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samedi 28 janvier 2023
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Tribune – Les bonnes paroles ne suffisent plus, on veut de l’eau au robinet 

Ce n’est pas un cri de détresse que pousse l’écrivain Mouhoutar Salim, mais une analyse de l’évolution des besoins en eau potable au fil des années, passés d’une insuffisance de la ressource à un sous-dimensionnement des installations. Avec une conclusion : en attendant les investissements, il faut réguler la consommation, donc l’évolution démographique.

L’origine de l’eau sur Terre fait l’objet d’un débat scientifique qui repose principalement sur deux hypothèses concurrentes, une source interne et une source externe. La première suggère que l’eau et les autres volatils terrestres sont dérivés du dégazage de l’intérieur de la Terre lors de sa formation il y a 4,55 milliards d’années. La seconde suggère un apport tardif de l’eau, durant les dernières phases d’accrétion de la Terre, par des petits corps planétaires (comètes et météorites) relativement riches en eau (1).

Quelles que soient ces hypothèses, l’eau est source de la vie sur terre. Mais paradoxalement, l’eau source de vie, peut aussi devenir source de maladies, de mort par des crues, des inondations et par sa pollution. Elle est un patrimoine à protéger, car elle est aliment et médicament. Domestiquée et rendue potable, elle est utile pour nous dans les usages alimentaires, dans l’hygiène corporelle et dans les autres utilisations de l’habitat. Quand elle n’est pas protégée, elle est vectrice de maladies hydriques d’origine infectieuses (virales, bactériennes ou parasitaires). Enfin, elle peut être la cause d’affections aggravées par sa pénurie. L’eau peut nous séduire par sa liberté et son abondance, mais sans maîtrise elle peut être source d’ennuis. Elle est un capital qui doit bien se gérer.

Les bornes fontaine installées pour subvenir aux besoins d’une partie de la population non raccordée au réseau

1841-1975 : Mayotte abandonnée

Aussi longtemps que Mayotte a vécu la colonisation et l’indifférence administrative des régimes de Madagascar (1912-1942) et des Comores (1942-1975), qui expédiaient les pouvoirs de la France sur les mahorais, la question du développement de l’île ne méritait guère d’être posée. Force est de constater que durant cette période, Mayotte, par son économie, essentiellement agricole, par sa scolarité hasardeuse, par sa très forte mortalité infantile, vivait en somme au rythme des saisons des pluies, des maladies et des épidémies destructrices, dans un temps étranger à l’idée de progrès linéaire et dans un espace imposé qu’il n’était pas question de maîtriser ou même d’aménager. Dans ses travaux, John Breslar, 1979 (2) a parfaitement décrit cette relation de la société mahoraise avec l’environnement spatial et temporel qui lui était donné. C’est ainsi qu’on a connu les mahorais entretenir dans le temps, des rapports particuliers et privilégiés avec l’espace, la nature et l’eau.

Pendant ce temps relativement long, l’état sanitaire des Mahorais était affligeant. S’il faut remonter à la fin du 19ème siècle, les épidémies récurrentes de variole (pelembé) ont marqué les esprits. L’île a été touchée en 1875, 1886 et 1898. Cette maladie a fait de nombreuses victimes dans les plantations, en 1875. Elle a causé la mort de 2.300 personnes en 1898 sur une population totale de 12.000 habitants (3), et a rayé de la carte la ville de Caroni au sud de l’île. Par ailleurs, les maladies infectieuses (tuberculose, diphtérie, poliomyélites, coqueluche et rougeole) et parasitaires (paludisme, filariose) couvertes ou non par des vaccins efficaces, ont traversé le cours de l’archipel de Mayotte.
Même en absence de poussée épidémique, les diarrhées aigües, les parasitoses intestinales, la typhoïde et le choléra (toutes encore d’actualité de nos jours), faisaient partie des maux les plus courants auxquels devaient faire face la population. Ces pathologies étaient favorisées, par la situation géographique de l’île en zone tropicale et par les conditions d’hygiène et de salubrité générale qui régnait. Dans son ouvrage, le procureur impérial Alfred Gevrey, 1870, (4) a parfaitement décrit la dureté de cette situation sanitaire, que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), qualifiait 90 plus tard en 1961, d’alarmant.

