Présentée le 18 juin 2026 lors d’une conférence de presse à Mamoudzou, l’enquête logement 2023-2024 de l’Insee dresse un état des lieux de l’habitat à Mayotte avant le cyclone Chido. Elle confirme la persistance d’un parc très précaire et d’inégalités structurelles d’accès aux services essentiels.

À Mayotte, seuls 15 % des ménages vivent dans un logement entièrement équipé, révèle l’INSEE

Présentée le 18 juin 2026 lors d’une conférence de presse à Mamoudzou, l’enquête logement 2023-2024 de l’Insee dresse un état des lieux de l’habitat à Mayotte avant le cyclone Chido. Elle confirme la persistance d’un parc très précaire et d’inégalités structurelles d’accès aux services essentiels.

Dans les locaux du service régional de l’INSEE à Kawéni, à Mamoudzou, la conférence de presse s’ouvre dans une atmosphère à la fois technique et attentive. Ce jeudi 18 juin 2026, les statisticiens présentent une enquête attendue de longue date : les conditions de logement à Mayotte entre 2023 et 2024.

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Hatubou Antoy, chef du service régional de l’Insee à Mayotte, et Jamel Mekkaoui, ancien directeur de l’Insee à Mayotte, réunis le 18 juin, au centre Kinga de Kawéni.

Pour Jamel Mekkaoui, qui a piloté la présentation, ce travail a une portée particulière. Il rappelle d’abord la place de cette enquête dans l’histoire statistique du territoire : « L’étude logement c’est une des premières études menées à l’INSEE depuis la seconde guerre mondiale. C’est une enquête très structurante ».

Surtout, il insiste sur la rareté de l’exercice à Mayotte. Il s’agit seulement de la deuxième enquête de ce type, après celle de 2013. Une série extrêmement courte, mais essentielle pour mesurer les évolutions sur plus d’une décennie.

Une enquête réalisée entre 2023 et 2024, avant le cyclone Chido 

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L’enquête logement, a réalisée par l’Insee entre septembre 2023 et juillet 2024, pour dresser un état des lieux des conditions de logement des habitants de Mayotte. Mathilde Hangard / JDM.

Les données portent sur la situation des ménages entre les mois de juillet 2023 et le début de l’année 2024. Elles ont été collectées plusieurs mois avant le passage du cyclone Chido, survenu le 14 décembre 2024. Leur publication en juin 2026 s’explique par le temps long nécessaire à ce type d’enquête exhaustive, qui repose sur des milliers de questionnaires et un important travail de consolidation.

Interrogé sur la lecture de ces résultats dans un contexte post-cyclone, Jamel Mekkaoui nuance d’emblée l’idée d’obsolescence et considère que ces données conservent leur pertinence, près de trois ans après l’enquête.

Il estime ainsi : « On n’a pas l’impression que les statistiques avant Chido soient non pertinentes actuellement ». Considérant que les grandes caractéristiques du logement à Mayotte n’ont pas été profondément remises en cause depuis, malgré le passage du cyclone, et que la précarité reste structurelle.

Un parc dominé par l’habitat en tôle et un logement social très limité

Le constat central de l’enquête est celui d’une forte permanence de l’habitat précaire. En 2024, les logements en tôle représentent encore quatre logements sur dix. Dans le même temps, le parc social reste limité à 2 % des résidences principales, tandis que l’habitat collectif ne dépasse pas 8 %. Pour Jamel Mekkaoui, cette structure dit beaucoup du territoire : « Mayotte se singularise par des difficultés liées aux logements plus importantes qu’ailleurs », souligne-t-il en filigrane des résultats.

Les ménages concernés par ces logements sont souvent les plus fragiles, avec une forte proportion de personnes nées à l’étranger et d’enfants nés à Mayotte, « les moins diplômées et les plus éloignées de l’emploi », selon les éléments du rapport.

L’accès à l’eau, une frontière nette entre les types d’habitat

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Les bornes-fontaines monétiques (BFM) ont été jugées « efficientes » par Jamel Mekkaoui, qui souligne qu’il s’agit du mode d’approvisionnement prioritaire des ménages privés d’eau courante à Mayotte. Mathilde Hangard / JDM.

L’accès à l’eau apparaît comme l’un des marqueurs les plus nets des inégalités. En 2024, 25 % des ménages ne disposent pas de l’eau courante dans leur logement. Les écarts sont particulièrement marqués : 61 % des ménages vivant en maison en tôle sont concernés, contre 6 % dans les logements en dur.

