale.

Un peu plus tard dans la même journée de jeudi, un commandant de l’armée s’était évadé de prison où il purgeait une peine de perpétuité pour tentative de coup d’Etat. Lors d’échanges de coup de feu, trois personnes auraient perdu la vie, dont un militaire.

Du côté de la communauté internationale justement, c’est le flou. Jeudi, le Quai d’Orsay  appelait à « reporter les déplacements vers les Comores jusqu’à nouvel ordre », et pour ceux qui sont sur place, à rester confiné.
Selon Rfi Afrique, l’Union africaine a déclaré ne pas pouvoir se prononcer sur la transparence et la crédibilité du scrutin. Selon le journal en ligne comorien Habari Za Komore, le président Poutine aurait félicité son homologue comorien pour sa réélection, quand au contraire, le consul de Corée du Sud avait appelé à ne pas croire les propos du gouvernement sur le bon déroulement des élection. Enfin, les Etats-Unis ont décidé de rappeler leur personnel diplomatique des Comores.
En métropole, quelques personnes ont tenté de manifester devant l’ambassade des Comores à Paris (voir ci-dessous)
A.P-L.

Elections aux Comores

Manifestation devant l’ambassade à Paris

L’ambassade des Comores à Paris

Jeudi dernier, une dizaine de ressortissants comoriens s’est rassemblée devant leur ambassade à Paris. Ils manifestaient contre les irrégularités observées le weekend dernier durant les élections présidentielles anticipées.

Le rassemblement improvisé il y a deux jours rue de Marbeau fut calme et bon enfant. Une poignée de membres de la diaspora comorienne avait décidé d’aller exprimer sa colère en tant que citoyens à la suite des couacs électoraux du 24 mars dernier. Pour rappel, l’opposition accuse le pouvoir en place de fraude électorale. Un scrutin qui a confirmé cette semaine la réelection du président Azali Assoumani dès le premier tour.

De nouveaux mouvements à venir ?

« Nous tenions à dénoncer ces dysfonctionnements et solliciter un entretien avec l’ambassadeur mais ce dernier a refusé de nous recevoir », raconte Ali Salim*. En présence d’un cordon de CRS, quelques manifestants ont tout de même pu pénétrer dans l’ambassade et échanger avec un responsable à l’accueil. Aucun débordement n’a été rapporté.
Quant à la faible mobilisation, Ali Salim l’explique par la peur de la majorité de ses compatriotes de subir de potentielles représailles sur eux ou leur famille restée aux Comores. « On a été la cible d’intimidations et d’insultes notamment à travers les réseaux sociaux », témoigne le trentenaire. « Aujourd’hui, des opposants politiques et des journalistes sont en prison », ajoute-t-il pour illustrer la tournure autoritaire qu’a pris l’État comorien depuis environ un an.
A présent, les contestataires réfléchissent à la suite à donner à leur mobilisation. « Il y aura d’autres rassemblements », affirment-ils. Reste à savoir s’ils arriveront à fédérer plus de concitoyens autour de leur action.

De notre correspondant à Paris, Gauthier Dupraz.

*Le nom et prénom ont été changés pour préserver l’anonymat du témoin.

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