1976 : Mayotte reprise en administration directe par la France

Fièvre typhoïde, Santé Publique France, Mayotte
Avaler de l’eau infectée expose à la fièvre typhoïde, y compris chez les enfants

A la demande du Président du Conseil général Younoussa Bamana, et à l’initiative du premier Préfet de Mayotte, Jean Coussirou, une mission d’expertise sanitaire, est organisée par le docteur Martial Henry, et l’Inspecteur général des affaires sociales (IGAS), M. Moulonguet-Doloris. Il est ressorti de cette mission, que le premier bilan de la situation de l’alimentation en eau de Mayotte, faisait état de 4 réseaux de distribution sur l’ensemble du territoire, desservant uniquement des bornes–fontaines publiques, dont la moitié était liée à la présence d’une société de distillation d’ylang-ylang. L’alimentation en eau de la Petite–Terre, installée depuis plusieurs années, n’était pas assurée en l’absence de château d’eau, et celle de Mamoudzou se faisait par l’intermédiaire de puits et de citerne. L’hôpital de Mamoudzou qui comptait 47 lits (35 en médecine, 5 de post opérés et 7 de maternité) auxquels s’ajoutaient 5 lits pour les lépreux subissait déjà des tours d’eau à raison de 1 jour sur 3 ou 2 jours sur 5.

Pour espérer une amélioration notable et rapide du niveau de santé de la population de Mayotte, les élus de l’époque ont fait rapidement le choix de donner de l’eau aux Mahorais. De 1976 à 1986, l’alimentation en eau de l’île a évolué favorablement dans le sens d’une mise à disposition de l’eau à un nombre de plus en plus important des communautés villageoises. Ainsi, 10% des villages avaient un réseau autonome en 1976, 40% en 1981, 85% en 1985 et seuls neuf villages ne possédaient pas de réseau d’adduction en 1986. Par ailleurs les élus de l’époque avaient fait le choix d’inciter la population à se raccorder sur le réseau public d’eau potable. C’est ainsi qu’ils avaient décidé de financer les branchements d’eau à l’exception d’une participation forfaitaire de (500 francs) (76,22 euros) qui restait à la charge du demandeur quel que soit son revenu. Toutefois les administrations et les entreprises ne rentraient pas dans cette catégorie d’aide au financement. Ce dispositif avait pour objectif d’amener l’eau à l’intérieur des propriétés à desservir.

Les grandes infrastructures datent, et n’ont pas été relayées à temps. Ici, l’usine de dessalement de Petite Terre

A partir de 1997, nombreuses ont été les crises d’eau

Pour répondre à la grande crise d’eau ouverte en 1997, le Président du Conseil général Younoussa Bamana et Préfet de Mayotte, Philippe Boisadam, ont décidé de construire la première et l’unique usine de dessalement de la Petite Terre. Cette crise s’est aggravée 10 ans plus tard, en 2017, par des coupures d’eau, du 15 décembre 2016 au 4 avril 2017, et qui avaient concerné les 8 communes du sud de l’île. Pour faire face à cette situation et dans l’attente de l’arrivée de la saison des pluies, des tours d’eau ont été organisés (deux jours sur trois) dans les communes concernées.

