Festivités des 10 ans du référendum statutaire : un Séminaire orienté vers l’avenir

Il est rare de célébrer les 10 ans d’un référendum, mais celui du 29 mars 2009 fait date. Il traduit la volonté des Mahorais d’un ancrage dans la République française. C’est une projection vers son rôle de Région qui était proposée pour ce Séminaire inaugural des festivités.

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Retour sur les dates clés, pour Ali Debré Combo, et projection vers l'avenir, pour Thani Mohamed Soilihi

Comme d’habitude à Mayotte, rien ne se fait comme prévu. Alors qu’un week-end de festivités s’annonce pour célébrer les 10 ans du référendum statutaire et les 8 ans de départementalisation, par la tenue d’un Séminaire, celui-ci se voyait amputé de têtes. Et pas des moindres, puisque le président Soibahadine Ibrahim Ramadani manquait à l’appel, officiellement empêché à Chiconi, ainsi que deux invités, l’ancien conseiller général Issihaka Abdillah et l’ancien député Ibrahim Aboubacar.

On peut penser que l’organisation du débat autour des propositions de lois Thani relative au département-région, alors qu’elles sont toujours l’objet de contributions diverses, aura perturbé le programme. Pourtant, le conseil départemental affichait haut son ambition en livrant l’organisation de ce week-end : « Cette célébration est importante car la départementalisation est une construction sociétale longue qui nécessite que l’on fasse des bilans, pour évaluer les avancées : ‘où en sommes-nous ?’.

Du coup, face à un hémicycle plein, c’est le sénateur et vice-président du Sénat Thani Mohamed Soilihi qui répondait aux questions, aux côtés de Ali Debré Combo, représentant le président du conseil départemental. Et justement, difficile de répondre à la question posée « où en sommes-nous ? », puisque, comme le faisait remarquer l’ancien élu Ibrahim Bacar, « nous aurions souhaité un bilan. » Il n’a jamais été dressé, cela aurait été intéressant d’avoir l’opinion d’Issihaka Abdillah qui appelait dans nos colonnes à saisir la Commission consultative sur l’évaluation des charges, pour évaluer les capacités transférées.

Un séminaire pédagogique

“A quand un bilan ?”, demandait Ibrahim Bacar

Dans sa lecture du discours du président du CD, Ahmed Debré Combo faisait ressortir les dates clé de ce combat de Mayotte pour l’ancrage dans la République française. Avec dès 1958, le Congrès de Tsoundzou, qui évoque l’idée d’une consultation de la population, et le refus d’une indépendance en 1974, « contre l’avis du monde entier », et notamment de l’ONU. Cette volonté ne sera pas démentie, et trouvera son apothéose dans les 95,2% de « oui » à l’alambiquée question référendaire de 2009, « Approuvez-vous la transformation de Mayotte en une collectivité unique appelée ‘Département’, régie par l’article 73 de la Constitution, exerçant les compétences dévolues aux départements et aux régions d’outre-mer ? »

Ce sont les deux propositions de loi voulues par l’exécutif que le sénateur Thani Mohamed Soilihi, « invité par le conseil départemental » devait défendre, face aux nombreuses incompréhensions qu’elles ont suscitées : « A ceux qui m’accusent d’avoir agi sans concertation, je rappelle que ces textes sont le fruit d’une réflexion des responsables locaux depuis avril 2018, et que je n’ai fait que formaliser. Et souvenons-nous que cette évolution institutionnelle fait partie des mesures demandées par la population en sorite de crise sociale début 2018 ».

Il rappelait que l’unique objectif était de doter Mayotte des compétences de régions, qu’elle n’a jamais officiellement reçues, « il n’y a aucun risque de sortir du giron de la France, il n’a jamais été question d’article 74 dans ces textes », c’est à dire de basculer vers une collectivité de type Nouvelle-Calédonie.

Le président Soibahadine avait également été accusé de vouloir récupérer des supers pouvoirs, notamment de pouvoir négocier seul des accords avec les pays voisins. « D’une part, Mayotte sera saisie pour avis de tout projet de coopération régionale, et d’autre part, elle ne pourra passer des conventions avec les autres Etats qu’avec l’accord du gouvernement français », décryptait Thani Mohamed.

