Les plages de Mayotte observées par l’Europe

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Les plages non entretenues, sans équipements ni poubelles et avec une qualité des eaux laissée à l’appréciation des baigneurs : c’est bientôt fini. Avec l’entrée de Mayotte dans le club des RUP, plus question de faire ou laisser faire n’importe quoi.

PLAGE SUD MAYOTTEC’est une des nombreuses conséquences inattendues de la RUPéïsation de Mayotte. En devenant au 1er janvier une région européenne ultrapériphérique, notre département va devoir apprendre à gérer ses plages. Pour nos communes, il est donc temps de commencer à traiter le dossier : au 30 juin 2014, dans moins de huit mois, elles devront avoir établi un recensement exhaustif des sites de baignades et l’avoir envoyé à Bruxelles.

La démarche est loin d’être anodine car cela implique, d’abord, de permettre un contrôle très régulier de la qualité de l’eau et d’en assurer l’affichage.
Les contrôles sont déjà effectués par les services de l’ARS (Agence régionale de Santé) mais ces résultats, censés être rendus publics devant les mairies et sur les plages elles-mêmes, sont toujours parfaitement invisibles.

Déclarer un site de baignade, cela signifie aussi l’aménager. Contrairement à ce que pensent de nombreuses municipalités mahoraises, une plage ce n’est pas seulement une étendue de sable plus ou moins accessible par un petit chemin. Le lieu doit être aménagé avec par exemple des poubelles et même des douches et il doit être entretenu.
En métropole, les villes balnéaires se plient à l’exercice depuis 2009. Mais à Mayotte, le recensement engagé par l’ARS en 2011 est encore loin d’être achevé : seulement cinq communes ont répondu sur les 17. Les agents de l’agence vont donc repartir à la chasse aux informations.

Déclarer ou ne pas déclarer ?

Pour les communes, le dossier est sensible : déclarer tous les lieux de baignades permettrait de valoriser les attraits touristiques de la commune mais cela impliquerait aussi d’importants investissements pour les mettre aux normes. A l’inverse, ne pas les déclarer pourrait amener les villes à afficher une interdiction de baignade. Un véritable dilemme.

Et ce recensement n’est qu’une première étape. Les communes mahoraises auront ensuite un délai supplémentaire d’un an, jusqu’au 30 juin 2015, pour réaliser un «profil de vulnérabilité» de toutes les plages. Il s’agit d’un inventaire très précis de tous les facteurs de risques qui pourraient amener à fermer la baignade : les pollutions par des rejets d’eaux usées non traitées ou issues des activités d’élevage par exemple… Une liste qui doit conduire les maires à mettre en place des mesures de gestion pour contrecarrer ces éventuelles pollutions.

De lourdes dépenses pour les communes

Là encore, le problème est financier. Pour réaliser de telles études, il faut faire appel à des cabinets spécialisés et ce sont les communes qui doivent mettre la main à la poche. L’ARS suit le dossier de près, elle pourrait épauler les villes en coordonnant, par exemple, les appels d’offre auprès des cabinets d’études.

«Ce sont des dossiers assez lourds à réaliser, mais l’entrée dans l’Union européenne a déclenché le processus et on ne peut pas faire semblant de ne pas le voir» explique Thomas Margueron, ingénieur sanitaire au Service santé-environnement de l’ARS Mayotte.
Car, au terme de ces procédures, si les eaux de baignades se révèlent de mauvaises qualités, l’Europe peut enclencher des contentieux. Et les amendes sont parfois très lourdes, comme c’est le cas en métropole, pour la mauvaise qualité des eaux en Bretagne. Peut-être serait-il préférable de sortir le chéquier pour investir plutôt que pour régler la contravention.
RR