Dans ces conditions, les bornes-fontaines monétiques (BFM) jouent un rôle central dans la vie quotidienne. Elles deviennent, pour une partie de la population, un substitut durable au réseau domestique. Au-delà de l’accès, la continuité du service est largement dégradée. L’enquête indique que 96 % des ménages déclarent avoir subi des coupures d’eau au cours des douze derniers mois. Et dans la salle, les chiffres s’enchaînent et dessinent une même réalité : même raccordés, les foyers ne disposent pas d’un service stable. L’eau arrive, puis disparaît, souvent sans préavis, prolongeant le quotidien de coupures que vivent les habitants de l’île depuis plusieurs années.

L’accès à l’électricité se dégrade dans les logements en tôle 

Même constat concernant l’électricité. Les difficultés d’accès à l’électricité apparaissent nettement plus fortes dans les logements en tôle, où la situation se dégrade fortement entre 2013 et 2024. Dans les logements en dur, la part des habitations non raccordées au réseau électrique reste faible mais progresse légèrement, passant de 1 % en 2013 à 3 % en 2024.

La tendance est en revanche beaucoup plus marquée dans l’habitat en tôle : 15 % des logements n’étaient pas raccordés en 2013, contre 47 % en 2024. Au niveau de l’ensemble du parc, cette évolution se traduit par une hausse de la part des logements non raccordés, qui passe de 6 % à 19 % entre 2013 et 2024, confirmant un accroissement des écarts d’accès à l’électricité selon le type d’habitat.

Un logement sur deux sans confort sanitaire de base

Autre indicateur marquant mis en avant lors de la présentation : plus d’un logement sur deux à Mayotte ne dispose pas du confort sanitaire de base. Cela signifie concrètement l’absence simultanée d’eau courante, de toilettes ou encore de douche ou baignoire à l’intérieur du logement.

Pour Jamel Mekkaoui, ce constat s’inscrit dans une structure beaucoup plus large qu’une simple photographie des équipements. « Le portrait est quand même négatif », reconnaît-il, en rappelant la persistance d’un habitat très inégal selon les conditions de vie. Dans les habitations en tôle, ces manques deviennent la norme plutôt que l’exception. L’accès aux équipements essentiels y reste très largement absent, ce qui renforce une séparation nette avec les autres formes de logement. À l’inverse, les logements en dur présentent une dynamique différente. En 2024, 39 % des ménages vivent dans des logements plus grands et mieux équipés, un chiffre en progression par rapport à 2013.

Dans ce segment du parc, les écarts de confort sont également importants : 71 % des logements disposent de la climatisation, et 43 % de l’eau chaude sanitaire. « On a plus souvent la clim que l’eau chaude à Mayotte », souligne Jamel Mekkaoui, illustrant un certain déséquilibre des équipements domestiques même dans les logements les mieux dotés.

Une jeunesse particulièrement exposée

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Les mineurs, qui représentent près de la moitié de la population, apparaissent comme les plus exposés aux conditions précaires de logement. Mathilde Hangard / JDM.

Sur l’île, les conditions de logement frappent d’abord les plus jeunes. Les mineurs apparaissent plus exposés que les adultes à la précarité résidentielle : 44 % vivent dans des logements en tôle, contre 35 % des adultes, et ils sont plus souvent privés d’accès aux réseaux essentiels.

Pour Jamel Mekkaoui, cette réalité s’inscrit aussi dans une structure démographique singulière. Il rappelle qu’ « au niveau national, il y a un enjeu de vieillissement énorme, même dans d’autres territoires d’outre-mer, mais à Mayotte, là on est encore au stade d’une jeunesse extrême », les mineurs représentant environ la moitié de la population de l’île. Dans ce contexte, ajoute-t-il en substance, les conditions de logement prennent une dimension d’autant plus déterminante qu’elles concernent une part très importante de la population.

Une photographie encore jugée pertinente après Chido

Sur le temps long, l’Insee observe une stabilité globale du parc de logements. La comparaison avec 2013 ne met pas en évidence de rupture majeure dans la structure de l’habitat. Les améliorations dans les logements en dur existent, mais elles restent néanmoins, insuffisantes pour modifier l’équilibre d’ensemble. Si les données sont antérieures au cyclone Chido, l’Insee estime qu’elles demeurent pertinentes pour comprendre les grandes caractéristiques du logement sur le 101ème département français. Elles devront toutefois être mises en perspective avec les résultats du recensement de la population à venir, attendu pour actualiser la situation et mesurer d’éventuelles évolutions.

Mathilde Hangard

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