Alors que la saison des feux de forêt bat son plein, le JdM a pu passer une journée en immersion aux côtés des sapeurs-pompiers de Mayotte dans la lutte contre les incendies notamment.

Au cœur de l’action avec les sapeurs-pompiers de Mayotte

Alors que la saison des feux de forêt bat son plein, le JdM a pu passer une journée en immersion aux côtés des sapeurs-pompiers de Mayotte dans la lutte contre les incendies notamment.

C’est à la caserne de Kawéni que le lieutenant Costa Bacar, officier de communication au sein du Service départemental d’incendie et de secours (Sdis), nous avait donné rendez-vous vendredi dernier au matin. Et à peine arrivés, nous étions déjà partis sur une intervention concernant un feu de forêt dans le secteur d’Iloni. Une fois sur place, le feu venait d’être maitrisé mobilisant une dizaine de pompiers. « En ce moment nous devons gérer entre trois et quatre feux par jour et le week-end ont est plus sur six voire sept feux », nous confie un sapeur-pompier encore éprouvé après plusieurs heures de lutte.

90 largages en une seule journée !

L’hélicoptère bombardier d’eau a effectué quatre-vingt-dix largages en une seule journée, le dimanche 29 août.

Les 28, 29 et 30 août derniers, le feu qui s’était déclaré à Barakani, sur la commune de Ouangani, avait mobilisé plus de 130 pompiers, qui se sont relayés durant trois jours, ainsi qu’une cinquantaine de véhicules et un hélicoptère bombardier d’eau. Durant cette période des feux de forêt, l’hélicoptère a été spécialement loué pour faire face aux incendies, qui ont lieu essentiellement d’août à décembre, pour un montant de 400.000 euros sans compter les largages à 600 euros l’unité…

Le dimanche 29 août, quatre-vingt-dix largages par l’hélicoptère ont été faits en une seule journée, nous raconte Costa Bacar. « C’était vraiment chaud ! », ajoute un pompier qui a participé à la lutte contre cet incendie. Durant ces trois jours, au total, le feu a ravagé 25 hectares frôlant parfois certaines habitations. « Le problème c’est qu’il était difficile à maîtriser, il y avait du vent et il (ndlr, le feu) faisait beaucoup de sauts… l’hélicoptère faisait des rotations toutes les une minute trente environ, il allait se ravitailler dans la baie de Chiconi et revenait aussitôt pour larguer environ 500 litres d’eau à chaque fois », se souvient un soldat du feu.

Les feux de brûlis principale cause des incendies

En ce moment les sapeurs-pompiers de Mayotte doivent gérer entre trois et quatre feux par jour et le week-end parfois six ou sept feux.

« La plupart du temps ce sont des gens qui font brûler des végétaux et ça leur échappe, ou bien ils s’en vont sans surveiller. Mais il y en a aussi d’autres d’origine douteuse… », nous raconte un sapeur-pompier. Pour le feu d’Iloni, jeudi soir et vendredi matin, il s’agirait a priori de jeunes voulant récupérer le miel d’un nid d’abeilles. Ils auraient mis le feu pour les faire fuir… Bilan : plusieurs centaines de mètres carrés qui ont brulé et aussi de la frayeur pour les habitations situées à côté. « On est venus tôt le matin, entre 6h et 9h, car il n’y a pas de vent. On fera une autre surveillance dans la journée », poursuit un autre soldat du feu.

Concernant, l’incendie à Barakani le dernier week-end d’août, le maire de Ouangani, Issoufi Madi, nous a indiqué qu’il allait porter plainte contre X. « Il faut passer de la parole aux actes… il faut que les gens qui pratiquent les brûlis soient punis sévèrement et les sanctionner fortement. Il faut que les responsables paient car ce sont les habitants qui subissent les conséquences et notamment l’absence d’eau dans la commune », déplore-t-il.

Pour le maire de Ouangani, Issoufi Madi, il faut que les gens qui pratiquent les brûlis soient punis sévèrement.

Lorsque nous étions en reportage avec les pompiers vendredi dernier, le feu a subitement repris en tout début d’après-midi, menaçant directement le collège de Ouangani. « Nous avons eu un signalement vers 13h30, nous ne connaissons pas l’origine de ce nouveau départ, il a repris d’un coup », nous explique alors Issoufi Madi.

Même constat du côté du lieutenant Ali Abdallah, chef du groupe sud, en opération ce jour-là pour éteindre ce nouveau départ de feu. « Je n’ai aucune idée de ce départ pour l’instant. Peut-être un point chaud mal éteint enfoui sous le sol », nous confiait-il.

Un temps menacé par les flammes, le collège de Ouangani a été évacué par mesure de précautions avant qu’une vingtaine de pompiers, aidés il est vrai par la pluie, arrivent à éteindre le feu.

Une cinquantaine d’interventions par jour

Outre les feux de forêt, les pompiers doivent aussi gérer les feux de banga, de poubelles (environ 200/an) ou encore des feux de barrages.

En moyenne le Sdis de Mayotte réceptionne environ 1.200 appels quotidiennement et effectue entre 30 et 50 interventions par jour. « Il faut qu’on soit prêts en 5 minutes, entre le moment de l’appel téléphonique et le départ en intervention », souligne l’officier de communication, Costa Bacar. Outre les feux de forêt, les pompiers doivent aussi gérer les feux de banga, de poubelles (environ 200/an) ou encore des feux de barrages « essentiellement le week-end ».

Mais les pompiers interviennent aussi dans d’autres situations comme les blessées sur les terrains de sport et les agressions. « Il y en a beaucoup… Elles ont lieu souvent le soir et surtout les week-ends, notamment le vendredi », ajoute l’officier de communication. Les pompiers mahorais doivent également savoir pratiquer les accouchements et ça c’est une particularité propre à Mayotte. « Trois fois par jour environ nous sommes appelés sur des interventions pour un accouchement. On ne se rend que sur celles nécessitant une urgence. La plupart des pompiers de Mayotte sont déjà intervenus pour un accouchement, contrairement à ceux de métropole…, sourit Costa Bacar. On a suivi une formation médicale classique pour justement faire face à ce type d’intervention et notamment pour couper le cordon ombilicale… ».

Près de 600 pompiers au service de la population mahoraise

Dans le 101e département, on compte environ 275 pompiers professionnels et 315 pompiers volontaires, répartis dans 7 casernes sur l’ensemble du territoire.

Dans le 101e département, on compte environ 275 pompiers professionnels et 315 pompiers volontaires, répartis dans 7 casernes sur l’ensemble du territoire et d’ici 2028 il y devrait y en avoir deux autres en plus à Handréma et Dembéni « L’objectif est de recruter 150 pompiers volontaires par an sur les trois prochaines années », indique l’officier Costa Bacar. Aussi la sélection est rude pour réussir le concours local qui a lieu chaque année (ndlr, celui des professionnels est national et a lieu tous les 4 ans). L’année dernière, en 2025, pas moins de 1.300 personnes ont candidaté à Mayotte, 700 se sont finalement présentées pour passer les tests, et 150 ont été admises. Une fois sélectionnés, les pompiers, hommes et femmes, suivent des formations étalées sur plusieurs mois comme celles du secours à la personne, du secours routier, et bien sûr les incendies. Beaucoup de sapeurs-pompiers mahorais sont ainsi polyvalents et ont suivi des spécialités.

B.J.

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