L’entreprise Flocean a inauguré, début juillet à Mongstad en Norvège, une usine de désalinisation en profondeur capable de produire un million de litres d’eau par jour.

Une première usine de dessalement en profondeur inaugurée en Norvège

L’entreprise Flocean a inauguré, début juillet à Mongstad en Norvège, une usine de désalinisation en profondeur capable de produire un million de litres d’eau par jour.

Cette innovation, au-delà d’une production énorme d’eau potable, réduirait non seulement la consommation énergétique mais aussi les rejets de saumure*. « Notre innovation produit un million de litres d’eau par jour tout en réduisant la consommation énergétique du dessalement et en limitant les rejets chimiques », a indiqué le président de l’entreprise Flocean, Alexander Faglesang, dans un article publié chez nos confrères du journal Le Temps.

Des membranes installées à plusieurs centaines de mètres de profondeur

L’osmose inverse : la technologie de dessalement des eaux. (CR: CPH hydraulique)

L’usine utilise le procédé de l’osmose inverse, déjà éprouvé dans de nombreux pays, mais là où Flocean innove c’est qu’elle utilise la pression naturelle de l’océan pour pousser l’eau de mer contre les membranes diminuant ainsi la production d’énergie. Selon l’entreprise cela « réduirait ainsi la consommation d’énergie de 40 à 50 % par rapport aux usines côtières conventionnelles, tout en produisant jusqu’à un million de litres d’eau douce par jour, de quoi approvisionner environ 6.000 foyers ».

La technologie de l’entreprise fonctionne généralement à une profondeur de 400 à 700 mètres. La pompe aspire simplement l’eau douce à travers la membrane. Les impacts environnementaux sur les zones côtières seraient ainsi éliminés.

Moins de rejet de saumure

Ce procédé permettrait de rejeter moins de saumure d’après le PDG de Flocean. « Notre rejet n’est que de 25% plus salé que l’eau environnante (…) Selon nos simulations la salinité redevient normale après seulement 10 à 15 mètres ». Cela limiterait ainsi les impacts environnementaux sur les zones côtières, sans engendrer de conflits d’usage des sols côtiers, ni nécessiter de prétraitement chimique ou de rejet de saumure toxique dans les écosystèmes côtiers peu profonds et fragiles, assure l’entreprise.

Une réponse à la pénurie d’eau ?

Un homme boit de l’eau de la rivière qui s’écoule dans la mangrove.

Ce qui peut sembler paradoxal, c’est pourquoi une usine de la sorte en Norvège où l’eau potable ne semble pas manquer contrairement à Mayotte ? Le président de Flocean explique que « bien que nous sommes en Norvège, cette péninsule ne dispose pas de rivières capables d’alimenter les besoins industriels. Nous avons donc trouvé un site qui combinait un besoin réel en eau et un environnement idéal pour tester notre technologie ».

Pour l’entreprise Flocean, « cette solution répond à la crise mondiale de l’eau douce : la demande dépassera l’offre de 40 % d’ici 2030, et les régions côtières ainsi que les îles sont confrontées aux pénuries les plus critiques, sans disposer d’alternatives conventionnelles. Elle assure également une réelle résilience de l’approvisionnement en eau en fonctionnant indépendamment des vulnérabilités côtières, des retards et des contraintes énergétiques susceptibles de paralyser les installations conventionnelles », peut-on lire sur son site internet.

Un modèle exploitable à Mayotte ?

Pour Alexander Fuglesang, la construction de cette unité modulaire d’une vingtaine de tonnes « ne prendrait que quelques mois » et serait capable d’alimenter des îles notamment…

Alexander Fuglesang, fondateur et PDG de Flocean (CR: Flocean)

« Pendant des décennies, le dessalement sous-marin est resté une idée prometteuse, susceptible de transformer les infrastructures hydriques. Aujourd’hui, cette technologie produit de l’eau potable à l’échelle industrielle, appuyée par des partenariats solides », déclare le fondateur et PDG de Flocean sur le site web de l’entreprise. Et d’ajouter « C’est un tournant décisif pour les régions et les industries confrontées à une pénurie d’eau chronique. L’accès fiable à de l’eau douce ne nécessite plus de choisir entre l’aménagement du littoral et la protection de l’environnement : nous concilions les deux ».

Quand on sait les crises hydriques que connait Mayotte depuis de nombreuses années et le peu de solutions rapides apportées (ndlr, l’usine de dessalement d’Ironi Bé dont l’exploitation était prévue officiellement fin 2027 ne devrait finalement être opérationnelle qu’au mieux en 2028… Quant à la 3e retenue collinaire, dont le projet est encore en phase d’études, elle devrait être achevée, si tout va bien, en 2032), il serait peut-être judicieux que les autorités s’intéressent à ce type de procédé de dessalement afin d’offrir une alternative de plus au problème de pénurie d’eau que connait notre territoire. Une question demeure cependant : quel serait le coût d’un tel projet ?

B.J.

*La saumure est un mélange d’eau et d’une forte concentration de sel

Photo de Une : une usine de désalinisation en profondeur (CR : Flocean)

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