Polygamie, expulsions ou égalité des droits : Justice et religions main dans la main pour répondre aux jeunes

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Said Kambi et Laurent Sabatier, progressistes chacun dans leur domaine
Une matinée de questions animée par Nadham Youssouf
Une matinée de questions animée par Nadham Youssouf, responsable de Nyamba

Il s’agissait d’une matinée d’échange dans l’hémicycle Younoussa Bamana sur le thème de la liberté, celle du choix dans le mariage, ou celle d’aller et venir quand on est étranger sur un territoire : aucun sujet n’était tabou, et les interlocuteurs se sont prêtés au jeu en totale transparence, ce qui n’est parfois pas sans risque.

Sans doute parce qu’ils étaient devant une assemblée de jeunes, ils se sont lâchés même, et on apprenait que Laurent Sabatier avait manifesté contre l’apartheid et la libération de Mandéla en réponse à la question de l’égalité de tous devant la loi. C’est en sa qualité de président du Centre Départemental d’accès au droits qu’il répondait que les différences sont « un atout de l’espèce humaine, mais que les droits sont les mêmes pour tous. Même si leur adaptation n’est pas complète à Mayotte. Notamment, lorsque le visa Balladur ne permet pas de se déplacer à l’extérieur, il y a là rupture d’égalité ».

Mais en matière d’égalité, les jeunes s’entêtaient, « le même sang coule dans nos veines à nous tous humains, mais pourquoi les blancs ont plus de droits que les noirs ? » Pas facile à entendre. Evoquant les persécutions contre d’autres peuples, comme les indiens d’Amérique, Laurent Sabatier élargissait le débat en s’orientant vers les différences socio-économiques, et les systèmes de santé ou judiciaires à deux vitesses, notamment aux Etats-Unis, « où il faut pouvoir payer pour se défendre ».

Nationalisé pour raisons humanitaires

Samnoune Anli bénévole, et le père Vincent
Samnoune Anli bénévole, et le père Vincent Ngoie Mitenga

Pour arriver dans l’enceinte du conseil départemental, ces jeunes ont dû faire attention, « pourquoi on veut nous renvoyer aux Comores alors que nous sommes scolarisés au Secours Catholique ? », lance une jeune fille.

Après avoir énoncé le droit, « la loi des étrangers dit que sans titre de séjour, vous n’avez rien à faire sur le territoire national », Laurent Sabatier livrait un beau témoignage, arrivé tout droit de son expérience de juge des enfants dans le Var : « Ma greffière n’aimait pas les étrangers, et nous recevions l’ensemble des mineurs isolés étrangers du département. Elle a été obligée de les côtoyer. Évoquant un des enfants qui était reconduit, elle s’est exclamée, ‘il repart ? Ce n’est pas normal, il aime la France !’ Elle avait totalement changé. On peut se demander alors si l’engagement d’une personne en situation irrégulière dans une association par exemple, ne peut pas être un critère de prise en compte d’un accueil sur le territoire. »

Il a ensuite beaucoup été question de mariage. Surtout entre musulmane et un non-musulman, qui avait été évoqué lors d’une rencontre inter-religieuse d’Apprentis d’Auteuil, avec une réponse négative à la clé. Saïd Kambi est sur la même lignée réformatrice que le Grand recteur de la mosquée de Bordeaux ou que le chercheur Mohemd Bajrafil sur ce sujet : « Au Moyen-Âge, elle ne pouvait pas, mais la société était fermée, et la femme était considérée comme négligeable. Aujourd’hui, elle est l’égale de l’homme, et l’islam laisse la liberté de se marier avec qui on veut. Nous ne comprenons pas notre religion, et nous l’imposons à la société. Or, plusieurs versets du Coran prouvent que la notion de liberté vient de Dieu. »

2, 3, 4… bass, mais sous condition !

Les préoccupations quotidiennes des jeunes
Les préoccupations quotidiennes des jeunes

Pour les catholiques, pas de problèmes pour qu’une catholique épouse un non chrétien, « il doit par contre la laisser pratiquer sa foi », répondait le père Vincent. Mais tiens, justement, les prêtres, « pourquoi ne se marient-ils pas ?! », interrogeait un jeune, accompagné de rires étouffés dans l’hémicycle. Et bien si, avant, ils pouvaient se marier, puisque le célibat a été évoqué au IVème siècle et imposé au XIème siècle : « C’est une mesure relevant de la discipline, donc un pape peut très bien prendre une autre décision. D’ailleurs, l’Eglise catholique orientale l’autorise. »

Quant à la polygamie, si elle est interdite par la loi française, « sous peine de prison, et par peur au départ du morcellement du patrimoine foncier », glissait Laurent Sabatier, et par la religion catholique, « en raison de l’unicité d’amour entre l’homme et la femme, comme entre Dieu et les Hommes », indiquait le père Vincent, Saïd Kambi rappelait qu’elle était très contraignante pour les musulmans, car si le mariage avec « 2, 3 ou 4 femmes » est permis, « le verset ne s’arrête pas là, et précise ‘si vous avez peur de ne pas être égalitaire, juste, avec chacune, ne prenez qu’une seule femme. On ne regarde que l’ouverture de la porte, pas lorsqu’elle se referme ! »

Said Kambi et Laurent Sabatier, progressistes chacun dans leur domaine
Said Kambi et Laurent Sabatier, progressistes chacun dans leur domaine

Le représentant de la religion musulmane ne pouvait clore une matinée devant des jeunes de 20 ans sans s’exprimer sur la violence, en ramenant là encore à la lecture du Coran : « Quelle est cette bêtise d’en venir aux mains parce qu’on ne trouve pas les mots. Un des derniers conseils du prophète fut ‘votre sang, vos biens et votre honneur sont sacré’, on ne peut donc pas blesser l’autre. Un verset du Coran dit ‘celui qui tue un être humain, c’est comme s’il tuait toute l’humanité. Ceux qui perpétuent des crimes au nom de l’islam ne connaissent pas le Coran. »

Tout au long des échanges, on pouvait entre une mouche voler parmi la soixantaine de jeunes présents qui auront beaucoup appris de l’Humanité ce jeudi.

Anne Perzo-Lafond
Lejournaldemayotte.com

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