Les maires de Mayotte ont encore beaucoup de dossiers sur la table. Entre les problèmes qui se règlent au quotidien et les projets qui peinent à avancer, les élus doivent composer avec des besoins importants et des moyens qui ne suivent pas toujours. Une situation qui les oblige aussi à revoir leurs méthodes de travail et à pousser l’État à accélérer sur les engagements pris.
« L’école est un vrai sujet »
Dans les communes, le constat varie. Dans le chef-lieu, 19.000 enfants ont pu être accueillis dans les écoles, mais près de 600 autres restent sans solutions faute de places, alors que plusieurs établissements fonctionnent encore en rotations et que des écoles sont toujours en chantier comme à Vahibé ou encore Kawéni.
À Bandraboua, deux écoles primaires et une maternelle n’ont pas ouvert, notamment pour des raisons de vandalisme. Du côté de Dembéni, 140 enfants restent sans solutions malgré l’ouverture de tous les établissements, une classe doit ouvrir prochainement, mais elle est déjà destinée à d’autres élèves.

À M’tsamboro, tous les élèves ont pu faire leur rentrée, mais une école détruite par Chido reste fermée. Accueillis dans un autre établissement, les enfants doivent traverser le village pour s’y rendre. Les parents demandent donc à la mairie de sécuriser leurs trajets, avec un bus ou des agents aux principaux carrefours.
Ces situations ont un point commun : les communes doivent trouver des solutions avec des moyens limités, alors que les besoins ne concernent pas seulement la construction. À Kani-Kéli, le maire a ainsi proposé la création d’un budget pour assurer la maintenance des écoles, alors que les collectivités doivent aussi faire face aux dégradations, aux intrusions et à la hausse du coût des travaux.
« L’école est un vrai sujet, notamment sur le plan financier », a rappelé Ambdilwahedou Soumaïla, président de l’Association des maires de Mayotte (AMM).
Transformer les annonces en argent disponible
Les maires veulent maintenant accélérer le versement des crédits destinés aux collectivités et aux entreprises qui attendent d’être payées. Le problème, selon Ambdilwahedou Soumaïla, est simple : certains financements existent sur le papier mais ne sont pas encore disponibles sur les comptes des communes. « À Mamoudzou, on a 8 millions d’arrêtés, ça veut dire des papiers », explique-t-il. « Il faut que les 8 millions qu’il y a sur le papier soient dans le compte pour qu’on puisse payer ».
Les élus veulent donc faire le tri entre les arrêtés déjà signés, les dossiers encore en cours, et les chantiers qui doivent être relancés. L’objectif est de faire un premier bilan avec le préfet le 30 septembre prochain.

Les surcoûts compliquent aussi la reprise de certains projets. Le stade de Tsoundzou, estimé à 12 millions d’euros au départ, approche désormais les 26 millions. Certains chantiers sont réalisés à 70 ou 80 %, et restent bloqués faute de moyens pour les achever.
À cela s’ajoutent les délais de traitement des factures par les services du Trésor. Même lorsqu’une commune dispose des fonds, elle peut attendre avant de pouvoir payer une entreprise. Selon l’élu, le Premier ministre Sébastien Lecornu s’est engagé à renforcer les effectifs afin d’accélérer le traitement des dossiers. L’enjeu est désormais de consommer les crédits disponibles avant la fin de l’année, environ 600 millions d’euros restant à consommer d’ici le 31 décembre 2026.
Les assises de la sécurité
La sécurité fera également partie des principaux dossiers des prochaines semaines. Les deuxièmes assises de la sécurité et de la citoyenneté se dérouleront du 21 au 24 septembre. L’objectif affiché est de faire le bilan des premières assises, organisées en novembre 2020, de regarder ce qui a été réalisé, ce qui ne l’a pas été et ce qui reste en cours, mais aussi de réfléchir à de nouvelles solutions face aux évolutions observées.
Ambdilwahedou Soumaïla évoque notamment « le changement de paradigme » et les comportements de jeunes qu’il décrit comme de plus en plus violents. Il rappelle cependant que « la sécurité ne relève pas uniquement des communes, les responsabilités sont partagées entre les collectivités, l’État, le Département, les familles et la société dans son ensemble ». Les ateliers seront ouverts aux différents acteurs du territoire, l’idée est que chacun puisse apporter des propositions.
Les attentes pour 2027

Autre sujet sur lequel l’AMM veut peser : la prochaine élection présidentielle. L’association a lancé un manifeste à destination des candidats de 2027 pour mettre en avant les problèmes auxquels l’île est confrontée au quotidien.
Pour les maires, les grands projets restent nécessaires, mais ils prennent du temps. Construire un hôpital ou de nouvelles infrastructures peut demander plusieurs années, alors que certaines difficultés vécues par la population appellent des réponses immédiates. « Nous, ce qu’on veut, c’est régler le problème au quotidien », résume le président de l’AMM.
L’idée est donc de poser les attentes avant l’élection, pour que le futur président sache, dès son arrivée au pouvoir, ce que les élus et la population attendent de l’État. Un moyen aussi, pour les maires, de ne pas laisser les problèmes du quotidien passer derrière les grandes annonces et les grands projets.
Shanyce MATHIAS ALI.



