De la formation géologique de l’archipel au cœur du canal du Mozambique jusqu’aux mutations administratives contemporaines, l’ouvrage développe le destin mahorais à travers trois grandes séquences temporelles. L’auteur s’attarde en premier lieu sur la longue période précoloniale dominée par le régime des sultanats. Cette ère ancienne, rythmée par des rivalités territoriales incessantes, des intrigues dynastiques et une instabilité politique chronique, a forgé les premiers peuplements d’un territoire convoité pour sa position maritime stratégique.

Le deuxième grand volet s’ouvre avec l’année 1841, marquée par le traité de cession conclu entre le sultan Andriantsoly et la France. L’installation du premier gouverneur scelle l’intégration de Mayotte dans le giron national, avant que l’administration coloniale n’étende progressivement sa domination sur l’ensemble de l’archipel et sur Madagascar, érigeant un vaste empire dont Dzaoudzi est longtemps demeurée le centre de commandement régional.
Enfin, la troisième période explore le grand basculement des années 1960 et 1970, lorsque souffle le vent des indépendances africaines. Alors qu’Anjouan, Mohéli et la Grande Comore choisissent de rompre les liens avec l’ancienne métropole en juillet 1975, les Mahorais expriment avec constance leur volonté inébranlable de rester Français.
Une traversée chronologique
L’essai met en lumière des épisodes de résistance populaire particulièrement marquants, à l’image de la tentative d’atterrissage forcé menée par le président comorien Ali Soilihi, mis en échec à l’aérodrome de Pamandzi par des habitants qui avaient jonché la piste de troncs d’arbres et de débris pour bloquer les renforts armés.

L’auteur retrace ensuite la longue quête d’ancrage institutionnel qui a suivi cette rupture, voyant l’île passer du statut de collectivité territoriale à celui de département en 2011, avant d’accéder plus récemment à la qualification de département-région. Pour Ahmed Mohamed, cette démarche d’écriture découle d’une impulsion naturelle, nourrie par une année complète de recherches pour structurer ce récit mémoriel.
Né le 11 août 1962 à Dzaoudzi, Ahmed Mohamed présente un parcours personnel intimement mêlé à l’histoire locale. Après une scolarité menée à La Réunion, faute de classes de terminale disponibles sur son île natale à l’époque, il poursuit ses études supérieures dans l’Hexagone jusqu’à l’obtention d’un doctorat en géographie de l’aménagement. De retour sur sa terre d’origine, il enseigne l’histoire et la géographie en collège et au lycée de Kawéni, tout en exerçant des fonctions d’encadrement au sein de plusieurs municipalités mahoraises.
Les fractures actuelles
Habitant aujourd’hui la commune de Dzaoudzi-Labattoir, il a conçu cet essai pour répondre à un manque criant de publications scientifiques accessibles au grand public, dans un territoire dont les réalités humaines restent largement sous-documentées. Tout en analysant les dynamiques spatiales anciennes, le géographe ne masque pas son inquiétude face aux bouleversements contemporains. Observateur attentif du quotidien, il constate une dégradation profonde du climat social sous l’effet des déséquilibres économiques régionaux et d’une pression migratoire accrue. Il rappelle avec nostalgie une époque où les familles vivaient sereinement, les portes et fenêtres grandes ouvertes, sans connaître le sentiment de vulnérabilité qui imprègne désormais chaque quartier.
Pour l’auteur, cette détresse partagée complique l’intégration des nouveaux arrivants et fragilise la cohésion d’un territoire en tension permanente. L’universitaire regarde déjà vers l’avenir. Conscient des limites imposées par le format resserré de ce premier opuscule, il prépare une seconde édition de son travail. Cette nouvelle mouture sera enrichie d’une cartographie originale et de photographies d’époque, afin d’offrir aux Mahorais un instrument pédagogique visuel complet sur les paysages d’hier et de demain.



