Alors que l’Université de Mayotte entame une nouvelle année universitaire avec plus de 1.800 étudiants inscrits, son président, Abal-Kassim Cheik Ahamed, défend le rôle de l’établissement dans le développement du territoire. Formation des enseignants, ouverture de nouvelles filières, vie étudiante, recherche, ouverture régionale et avenir de l’Université : il revient sur les grands enjeux de son mandat.

Université de Mayotte : Abal-Kassim Cheik Ahamed veut « être à la hauteur des attentes », sans fermer la porte à un nouveau mandat

Alors que l’Université de Mayotte entame une nouvelle année universitaire avec plus de 1.800 étudiants inscrits, son président, Abal-Kassim Cheik Ahamed, défend le rôle de l’établissement dans le développement du territoire. Formation des enseignants, ouverture de nouvelles filières, vie étudiante, recherche, ouverture régionale et avenir de l’Université : il revient sur les grands enjeux de son mandat.

À quelques mois de l’échéance de son mandat et alors que la vacance de fonctions du président de l’Université a été publiée, il refuse pour l’heure de se placer dans une logique de campagne et affirme vouloir se concentrer sur la rentrée et la réussite des étudiants.

JDM. Monsieur le Président, si vous deviez faire aujourd’hui le bilan de votre mandat, qu’est-ce qui vous satisfait le plus et qu’est-ce qui constitue votre principal échec ? L’Université de Mayotte est encore très jeune. Est-ce que vous considérez aujourd’hui qu’elle est réellement devenue une université à part entière, ou qu’elle reste encore dépendante de l’Hexagone pour construire son modèle ?

Mayotte, étudiants,
Avec plus de 1.800 étudiants inscrits pour cette rentrée 2026-2027, l’Université de Mayotte place la réussite, l’orientation et l’insertion professionnelle au cœur de ses priorités. DR / IES.

AKCA. C’est un enjeu qui dépasse ma personne, notre seule institution, c’est Mayotte. Mayotte a son histoire, a un avenir, dispose d’une université. La question, c’est quelle place doit prendre l’Université dans toutes ses formes ? Lorsque l’on parle de développement, cela peut être très pluriel. L’Université de Mayotte est récente, c’est un outil qui date de 2012, au début avec trois enseignants-chercheurs et cinq cents étudiants. Aujourd’hui, les effectifs étudiants ont été multipliés par quatre.

Lorsque l’on parle de bilan, ce n’est pas une question de ma personne ou d’ambitions personnelles, mais vraiment un enjeu de développement du territoire. L’Université doit répondre aux besoins du territoire, ce n’est pas une option, et être au service de son développement. L’Université, ce sont les étudiants, les élèves, il y a une ambition collective concernée.

JDM. La formation des enseignants constitue un enjeu majeur à Mayotte. Qu’avez-vous mis en place sur ce sujet ?

AKCA. On a mis le paquet, très clairement, avec le concours de l’État pour accompagner la formation des enseignants, former des enseignants de qualité à Mayotte. On parle souvent du nombre important de contractuels dans les écoles, mais si on veut avoir des étudiants de qualité, il faut aussi qu’on mette des enseignants de qualité devant les élèves.

C’est un effort conséquent. Nous avons engagé en 2017, après l’IUFM, une formation des enseignants qui était un modèle dérogatoire, mais finalement, très clairement, qui est aujourd’hui un modèle pilote, car depuis la rentrée 2026-2027, le même modèle de Mayotte a été répliqué dans toutes les autres universités des autres académies du territoire national.

JDM. Vous avez également fait le choix d’ouvrir des masters. Pourquoi ce pari ?

AKCA. C’est un pari d’ouvrir des masters. On a plus de 1.400 diplômés, 1.400 enseignants qui restent sur le territoire. Et la majorité de ces enseignants sont d’anciens étudiants, soit de l’Université de Mayotte, ou encore des étudiants de Mayotte qui ont quitté le territoire et qui sont revenus, et qui restent.

