Koungou : la délinquance frappera de nouveau sans dispositifs pérennes

Les violences qui ont tenus en haleine les forces de l’ordre à l’approche de Noël, ont incité à la tenue en urgence d’un Conseil de sécurité. Il prépare la réactivation du Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance, hélas jadis abandonné par la commune.

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Le maire Assani Saindou Bamcolo, le capitaine Chamassi et le chef d'escadron Ragault, lors de ce Conseil de sécurité post-violences à Koungou

Lors de la mise en place des premiers CLSPD dans quelques communes du territoire, nous avions raillé sur la connotation « Post Délinquance » des deux dernières lettres alors qu’il s’agissait bien du Conseil Local de Sécurité et de Prévention de la Délinquance. Les maires avaient en effet tendance à les convoquer après que des violences aient secoué leur commune, reléguant donc au second plan la prévention. Depuis, des progrès ont été faits sur l’ensemble de l’île, des associations se sont montées dans les quartiers, décidées d’imiter les modèles des « grandes », Céméa, Apprentis d’Auteuil, Mlézi, Croix Rouge, Caritas, etc.

Si Koungou avait mis en place son CLSPD en 2012, depuis, on trainait la patte, il avait été mis en stand-by. Et ce n’était pas le seul laisser-aller. On se souvient du coup de colère du préfet Degos en 2014 s’apercevant que la commune était sortie du dispositif CUCS (Contrat Urbain de Cohésion sociales) et de ses aides, et si un Conseil de Sécurité s’était tenu cette même année, c’était dans la ferveur de la préparation de la visite de la ministre Christiane Taubira. Depuis plus grand chose, nous apprenions que les coordinateurs CLSPD avaient démissionné les uns après les autres, vraisemblablement faute de formation. Ce qui peut expliquer en partie la reprise de la délinquance pendant les vacances scolaires, actes aggravés par un règlement de compte au couteau, ce mardi à Majicavo Lamir, après qu’un homme de Kawéni en ait agressé un autre, le pronostic vital du premier serait engagé.

« Il faut réactiver le CLSPD pour se doter d’un Schéma local de prévention de la délinquance et décliner des groupes de travail, qui seraient répartis sur les actions de prévention auprès des jeunes, sur de la prévention de la violence ou encore de l’insertion », appelait le gendarme Chef d’escadron Rabault.

« Les parents, fatigués, n’arrivent plus à contrôler »

Les acteurs de la prévention avaient répondu présent, avec de multiples propositions à coordonner

Céméa, Centre Communal d’Action Social (CCAS), régie de Quartier : il s’avère que de nombreuses actions sont déjà mise en place, présentées par Abdallah Mhadji Combo, mais non coordonnées donc, « nous avons besoin de méthodologie », appelait à son tour le capitaine Chamassi, chargé de mission à la préfecture, qui l’applique avec succès dans toutes les communes. A Koungou, tournois de foot associant plusieurs villages, sous l’impulsion du CCAS, Chantiers éducatifs notamment en maraichage par la Régie de Quartier, avec 3 jeunes placés en entreprises à l’issue, travail sur la parentalité, formation au permis bateau pour 45 jeunes en errance, CACES ou formation au capitaine de pêche, par la mairie, toutes ces initiatives appellent une chose : l’identification des jeunes en errance.

Un partie du travail a été fait indique le chef de la police municipale, « nous avons établi des fiches des fauteurs de troubles, mais il est très difficile de les approcher ». La gendarmerie devrait s’en charger. Il soulignait que des dépôts de plainte sont de plus en plus fréquents, « notamment de la part de parents fatigués, qui n’arrivent plus à contrôler leur fils majeur en situation irrégulière ». La gendarmerie indiquait que des personnes ont demandé à être auditionnées par le procureur, « sous couvert d’anonymat », pour témoigner d’actes de violences. « Ça permet de monter des dossiers et de mener des interpellations ».

Réactivation du CLSPD le 15 février

Un des chantiers mené par la Régie de Quartier

Mais l’objectif de la réunion de sécurité est bien d’éviter la prison, « dont ils revendiquent le passage comme un diplôme », raillait le capitaine Chamassi, pour mener des actions de prévention. Qui apparaît comme un vrai fourre-tout si elle n’est pas structurée, soulevait le chef d’escadron, « depuis octobre, nous n’avons fait que travailler dans l’urgence ! »

Les acteurs faisaient remonter l’impossibilité de trouver des activités aux jeunes majeurs en situation irrégulière. « Travaillons déjà avec ceux en situation régulière ou qui sont scolarisés ou en voie de ne plus l’être, et avec les mineurs, appelait de nouveau le chargé de mission de la préfecture, mais faisons le bien. Quand on propose un formation de matelot, assurons nous qu’ils aient un bus pour s’y rendre par exemple, il faut envisager la formation avec toutes ses contraintes, sans quoi, ils n’iront pas ». Le capitaine Chamassi très applaudi par l’assemblée.

La Régie de Quartier envisage la création d’un Groupe de Sécurité et de prévention de la délinquance, dont les membres seraient armés, « cela doit se faire en toute légalité, sous la forme d’entreprises de sécurité », avertissaient les forces de l’ordre, qui vont s’associer au travail.

La nomination du coordinateur CLSPD interviendra en février, et la séance plénière conviant procureur, recteur, et autres acteurs institutionnels devrait se tenir le 15 février.

Anne Perzo-Lafond

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