Réunis mercredi 9 septembre 2026, au siège de l’Institut d'émission des départements d'outre-mer (IEDOM) à Mamoudzou, les principaux acteurs économiques et administratifs de Mayotte ont présenté une nouvelle charte destinée à mieux prévenir les difficultés des entreprises. Une mobilisation qui intervient alors que l’État entend renforcer la lutte contre l’économie informelle tout en sécurisant les salariés étrangers en situation régulière.

« Il faut être très offensif contre l’économie informelle » : l’État veut assainir l’économie mahoraise sans fragiliser les entreprises

Réunis mercredi 9 septembre 2026, au siège de l’Institut d'émission des départements d'outre-mer (IEDOM) à Mamoudzou, les principaux acteurs économiques et administratifs de Mayotte ont présenté une nouvelle charte destinée à mieux prévenir les difficultés des entreprises. Une mobilisation qui intervient alors que l’État entend renforcer la lutte contre l’économie informelle tout en sécurisant les salariés étrangers en situation régulière.

Près de deux ans après le passage du cyclone Chido, l’État veut agir avant que les difficultés économiques ne deviennent irréversibles. Ce mercredi 9 septembre après-midi à Mamoudzou, le préfet de Mayotte, Frédéric Poisot, la directrice de l’Institut d’émission des départements d’outre-mer (IEDOM), Florence Mar-Picart, et les principaux acteurs économiques et administratifs du territoire ont présenté la déclinaison locale de la « Charte de confiance pour renforcer l’anticipation, l’accompagnement et la prévention des difficultés des entreprises ».

Tous partagent un même constat. Malgré les dispositifs existants, les chefs d’entreprise sollicitent encore trop souvent de l’aide lorsque leurs difficultés sont déjà bien installées. L’objectif est désormais de repérer plus tôt les premiers signes de fragilité et d’aller au-devant des entreprises pour éviter que leur situation ne se dégrade durablement.

« Il faut trouver des solutions » avant que les entreprises ne périssent

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Après les difficultés provoquées par le cyclone Chido, l’État veut préserver les entreprises capables de créer de l’activité et d’employer durablement à Mayotte. Mathilde HANGARD / JDM

Pour le préfet, l’enjeu dépasse la seule question de l’accompagnement administratif et de l’État au sens large. Il touche directement à la capacité de Mayotte à reconstruire son économie et à créer des emplois. « On ne peut pas évoquer ces sujets de reconstruction si on n’a pas un territoire qui produit de la richesse et qui emploie nos jeunes Mahorais et Mahoraises », a rappelé Frédéric Poisot.

Encore faut-il que les entreprises puissent tenir dans la durée. Certaines disparaissent faute d’avoir identifié suffisamment tôt le bon interlocuteur ou le dispositif susceptible de les aider. « Les chartes sont importantes si elles produisent des effets », a souligné le préfet. L’objectif, selon lui, est d’apporter des réponses aux entreprises qui, « par gêne, par manque de savoir à quelle porte frapper, périssent ». 

Derrière ces défaillances, le représentant de l’État rappelle qu’il y a des salariés et des familles. « Au-delà d’une entreprise qui disparaît, ce sont des femmes et des hommes et des familles qui souffrent ». Le problème est d’autant plus important à Mayotte que les petites structures disposent rarement du temps nécessaire pour naviguer ou comprendre le fonctionnement des différents dispositifs. « Quand on a une petite entreprise avec quelques salariés, on n’a pas toujours la tête à aller sur les différentes plateformes numériques », observe encore Frédéric Poisot. Le préfet reconnaît d’ailleurs que les efforts déjà engagés ne suffisent pas. « Tout le monde trouve qu’on développe déjà beaucoup d’actions. Mais est-ce que ça fonctionne ? Pas complètement ». 

L’idée d’un guichet unique pourrait ainsi être étudiée. Mais le préfet veut éviter qu’un nouveau dispositif soit conçu sans partir des réalités du terrain. Les solutions, insiste-t-il, doivent d’abord répondre aux difficultés rencontrées quotidiennement par les chefs d’entreprises.

Aller vers les dirigeants plutôt que les attendre

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Dans la restauration comme dans les autres secteurs, l’État veut distinguer l’emploi illégal de celui des travailleurs étrangers en situation régulière, dont le renouvellement des titres doit être mieux sécurisé.

C’est précisément le changement de méthode porté par la nouvelle charte. À l’origine de la démarche, un rapport remis en 2025 à la demande du Médiateur national du crédit avait mis en évidence une difficulté récurrente. Les dirigeants sollicitent souvent les dispositifs d’aide lorsqu’il est déjà trop tard. Pris dans l’urgence, les chefs d’entreprise consacrent l’essentiel de leur énergie à maintenir leur activité à flot et repoussent chaque jour les démarches qui pourraient pourtant permettre d’éviter une dégradation plus importante de leur situation.

Florence Mar-Picart veut donc faire de la prévention un réflexe. « Cette charte montre qu’on est tous mobilisés pour apporter une réponse coordonnée et proactive », explique la directrice de l’IEDOM. L’objectif est de mieux faire connaître les outils disponibles, mais aussi de rendre leur accès plus simple pour les dirigeants. Une « boîte à outils du dirigeant » permet notamment de retrouver les principaux dispositifs d’accompagnement. Des actions de formation ont également été menées auprès de chefs d’entreprise de l’île, notamment pour les sensibiliser aux premiers signaux de fragilité.

