Nous sommes le 23 novembre en haut de la côte Sogéa. Il est 6h du matin et le soleil offre un spectacle féerique sur la lagon et la mangrove. Alexandra Maroine, la miss météo de la chaîne Kwezi TV, s’arrête pour admirer ce panorama, et pense s’en inspirer pour sa présentation dans la matinale quelques minutes plus tard. Une matinale à laquelle elle ne sera pas présente.
A quelques mètres d’elle, Ibrahim ne voit pas le soleil, la mangrove et le lagon. Lui, ne voit que le sac à main, le téléphone portable, et l’opportunité de financer les trois tubes de chimique qu’il fume chaque jour. Sorti de prison un mois plus tôt, le jeune homme n’a pas tardé à re-sombrer dans la drogue et la délinquance.
Il s’approche et lorsque la jeune femme se retourne, il saisit le sac à main et tire si violemment dessus qu’elle chute et se blesse au genou. Une vilaine blessure qui va s’infecter, et la laisser en partie handicapée pendant plusieurs semaines. Trois jours plus tôt il avait déjà volé un sac en usant de la même méthode « lâche » selon les termes du procureur. Cette fois, c’est sur les coudes que sa victime était tombée.

Le procureur Tanguy Courroye
Le procureur Tanguy Courroye

La suite repose sur la réactivité de deux témoins. Le premier, en voiture, s’arrête et prend la présentatrice en charge. Il l’emmène au CHM où elle se voit prescrire 3 jours d’ITT. Un second médecin lui en accordera 5 un peu plus tard, réévaluant la gravité de sa blessure.
Un autre passant prend quant à lui en chasse le voleur à l’arraché et parvient à récupérer toutes les affaires qui sont restituées à la jeune femme.
L’auteur des agressions est rapidement identifié sur le trombinoscope de la police. Une enquête est menée pour le retrouver et l’hélicoptère de la gendarmerie identifie le banga dans lequel il se cache. Quand la police intervient pour l’interpeller, le jeune toxicomane tente de repousser les fonctionnaires avec un balai avant de sauter sur un policier, le faisant chuter, et d’être interpellé.

« La première demande de la partie civile, c’est de pouvoir vivre à Mayotte comme on vit ailleurs »

« Il faut protéger la société de ce type de personnes plaide Me Hesler, avocat d’Alexandra Maroine, accusant l’Etat d’avoir « plus ou moins démissionné ». Le conseil note qu’à aucun moment du procès le prévenu n’a présenté la moindre excuse, se bornant à minimiser ses actes, affirmant qu’il n’avait « pas vu » ses victimes tomber.

Erik Hesler veut pouvoir "vivre à Mayotte comme ailleurs"
Erik Hesler veut pouvoir « vivre à Mayotte comme ailleurs »

« On a affaire à un individu qui a besoin d’être sevré, et il n’y a pas, à Mayotte, de structure capable de le prendre en charge. Il faut le condamner lourdement. La Partie civile est aussi là pour dire stop. Cette jeune fille veut pouvoir sortir sans avoir peur qu’on lui vole son sac, elle a subi un traumatisme lourd, c’est violent et il y a des conséquences graves » poursuit l’avocat. « La première demande de la partie civile, c’est de pouvoir vivre à Mayotte comme on vit ailleurs ».
Sa seconde demande, c’est l’indemnisation : 2000€ pour la douleur physique, 2000€ pour le déficit fonctionnel, 3000 pour le préjudice moral et 1000 pour les frais de justice. Le préjudice financier est d’autant plus lourd que la jeune femme a perdu 10 jours de salaire sur sa fiche de paye suite à cette agression.

Selon le procureur Courroye, les faits reprochés au jeune homme ne sont sans doute pas les seuls commis. « Quand on voit sa consommation de chimique, il y a surement bien plus de faits de vols. Nous sommes dans des infractions symptomatiques de la délinquance à Mayotte, parce-que ça arrive tous les jours, ça semble presque normal, regrette-t-il, avant de réclamer une peine « en rapport ) cette pluralité de faits qu’il ne faut pas banaliser ». Il demande deux ans de prison dont 6 avec sursis et maintien en détention.
Le tribunal a finalement revu à la baisse tant les dommages et intérêts que la peine requise. L’agresseur écope de 18 mois de prison donc 6 avec sursis et mise à l’épreuve. Il est donc reparti pour un an à Majicavo.