Là, on a un modèle de développement durable. C’est un modèle de confiance pour la jeunesse mahoraise. L’enseignement est utile, mais l’enseignement ne fait pas tout l’écosystème de développement du territoire. On ne peut pas parler de bilan si on ne sait pas finalement quel est le rôle et la place de l’Université de Mayotte sur le territoire. Je crois que la seule réelle bouée de sauvetage d’un territoire, c’est la place de l’Université, parce qu’on est vraiment dans le transfert entre l’élève, l’étudiant et vers les sections professionnelles.

JDM. La réussite étudiante est régulièrement mise en avant. Qu’est-ce que cela signifie concrètement pour l’Université ?

AKCA. La réussite, c’est notre leitmotiv. Quand on parle de réussite, c’est aussi l’accueil des étudiants. Il y a la création du Crous de La Réunion et de Mayotte, mais aussi l’offre de formation initiale et continue. Ces dernières années, on a enrichi notre offre de formations avec l’objectif de renverser la courbe des départs.

Après le cyclone Chido, près de 10.000 étudiants étaient recensés sur le territoire, parmi eux, 2.000 étudiants étaient inscrits à l’Université de Mayotte. La jeunesse est là. Une des missions de l’Université, c’est aussi l’orientation et l’insertion professionnelle. On doit lui offrir les opportunités de réussite pour qu’elle puisse offrir à Mayotte les compétences dont elle a besoin.

JDM. Vous parlez de métiers d’avenir. Comment l’Université identifie-t-elle les formations dont le territoire a besoin ?

AKCA. Il faut définir les métiers d’avenir de notre territoire et c’est ce que nous faisons. Nous avons ouvert un Bachelor Universitaire de Technologie en Gestion Administrative et Commerciale des Organisations, le BUT GACO. Ce n’est pas une ouverture théorique. C’est une ouverture par l’étude du marché, par les échanges avec l’écosystème, pour identifier quelles sont les formations utiles au territoire de Mayotte.

Initialement, l’Université comptait six licences générales. Après réflexion, notamment avec le Département-Région, d’autres formations ont émergé, notamment sur les sciences de la vie et le milieu marin, sur une île comme Mayotte.

JDM. Comment garder la jeunesse mahoraise sur l’île alors que beaucoup de jeunes partent poursuivre leurs études ailleurs ?

AKCA. Comment on peut garder nos enfants ? Il faut leur offrir une formation de qualité, mais aussi les conditions d’études optimales. Il faut travailler sur l’attractivité pour renverser cette courbe de départs. L’Université de Mayotte a ses atouts, avec cette possibilité de réussir en étant sur le territoire, mais aussi en se connectant au contexte régional, parce que l’objectif, c’est l’employabilité.

On a des étudiants qui ont terminé leur thèse et qui sont enseignants chez eux maintenant, plusieurs anciens étudiants travaillent également à la CADEMA. Il faut accompagner les étudiants de l’orientation à l’insertion professionnelle.

Dans Parcoursup, de plus en plus d’étudiants font le choix de l’Université de Mayotte. Certains étudiants ont quitté Mayotte la première année pour aller découvrir la France hexagonale ou d’autres pays, comme le Canada, et font le choix de revenir et de regagner l’Université de Mayotte. Ce sont des indicateurs positifs qui montrent que des efforts constants ont été engagés.

JDM. Quelles doivent être, selon vous, les grandes priorités de formation pour Mayotte dans les prochaines années ?

AKCA. Il faut se poser la question : qu’est-ce que veut Mayotte ? Il faut bien définir aujourd’hui quels sont les métiers et les besoins dont Mayotte aura besoin plus tard, pour qu’on puisse préparer les étudiants.

J’espère que demain, on pourra avoir toutes les principales formations qui permettront de répondre aux grandes priorités de notre territoire. On ne peut pas éviter la question de la formation des enseignants, il faut encore continuer à former des enseignants, des enseignants de qualité.

