Violences contre les femmes : « Si la femme battue ne veut pas parler, comment on peut intervenir ? », les lycéens s’interrogent

Prenant une semaine d’avance sur la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, la bâtonnière du barreau de Mayotte Fatima Ousseni organisait ce mercredi une conférence-débat sur le sujet au lycée des Lumières. En 2019 en France, 146 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint, mais les violences peuvent prendre plusieurs formes, auront entendu les jeunes.

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Lutte violences femme, Mayotte
Me Fatima Ousseni avait réuni les acteurs de la lutte contre les violences faites aux femmes

Quasiment tout ce que Mayotte compte d’acteurs dans ce domaine était présent ce mercredi 18 novembre à Kawéni, la présidente de la Chambre d’Appel, la directrice régionale à l’égalité homme-femme de la préfecture, le Juge des libertés et de la Détention, le substitut du procureur, un juriste, des avocats, la Juge aux Affaires Familiales, la gendarmerie nationale, la mairie de Mamoudzou, etc.

« Le confinement a amplifie le phénomène des violences entre conjoints, mais cela ne s’est pas traduit par une augmentation des affaires portées devant le tribunal ». D’entrée, Me Abdel-Lattuf Ibrahim posait le problème du non-dit. Il y a eu pendant la période de confinement 380 signalements au parquet, « les chiffres ont explosé ».

Face à une assemblée composée de lycéens et de collégiens issus de plusieurs établissements, l’avocat les prenait à témoin, « vous êtes les premiers à assister à ces violences qui sont en majorité exercées contre les femmes ». Rappelons que les enfants, par peur, par protection, ou tout simplement par amour malgré tout vis-à-vis de leurs parents, se murent souvent dans le silence. Pour cette raison, ils ne sont plus considérés comme des témoins mais comme des victimes à part entière.

Me Ibrahim détaillait les agressions, des plus violentes, sans oublier les plus subtiles : les violences physiques et sexuelles, « comme un mari qui oblige sa femme à coucher avec lui », les violences verbales, « on entend des ‘chiennes !’ », les violences psychiques, les violences économiques, « et ici à Mayotte, elles sont nombreuses, « du type ‘c’est grâce à moi que tout le monde mange dans la maison’ ». Et pourtant, peu s’en plaignent, « une femme sur cinq seulement ».

La médiation familiale interdite

Lycéens et collégiens intervenaient sans tabou

Pour tenter de venir à bout du phénomène, le législateur essaie de coller à la réalité, « par exemple, le phénomène de l’emprise est inscrit dans le Code pénal, et la médiation familiale a été interdite. Elle est particulièrement ancrée dans la culture mahoraise où on va voir les vieux du village pour trouver une solution en interne et ne pas éloigner les enfants. Mais le phénomène de violence perdure au sein du foyer. » Les lois ont été musclées, notamment sur l’alourdissement de la peine encourue quand l’auteur des violences est le conjoint, ou grâce à l’ordonnance de protection des victimes. Le « Téléphone grave danger »  est un dispositif de téléassistance dans le cadre de la protection des personnes en situation de très grave danger.

Toujours du côté des lois, dans les cas de crimes, l’exercice de l’autorité parentale est suspendu, et la formation des professionnels a été renforcée, dont les avocats ou les assistantes sociales.

Malgré cette batterie de mesure, les dépôts de plainte sont encore trop rare, « la parole ne se libère pas, on compte sur vous les jeunes pour que cela ne soit plus un tabou et qu’on puisse accéder à une égalité homme-femme ».

Le 55.55 à l’écoute

Des interventions de qualité face aux jeunes

Un élève du lycée de Petite Terre interrogeait aussitôt, « mais comment on peut intervenir si la femme battue ne veut pas parler ? » Pour l’avocat, si la victime ne se laisse pas convaincre, le jeune peut se rendre à la gendarmerie ou à la mairie de son village. « Vous pouvez aussi composer le 55.55 ». Le proviseur du lycée de Petite Terre nous expliquait que les infirmières ou les CPE de l’établissement scolaire sont aussi là pour recueillir les témoignages.

Le juge des Libertés et de la Détention, Paul Hiernard rappelait l’importance de prendre le problème à temps, « en 2019, ce sont 146 femmes qui ont été tuées en France par leur conjoint ou leur ex-compagnon. Souvent, on met le premier coup sur le compte de la passion, mais on omet la domination de l’un sur l’autre résumé par le terme de ‘Conjugopathie’ »

Une journée importante nous détaille Fatima Ousseni : « D’abord parce qu’elle entre dans le cadre de notre formation d’avocats. Et cela permet de toucher les jeunes, qui se positionnent parfois pas correctement, puisque l’année dernière, certains réagissait en développant davantage d’empathie avec l’auteur des faits que la victimes. Les établissements scolaires doivent se saisir de la problématique comme le fait le Lycée Mamoudzou Nord. »

Le film « Emprise » était ensuite projeté. L’histoire d’une mère de famille de quatre enfants, qui se retrouve en mars 2012 dans le box des accusés des assises de Douai, pour le meurtre de son mari, un homme qui l’a battue et torturée pendant leurs dix-sept ans de mariage. Une adaptation d’une histoire vraie, tirée du livre-témoignage « Acquittée » d’Alexandra Lange qui avait expliqué avoir vécu ce calvaire.

Anne Perzo-Lafond

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