Cette pénurie d’eau avait généré une suractivité épidémique dégradant l’état sanitaire de la population et des difficultés importantes de fonctionnement des services de santé, (PMI et dispensaires). Elle avait entraîné des mouvements sociaux, notamment initiés par « l’Association des assoiffés du sud ». Ces différentes crises d’eau se durcissent sur un fond démographique qui constitue au-delà des discours officiels, un décor désormais permanent. Il s’agit de l’augmentation dynamique de la natalité et de l’immigration clandestine, qui conduit à un surcroît de mères d’origine étrangère dont le taux de fécondité est deux fois plus élevé que les femmes nées à Mayotte. Tandis que cette immigration ne cesse d’augmenter, puisque chaque année, des milliers d’immigrés viennent d’ailleurs des Comores pour y ratifier à contrario le choix des Mahorais, les Mahorais eux, ne cessent de vivre des pénuries d’eau. En effet, l’extension de l’urbanisation le long des cours d’eau et le développement des bidonvilles qui ceinturent les grandes villes, accentuent les problèmes d’eau, vécus à Mayotte.

L’eau : enjeu crucial du développement

Maternité, CHM, sage-femme, Mayotte, Réserve sanitaire
Réguler les naissances, un des nœuds du problème, insuffisamment traité

Avec une production d’eau très inférieure (environ 15 millions de m3 par an), aux besoins actuels en eau de l’île, estimés autour de (20 millions de m 3 par an). L’eau à Mayotte devient de plus en plus l’enjeu principal du développement de l’île. L’augmentation de la consommation et le manque d’investissements structurants ces dernières années sont à l’origine des tensions d’eau que subissent actuellement les Mahorais. Aux crises précédentes où la problématique de pénuries relevait essentiellement d’un manque de ressource, depuis 2021, l’ensemble des acteurs de l’eau du territoire, admettent que les infrastructures, usines et réservoirs en particulier, sont maintenant insuffisants pour alimenter en continu et dans de bonnes conditions sanitaires l’ensemble de la population.

Et ce problème va s’accentuer dans le futur, dans la mesure où les investissements attendus (3ième retenue collinaire, usine de dessalement, interconnexion nord sud, réservoirs) vont nécessiter plusieurs années avant leurs mises en services, alors que la dynamique démographique est soutenue, en raison à la fois de l’immigration clandestine et du fort taux de natalité. La maîtrise de la natalité est donc un impératif. Les pouvoirs publics doivent jouer un rôle moteur en la matière pour poursuivre et amplifier fortement ce qui a déjà été réalisé par le passé. La réduction très forte de la fécondité est indispensable vu la masse des moins de 20 ans. Cette planification familiale ne réduira pas la consommation moyenne d’eau de la population, mais elle pourra toutefois empêcher la diminution de l’eau disponible par habitant. Il est donc possible d’y voir dans la planification familiale, un excellent instrument de gestion de l’eau, car pour l’heure, la bataille de la quantité d’eau semble d’ores et déjà perdue.

Environ 30 % des ménages à Mayotte ne disposent toujours pas de branchement particulier au réseau public, auxquels se surajoutent les milliers d’immigrés notamment clandestins. Parmi eux, 5% ont un accès à l’eau potable à la borne fontaine monétique, 6% s’approvisionnent dans la rivière ou un dans un ruisseau, souvent pollués par les eaux usées et les déchets. D’autres ont recours à un tiers, un voisin, un parent (revente d’eau, partage d’un même compteur).

L’eau est devenue l’enjeu crucial du développement du 101ième département de France. La croissance démographique de Mayotte est très élevée alors que la disponibilité en eau est peu abondante. Les responsables politiques et administratifs de ce territoire doivent mettre en œuvre rapidement, les politiques d’investissements attendus et de gestion de l’eau, mais aussi de planification familiale. Car sans cette dernière, les autres stratégies de gestion de la demande en eau auront peu ou pas d’effet.

Salim Mouhoutar
Auteur – Conférencier

1 https://fr.wikipedia.org/wiki/Origine_de_l%27eau_sur_la_Terre
2 De l’habitat mahorais, une perspective ethnologique : Tome 1 : (1975-1980).
3 Médecine et santé à Mayotte et dans sa région, du 19ème siècle à nos jours- Archives départementales de Mayotte
4 Essai sur les Comores, Imprimerie impériale, Paris 1870.

 

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