Début des travaux du quai No 1 du port de Longoni, poussé par le contexte mozambicain

"C'est une course contre la montre" lâche Ida Nel, présidente de Mayotte Channel Gateway, le délégataire de service public gestionnaire du port de Longoni. Alors que le quai No 1 est "délabré" et nécessite des travaux qui se font attendre "depuis cinq ans", le contexte sécuritaire au Mozambique booste la demande, et impose de mettre les bouchées doubles.

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Plusieurs tranches de travaux seront menées tambour battant pour faire face à la demande croissante dans la zone

145 millions d’euros en 3 ans, jusqu’à 3500 emplois créés, les travaux à venir au port de Longoni seront colossaux, et les ambitions de la présidente Ida Nel sont à la hauteur des enjeux pour la structure, qualifiée de « poumon économique de l’île ».

Des enjeux multiples : alors que l’Insee table sur un doublement de la population de l’île d’ici 30 ans, les besoins en produits importés vont exploser, et générer du trafic au port, qui doit anticiper. C’est une des raisons avancées. Mais si la présidente appelle à voir « au delà de demain », c’est bien le court terme qui a conduit à précipiter le lancement de ces travaux, jusqu’alors en suspens face aux « bisbilles » (dixit Ida Nel) entre MCG et le Département. Des différends presque enterrés ce jeudi, qui a vu le président Soibahadine visiter le futur chantier et s’offrir un « check » avec la patronne des lieux.

A court terme aussi les enjeux sont vastes. D’abord, il y a le délabrement du quai No 1, construit en 1993 et dont l’état d’usure oblige à en limiter l’usage. Ce sera logiquement le point de départ d’une longue période de travaux, et la première tranche est censée être livrée dès le mois de septembre prochain. C’est dire si les choses sont censées aller vite désormais. Ensuite d’ici 2022, deux quais supplémentaires doivent sortir de terre (ou de l’eau selon d’où on regarde) là où ne se situent actuellement que des berges.

Le quai No2 sera ensuite étendu et un quai flottant complètera l’offre portuaire

Egalement prévu d’ici 2022, la mise aux normes du terminal pétro-gazier, situé de l’autre côté du port par rapport aux deux quais existants. Là encore, on sent l’urgence, face à la pression mise par les entreprises pétrolières qui lorgnent sur le gaz du Mozambique. Et si Total a demandé que le lien ne soit pas fait entre les travaux du port et ce vaste projet gazier, il semble impossible de ne pas faire le rapprochement, tant l’enjeu est à la fois évident, et rappelé par tous. D’ailleurs, le Mozambique, ce n’est pas que l’objectif du gaz. L’attaque de la ville de Palma par le groupe Al Shebab a donné des suées froides aux armateurs, qui semblent désormais juger peu sûrs les ports du pays lusophone. La présidente du port explique ainsi avoir reçu plusieurs appels d’armateurs désireux de déposer leur cargaison à Longoni, pour éviter la côte est-africaine. Quitte à laisser leur navire en stand-by plusieurs semaines.

Or, qui dit explosion de la demande dit aussi besoin d’aménagements. « Il va falloir stocker des tubes énormes » indique notamment Ida Nel pour illustrer le défi technique qui se joue actuellement.

Défi technique aussi que ce quai flottant de 275m de long pour près de 40 millions d’euros, qui doit compléter l’extension du quai No 2.

La dernière phase de travaux sera, en 2024, la création d’une zone d’activités.

Pour Ida Nel, il n’y a dans tout cela « rien de nouveau, tout était prévu dans la délégation de service public » assure-t-elle.

Au défi technique s’ajoutera le défi environnemental. « On ne pourra pas tout faire en préservant l’environnement, il faudra prévoir des compensations » reconnaît un architecte de MCG. Il est ainsi envisagé de rogner, voire de raser, la colline qui actuellement coupe le port en deux, pour gagner de l’espace. Tout un pan de platier « pollué par la zone d’activité Vallée II » pourrait aussi être aménagé pour palier les besoins en espace.

Ida Nel veut mettre un coup d’accélérateur et passer outre les ‘bisbilles’ avec le Département

Mais, rappelle Ida Nel, les enjeux « dépassent le port ». Un navire doit, en fin d’année, acheminer à Mayotte quelque 300 personnels destinés aux chantiers gaziers et à la base arrière que Mayotte compte devenir. Or « on n’a pas d’hôtel sur la zone ». C’est donc toute une offre que Mayotte doit développer pour devenir cette base arrière. On comprend dès lors l’entente cordiale que le Département et MCG semblent avoir décidée. Et si la prochaine majorité au département se montrait plus hostile ? « ça n’a rien à voir » tranche Ida Nel. « Tout est dans la DSP » redit-elle. Pas d’inquiétude donc.

Y.D.

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