Education « les pouvoirs publics n’ont pas pris la mesure des besoins réels »

"Il faut sûrement un effort plus soutenu" estime le secrétaire national de la CGT Educ'Action en visite à Mayotte. Il a visité des établissements scolaires et fait le constat d'une "bombe à retardement".

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Quentin Sèdes et Patrick Désiré devant l'école maternelle de Vahibé

En visite à Mayotte, le secrétaire national de la CGT Educ’Action Patrick Désiré avait un air sombre ce jeudi. Sa visite de l’école maternelle de Vahibé (que la secrétaire d’Etat Christelle Dubos devrait aussi visiter ce week-end) lui a donné une idée de l’ampleur des chantiers à mener à Mayotte. Le leader syndical était pourtant conscient de mettre les pieds dans un établissement modèle. L’école fait partie de celles qui seront totalement rénovées en 2020, elle expérimente plusieurs dispositifs comme le petit déjeuner pour les élèves, le bilinguisme dans les classes de petite section avec deux enseignants en binôme ou encore une classe « itinérante » pour accueillir les élèves qui manquent de place.

C’est donc une école pleine de projets, et qui « reflète pas mal la réalité mahoraise : en rotation et à la fois rurale et urbaine » note Quentin Sèdes, secrétaire départemental du syndical de l’éducation nationale. En effet avec seulement 6 salles de classes et plus de 350 élèves, l’école partage le temps scolaire : 6 classes le matin, 6 autres l’après-midi, à raison d’effectifs allant jusqu’à 32 enfants par classe. De tels effectifs « surtout en REP (réseau d’éducation prioritaire), c’est choquant » s’exclame Patrick Désiré.

« Le fonctionnement de cette école montre les difficultés du système scolaire. Ce système de rotation, ça n’existe nulle part ailleurs » note Patrick Désiré. Ce dernier se montre aussi surpris par le système de collations prises dans les salles de classe, même s’il en avait entendu parler depuis Paris. « C’est plus qu’atypique, et encore, visiblement c’est un progrès pour certains gamins qui arrivent sans rien dans le ventre ».

« Une bombe à retardement »

Le but de la visite : profiter du congrès départemental du syndicat ce vendredi pour « avoir une vue plus précise de la situation quand on se rend dans les ministères et voir la véracité de ce qui est fait ou pas sur le terrain et comment on peut améliorer les choses. »
Pour lui, ce qu’il a vu montre que « les pouvoirs publics n’ont pas pris la mesure des besoins réels ». Pour l’école de Vahibé, « visiblement ils n’ont pas les moyens de mettre fin aux rotations dans les deux à trois ans à venir. On a aussi posé la question du handicap et visiblement l’école inclusive n’est pas arrivée à Mayotte. On ne peut pas imaginer que le système éducatif continue comme cela de manière pérenne ».

Patrick Désiré a pu constater l’ampleur du travail qu’il reste à mener

Après les tout-petits, le syndicaliste s’est rendu au collège de Majicavo avant de rencontrer le recteur Gilles Halbout pour « un échange plus institutionnel ». Au collège il a pu constater « ce qu’est un collège de 2000 élèves ». C’est avec celui de Doujani un des plus gros collèges d’Europe. « En métropole, un très gros collège, c’est 900 élèves » note Quentin Sèdes.

Quelques heures de terrain auront suffi à faire tirer la sonnette d’alarme par le syndicaliste en visite. « Il faut sûrement un effort plus soutenu de la part de l’Etat, sinon c’est une bombe à retardement qu’on aura du mal à gérer ultérieurement, et qui coûtera plus cher à tous points de vues. »

Y.D.

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