Des propositions qui ne passeront pas cette année

Soula Saïd Souffou demande de réfléchir à l’élaboration d’une liste électorale de personnes qualifiées

Enfin, sur le nombre d’élus, qui devraient être multipliés pour coller aux compétences d’une région et d’un département, « il a été fixé à 51 par les travaux de l’exécutif de Daniel Zaïdani, un volume qui correspond à celui de la Guyane. »

Rappelons que ces deux propositions de loi sont déposées, mais non inscrites à l’ordre du jour du Sénat, « elles sont donc amendables ». En ce sens, les échanges étaient les bienvenus. Au titre des contributions, la proposition du DGS d’Acoua Soula Saïd Souffou, qui craignait un impact du déséquilibre de la représentativité des Mahorais lors de futures élections, « en raison d’une population composée pour moitié de personnes de nationalités étrangères, et qui pourraient donner une orientation contraire lors d’une éventuelle consultation référendaire. » Même si le droit de vote reste lié à la nationalité, il émettait l’idée d’initier, « comme en Nouvelle Calédonie, d’une liste électorale de personnes qualifiées. »

Des propositions de loi qui ne passeront pas cette année, faute d’opportunité législative, et peut-être pas du tout, « mais elles serviront de toute façon de base de négociation avec le gouvernement. A condition qu’il y ait consensus entre nous à Mayotte ». Il faut ensuite compter environ un an après leur adoption pour être applicables, « il ne faut donc pas trop tarder. »

“Merci à nos anciens”, appuyait Hanima Ibrahima

Plusieurs rencontres avaient été initiées pour inviter les élus à débattre de ces propositions de lois, mais ils se comptaient sur les doigts de la main. Peut-être faut-il convier la population systématiquement, pour faire taire les dissensions, « parler le même langage », comme y invitait le conseiller Issa Abdou.

En tout cas, tous se disaient très heureux de cette rencontre « nous n’avons pas souvent l’occasion de nous exprimer et d’échanger ainsi avec des élus. » Laissons le mot de la fin à Hanima Ibrahima Jouwahou, la maire de Chirongui : “Quand je vois comment se sont déroulées les élections aux Comores, je remercie Zéna Mdéré et Younoussa Bamana de leur combat pour notre ancrage dans la République.”

Le programme des festivités est lancé :

Samedi 30 mars : inauguration d’une exposition « immersion » au Muma qui célèbre son appellation Musée de France
Samedi 30 mars et dimanche 31 mars : Maoulida shengue sur la rocade de Mamoudzou suivi d’un congres des élus

Anne Perzo-Lafond

12 Commentaires

  1. C’est quand même pathétique tous ça, c’est quoi cette envie de vouloir tous fêter à Mayotte!? Au moins attendons la fin de l’intrusion des comoriens à Mayotte (c’est qu’on ne va jamais la fêter, ça n’arrivera pas)

  2. L’article ne dit pas les choses: il ne s’agissait pas de « fête » hier, mais d’une seconde tentative de réunir les élus pour se « justifier », expliquer le projet de « toilettage institutionnel » qui commence sérieusement à inquiéter l’opinion publique qui y voit la marque d’une trahison. On était loin de la grande fête dans l’hémicycle qui, s’il était rempli de curieux au départ (majoritairement des agents du CD—mais qu’importe…), s’est très rapidement vidé pour laisser à des « échanges » peu fructueux puisqu’il n’en est sorti aucune proposition prompte à modifier le texte déjà déposé au Sénat et en attente d’une inscription à l’ordre du jour des débats. En fait, l’article ne dit pas que cette salle était surtout rempli car c’était censé être une journée de célébration. Autrement, la dernière invitation du Sénateur fut un cuisant échec car largement boudée par les élus. L’article ici ne corrige pas non plus le sénateur qui situe l’élaboration du texte à partir de 2018: c’est complètement faux. On peut remonter à 2015, avec les réflexions d’Ibrahim Aboubacar sur le projet Mayotte 2025, soutenu d’ailleurs par le même Thani, avant qu’en 2016, 2017,2018, Soibhandine n’en reprenne le flambeau et que Thani n’applique un maquillage sémantique (notamment en badigeonnant l’intitulé du projet de « pandalao »). L’article ne mentionne pas non plus le paradoxe dans le discours du sénateur qui se veut « messager » et non auteur « message » bien que son nom soit apposé sur le projet. Il porterait aveuglément, en ayant modifier donc quelques éléments (devenant donc co-auteur), mais laisse la paternité du projet au CD. Mais le CD, démons son interprétation des résultats ADN, accuse Zaïdani qui se défend et accuse Ibrahim Aboubacar qui ne se reconnaît pas du tout dans ce texte travesti qui trahit le sien. Hier, c’était une journée pour défendre un texte dont la bâtardise met mal à l’aise le peuple.

  3. alors c’est pas la fête mais une mascarade en plus tromper la population pour camoufle la réalité, parlé de toilettage comme d’hab. ils veulent que le partie des gens le suive, on a compris les mensonges politiqui tour de passe passe

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