Après avoir tenté de tuer sa compagne, il envoie des dessins suggestifs à sa fille

Qualifié à plusieurs reprises de pervers, l'homme accusé de harcèlement a passablement agacé les juges ce mercredi. Jugé par visioconférence depuis la prison de Roanne où il est détenu, il s'est montré manipulateur et le président a fini par lui retirer la parole avant de le condamner lourdement.

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L'attitude du prévenu a joué contre lui

Une « simple » affaire de harcèlement sur conjoint comme il en existe tant. Mais derrière, une histoire bien sombre. Une histoire déroulée, et c’est assez atypique, par visio-conférence, puisque l’homme jugé est actuellement détenu à Roanne, en métropole. Il y purge une peine de 15 ans de réclusion criminelle pour avoir, en 2013, tenté de tuer sa compagne de l’époque. Après lui avoir porté plusieurs coups de couteau, dont l’un a frôlé le cœur, il lui a plongé la tête dans un feu, occasionnant de graves lésions au visage. Le tout devant leur fille.
Mais la prison n’a pas mis fin au calvaire de la jeune maman. Alors qu’elle élevait seule sa fillette de 5 ans, le papa condamné a commencé à envoyer à l’enfant des lettres, visiblement adressées en fait à son ex-compagne. Il explique notamment à la petite qu’il a une nouvelle petite amie, et accompagne les courriers de dessins de femmes nues. « La suggestion sexuelle est manifeste » constate le président Bouvart.

Plus inquiétant encore, un dessin représente un homme brûlant un arbre, dans un cadre qui rappelle fortement selon la victime, le lieu où il a failli la tuer. Sans sourciller, l’homme affirme qu’il s’agit d’un dessin pédagogique et écologique pour apprendre à sa fille qu’il « ne faut pas brûler les arbres, elle a mal compris le sens de ce dessin ». Sans convaincre. Le dessin « fait fâcheusement écho au fait que vous l’avez poussée dans le feu le jour de la tentative de meurtre » estime le président.
Pour appuyer sa volonté de s’occuper de sa fille malgré son incarcération, le détenu affirme avoir fait « beaucoup » de mandats-cash, que la maman aurait refusés. En vrai, seulement deux envois de 50€ chacun, en 5 ans.

« Pourrir la vie de sa victime »

Malgré les éléments à charge, l’homme ne se laisse pas démonter. A chaque occasion, il tente de reprendre le contrôle de la situation. Accuse sa victime de vouloir l’éloigner de sa fille. Coupe le président quand ce dernier évoque son passé judiciaire, avec notamment une précédente condamnation pour violences conjugales. « C’est pas à l’ordre du jour, passez à autre chose » ose ordonner le prévenu. « On est morts de rire » rétorque le juge, plus agacé qu’amusé. Le président estime que son attitude fait de lui « un pervers, en psychiatrie ».
Dans ce contexte de harcèlement, la plaignante « n’a jamais pu trouver la sérénité » déplore l’avocate de la partie civile, Véronique Saliceti. « Les courriers adressés à l’enfant sont en réalité adressés à Madame, il l’y qualifie d’incapable et écrit à tout le monde pour la dénigrer » poursuit-elle.

Le procureur Rieu avait requis un an ferme. Peine doublée par les trois juges

Même constat pour le procureur Rieu. « Quand on plonge dans ce dossier, l’évidence s’installe. Son intention est de pourrir la vie de sa victime ». Il réclame un an ferme.
Pour sa défense, le prévenu, dont l’avocate n’avait pas fait le déplacement jusqu’à la prison de Roanne pour l’assister, élude le fond du dossier et se contente d’attaques ad-hominem contre son ex compagne, l’accusant d’avoir refait sa vie notamment. « On vous retire la parole » finit par trancher le président d’audience. Ce dernier prononce une sentence bien supérieure aux réquisitions : 2 ans ferme, 6000€ de dommages et intérêts, et la déchéance de son autorité parentale, que la Cour d’Assises n’avait pas prononcée. Soulagement de la maman.
Le condamné a tout juste eu le temps avant qu’on coupe la visio-conférence, d’annoncer qu’il ferait appel.
Y.D.

 

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