Quand on parle de la connaissance de notre territoire, il y a la question des sciences humaines et des langues. On ne peut pas s’ouvrir à l’international si on ne connaît pas notre histoire, nos richesses. Il y a aussi l’autosuffisance alimentaire, la sécurité alimentaire, l’autosuffisance énergétique. Il faut que les spécialisations répondent aux besoins et aux priorités du territoire, notamment la fonction publique.

JDM. Plus de 1.800 étudiants sont inscrits cette année. Certains rencontrent des difficultés dans leur parcours, notamment liées aux conditions d’études. Comment l’Université répond-elle à cette situation ?

Face aux besoins d’accueil, l’Université de Mayotte prévoit notamment un projet d’amphithéâtre et de classes supplémentaires dans les prochaines années.

ACA. La question de la vie étudiante n’est pas une question qui concerne uniquement l’Université, mais de développement, avec les acteurs du territoire, les intercommunalités, les experts du transport, etc.

On discute et on échange, mais il y a un temps de mise en place, un temps qui est nécessaire. L’Université de Mayotte s’est battue pour que la question de la vie étudiante soit pleinement portée sur la question de la restauration universitaire et le logement étudiant.

On a espoir qu’avec le Crous, d’ici 2029, nous aurons les premiers logements étudiants ici à Mayotte. C’est un sujet qui concerne plusieurs acteurs, ce n’est pas qu’une question de cours, c’est tout un écosystème : le logement, la restauration, le transport, mais aussi la culture et le sport. C’est essentiel de pouvoir engager un étudiant dans un écosystème d’épanouissement.

JDM. L’Université connaît également des difficultés matérielles et humaines : enseignants présents sur plusieurs niveaux, cumul de matières, manque de salles, modulaires installés dans la cour. Comment comptez-vous répondre à ces difficultés ?

AKCA. L’Université de Mayotte est dans une voie qui n’est pas parfaite. Sur les enseignants-chercheurs, nous en avons besoin. Cette année, nous avons fait le choix d’aller vers la voie de concours. On a besoin de plus d’enseignants-chercheurs, mais on a besoin aussi qu’on nous donne des moyens pour créer ces postes, pour répondre aux besoins de formation, mais aussi à la question de la recherche.

Comme condition d’attractivité, il faut qu’on attire les meilleurs et travailler sur des problématiques propres au territoire, comme les ressources en eau, comprendre les problématiques de l’accès à l’eau. Donc les enseignants-chercheurs sont utiles, et il faut qu’on en ait de plus en plus. On a fait le choix d’aller vers la voie de concours pour consolider durablement cette question de maîtres de conférences et d’enseignants-chercheurs.

JDM. L’Université a récemment été interpellée sur plusieurs sujets liés à son fonctionnement et à sa gouvernance. Quelle est votre réponse ?

Abal-Kassim Cheik Ahamed répond également aux interrogations récentes sur le fonctionnement et la gouvernance de l’Université de Mayotte, en défendant le renforcement des moyens et des postes d’enseignants-chercheurs.

AKCA. L’Université de Mayotte est dans une voie qui n’est pas parfaite. Aujourd’hui, cette question est transparente avec le communiqué qui a été envoyé.

Je ne réponds pas personnellement ou à des personnes, je réponds au nom de l’institution. Sur cette question, il faut reconnaître que l’Université se construit avec des moyens, notamment des enseignants-chercheurs. Nous en avons besoin.

Ce n’est pas le temps des polémiques. C’est une question qui dépasse ma seule personne ou mes ambitions. Le sujet, c’est notre ambition collective. On a des enfants, des élèves sur le territoire, qui comptent sur l’Université pour leur proposer une offre de formation de qualité.

JDM. La presse s’est également fait l’écho de polémiques autour de la gouvernance de l’Université. Comment réagissez-vous ?

