Les électeurs de Mamoudzou seront-ils de nouveau appelés aux urnes, eux qui ne s’étaient même pas déplacés au second tour ? Rien n’est moins sûr. L’audience de ce mardi matin revenait sur le recours déposé par Ahamada Haribou, candidat malheureux au premier tour des élections municipales (ndlr, il était arrivé deuxième avec 21,35% des suffrages exprimés), le dimanche 15 mars. L’ancien directeur général adjoint de la municipalité de Mamoudzou, en charge des élections justement, avait relevé plusieurs griefs, quelques jours après le scrutin qui avait offert une large victoire à la liste d’Ambdilwahedou Soumaïla (60,90%).

Parmi eux, il y avait les moyens communaux détournés à des fins électorales, en citant l’exemple de bons d’achat distribués par le centre communal d’action sociale (CCAS) de Mamoudzou pendant la période de ramadan ou de subventions octroyées à des associations. Mais le rapporteur public, qui a rejeté la totalité des griefs, n’a pas été convaincu et a fait valoir que ces “bons ramadan” avaient déjà existé par le passé (même s’ils étaient beaucoup moindres), tout comme les subventions litigieuses n’étaient pas clairement relevées.
Il dit ne “pas tirer de conséquences” non plus des tarifs préférentiels accordés par l’imprimeur Imprimah au maire sortant. En effet, malgré une commande presque similaire, celui-ci avait obtenu un devis 40% plus bas que son troisième concurrent, Soiyinri Mhoudhoir.
Des achats de voix « pas établis »

Le jour-même du scrutin, l’équipe d’Ahamada Haribou affirmait également que des soutiens du maire avaientincité des jeunes à aller voter contre des promesses d’embauche ou de l’argent. Si le rapporteur public estime que ces promesses et les achats de voix “ne sont pas établis”, les deux camps ont continué de s’accuser mutuellement à l’audience. Maître Elyssa Laurent, qui défend le candidat “valeureux et non malheureux” selon ses termes et n’a pas souhaité réagir à l’issue de l’audience, fait état de pressions contre les témoins qui les ont poussés à se rétracter. Particulièrement offensive, celle-ci a accusé le maire d’avoir fait “une élection à sa sauce” grâce à “un cumul d’irrégularités”. De son côté, Ambdilwahedou Soumaïla, reconnaissant être moins à l’aise à la barre qu’en tribune (son avocat était absent), considère au contraire qu’il s’agissait “de faux témoignages pour discréditer le résultat des urnes”.
Les deux se sont opposés également sur la présence des agents de police à l’entrée des bureaux de vote. Si là aussi, le rapporteur public n’a pas trouvé que c’était “inapproprié”, l’avocate a répliqué en indiquant qu’avoir “des agents de police armés dans les bureaux, ça ne s’est jamais vu”. Alors que pour celui qui est devenu président de l’Association des maires de Mayotte (AMM), au contraire, l’organisation du scrutin du 15 mars était “similaire à ce qui se faisait avant”.
Le bandeau de la discorde

C’est sans doute l’élément qui porte le plus grand préjudice à l’équipe élue. Le jour de l’élection, un bandeau jaune figurait sur le bulletin de la liste “Réussir ensemble”. Un détail de couleur qui “méconnaît l’article R30 du code électoral”, comme le souligne le rapporteur public. Celui stipule que “les bulletins doivent être imprimés en une seule couleur sur papier blanc”. Admettant que c’était l’élément “le plus délicat à apprécier”, le rapporteur a rappelé que la commission de propagande n’avait rien dit le jour-J (tandis que celle-ci n’avait reçu qu’une copie en noir et blanc avant l’élection).
Les deux camps ont eu, là aussi, maille à partir. Pour maître Elyssa Laurent, l’équipe du maire n’a pas donné de “clarifications sur au moins trois sujets, dont celui des bulletins”. Malgré cette histoire de couleurs, Hassani Kambi Ousseni, le directeur de campagne, se montre peu inquiet. “Il a déjà été attaqué en référé par un adversaire (ndlr, Christophe Youssouffa, arrivé septième avec 1,64% des suffrages exprimés). Le tribunal administratif avait rendu sa décision en validant le bulletin”, fait-il valoir.
Confiant après avoir écouté le rapporteur public, il saura la semaine prochaine s’il doit ou non repartir en campagne pour Ambdilwahedou Soumaïla.