Mais le changement le plus important réside ailleurs. « On n’attend pas que les entreprises viennent nous voir mais on prend contact avec elles (…) c’est cela la nouveauté », insiste Florence Mar-Picart. La démarche entend ainsi s’appuyer sur les signaux faibles qui peuvent révéler une dégradation plus importante de la situation d’une entreprise. Retards dans les déclarations, impayés fiscaux ou sociaux, difficultés de trésorerie ou encore demandes d’aide peuvent ainsi, alerter les différents partenaires. L’objectif, explique-t-elle, est ainsi de faire circuler l’information, d’établir un diagnostic et d’orienter rapidement le dirigeant vers le bon interlocuteur entre tous les acteurs concernés par cette thématique. À terme, l’IEDOM et la Banque de France doivent également proposer un diagnostic financier gratuit aux TPE-PME éligibles afin de leur permettre de mieux mesurer leur situation.

L’État veut aussi s’attaquer au « fléau » de l’économie informelle

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Le préfet de Mayotte, Frédéric Poisot, a notamment appelé à « être très offensif contre l’économie informelle », tout en défendant un meilleur accompagnement des entreprises et de leurs salariés sur l’île. Mathilde Hangard / JDM

Cette volonté de consolider le tissu économique légal intervient alors que l’État entend parallèlement renforcer la lutte contre l’économie informelle. Sur ce terrain, le préfet assume son cap. « Il faut être très offensif contre l’économie informelle », affirme-t-il, décrivant celle-ci comme un « fléau » pour le département de Mayotte.

Le phénomène ne touche pas uniquement les recettes fiscales ou les règles de concurrence. Dans un territoire où une grande partie de la population dispose de moyens financiers limités (82% de la population vivrait sous le seuil de pauvreté, d’après les derniers chiffres de l’Insee diffusés en juin 2026), le recours à des activités ou à des commerces ne respectant pas les règles, en raison de faibles revenus, pourrait contribuer à entretenir un système économique parallèle.

Pour l’État, cette économie informelle peut également favoriser les situations d’emploi irrégulier et, plus largement, contribuer aux mécanismes de l’immigration clandestine. « On mène cela avec beaucoup de fermeté », assure Frédéric Poisot. Une fermeté qu’il estime nécessaire pour permettre aux entreprises qui respectent leurs obligations de trouver leur place dans le paysage économique de l’île. Mais cette volonté de lutter contre l’irrégularité ne signifie pas, selon lui, qu’il faille compliquer la situation de ceux qui travaillent légalement à Mayotte.

Le préfet veut fluidifier le renouvellement des titres des travailleurs étrangers

C’est ici que le préfet entend établir une distinction nette entre immigration irrégulière et emploi légal de travailleurs étrangers. À ceux qui sont entrés illégalement à Mayotte, le message de l’État reste sans ambiguïté : « Ils n’ont qu’un avenir, c’est partir ».

Pour les étrangers en situation régulière et titulaires d’un titre de séjour leur permettant de travailler, l’enjeu est autre. « Pour ceux qui ont un titre de séjour pour travailler à Mayotte, l’État se doit de pouvoir assurer le renouvellement en temps et en heure de leur titre, pour ne pas les mettre en difficulté, mais aussi et surtout les chefs d’entreprise qui sont inquiets car ils ont peur d’avoir un contrôle et ils ont raison », explique Frédéric Poisot.

Le préfet reconnaît toutefois que l’administration fait face à « une embolie ou une congestion du service car il y a énormément de demandes », une difficulté qui peut notamment toucher les petites entreprises, où « il n’y a pas de suivi de ces titres ». Pour répondre à cette situation, il défend, par l’intermédiaire des représentants des entreprises, la mise en place d’un « tunnel de discussions »  avec la direction des étrangers de la préfecture, afin que « sur les situations les plus aiguës, on puisse traiter les titres en priorité et qu’on ne mette ni l’entreprise, ni la personne qui travaille dans la difficulté ». 

Une mobilisation collective qui devra faire ses preuves

Sur le volet financier, les services de l’État entendent également faciliter les démarches des entreprises confrontées à des difficultés de trésorerie ou à des dettes. Olivier André, directeur général de la Direction régionale des Finances publiques (DRFIP), a notamment rappelé le rôle de la Commission des chefs des services financiers. Celle-ci permet de réunir plusieurs créanciers publics autour d’une entreprise et de rechercher un échéancier commun.

Les conseillers spécialisés peuvent également orienter les dirigeants vers les différents dispositifs existants et mobiliser les acteurs susceptibles d’apporter une réponse financière. La zone franche globale constitue, elle aussi, un levier de soutien à l’activité à travers des exonérations fiscales, sous réserve du respect des obligations déclaratives. « On est dans l’accompagnement et le soutien plus que dans le contrôle », a résumé Olivier André.

La méthode est donc posée. Détecter plus tôt, aller vers les entreprises, mieux coordonner les acteurs et sécuriser celles qui évoluent dans le cadre légal. Reste à démontrer que cette nouvelle organisation permettra effectivement d’éviter les défaillances plutôt que de simplement les accompagner lorsqu’elles sont déjà devenues inévitables. « On a un impératif de réussite, on ne peut pas se tromper », conclut le préfet du département. « Mais on n’a pas de baguette magique », reconnaît-il, « sinon on ne serait pas là tous ensemble autour de cette table ». Mais, à ses yeux, l’État et ses partenaires ont au moins un devoir, celui de « trouver des solutions ». 

Mathilde Hangard

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