AKCA. Je le répète, ce n’est pas le temps des polémiques. Le territoire a besoin de force, de toutes les forces vives. Un territoire, c’est un écosystème qui a besoin d’innovation, qui a besoin de réponses et de solutions sur des questions fondamentales. On le dit. Donc, au-delà de ces questions, et surtout quand on est dans ces fonctions, il faut le comprendre : l’enjeu nous dépasse, l’enjeu dépasse la personne. Ce n’est pas, on va dire, l’enjeu d’une personne, c’est l’enjeu d’un territoire. Et on doit, à deux sens, être à la hauteur des attentes de ce territoire.

Il faut répondre aux besoins de ce territoire, puisqu’on a beaucoup d’opportunités dans notre ouverture à l’international. Nos étudiants, pour demain, je l’espère, pourront faire un semestre au Kenya, aller faire un semestre en Tanzanie. Là, cette année, nous allons faire repartir, parce qu’on a déjà des étudiants qui font l’immersion dans les écoles malgaches. Et cette année, nous allons envoyer un peu plus de 40 étudiants également.

On a toute la connexion culturelle également, donc on a beaucoup de sujets qui sont des sujets à faire avec et pour la société. Parce que derrière la société, il y a des enfants, il y a des citoyens qui ont besoin d’une vie meilleure, je dirais, du bonheur simple. Et on a besoin d’une université comme outil de transformation du territoire.

JDM. Votre mandat s’achève bientôt. D’ailleurs, ce sera le deuxième anniversaire de Chido. Est-ce que vous serez candidat à votre succession ?

AKCA. C’est vrai que la vacance de fonctions a été publiée, mais comme je l’ai précisé, ce n’est pas le temps de la campagne. C’est le temps de la rentrée. La rentrée, c’est, comment on accompagne les étudiants, comment on les engage, comment on les mobilise pour qu’ils puissent aussi eux-mêmes porter les grands sujets de ce territoire. Et, comme je l’ai précisé également, ce n’est pas la question de ma personne, de mes ambitions personnelles. C’est le temps de consolider cette entrée, de pouvoir proposer des outils de réussite aux étudiants.

Et le temps viendra, où je pourrai m’exprimer sur le sujet.

Propos recueillis par Mathilde Hangard

Partagez l'article :

spot_imgspot_img

Les plus lus

Publications Similaires
SIMILAIRES

Élections municipales de Mamoudzou : la justice décide qu’il n’y aura pas de nouveau scrutin

Le tribunal administratif de Mayotte entérine le score de la liste d’Ambdilwahedou Soumaïla au premier tour des élections municipales de Mamoudzou. Ce mardi 15 septembre, il donne en partie raison au requérant, Ahamada Haribou (arrivé deuxième), en retranchant 104 voix litigieuses.

Des parents d’élèves demandent le départ de la rectrice : « Si elle ne s’occupe pas de nous, elle doit démissionner »

Le lycée de la Cité du Nord entame ce lundi 14 septembre sa troisième semaine de blocage. Près de 180 parents, enseignants et représentants syndicaux se sont réunis devant l'établissement scolaire. La mobilisation des parents prend de l'ampleur, tandis qu'aucune rencontre avec la rectrice ou une délégation du rectorat n'était encore confirmée dans la matinée.

« Le CHM brille par son silence » : les brancardiers et ambulanciers en grève à Mayotte

Plus d'une vingtaine de brancardiers et ambulanciers du CHM sont en grève depuis lundi matin à Mamoudzou. Heures supplémentaires contestées, manque d'effectifs, missions SMUR et interventions à la morgue, les agents dénoncent une accumulation de difficultés et réclament des réponses de la direction.

Environnement : Plus de 41 000 euros attribués à trois projets écologiques à Mayotte

L'Office français de la biodiversité (OFB) a dévoilé les lauréats de la seizième édition de son programme de financement TeMeUm (Terres et Mers Ultramarins). Au total, trois projets mahorais d'initiatives locales, associatives et écologiques vont donc se partager une enveloppe de 41.550 euros.