Sur le 101ème département français, un phénomène longtemps difficile à mesurer commence à se dessiner avec précision. Une première série de données sur la prostitution des mineurs et des jeunes majeurs a mis en évidence une situation particulièrement préoccupante sur l’île, où les signalements concerneraient la quasi totalité des établissements scolaires sondés.
Une prostitution visible dans l’espace public
L’étude, lancée il y a un an, au cours de l’année 2025, à la demande du ministère des Outre-mer, de la Direction générale de la cohésion sociale et de la Direction de la protection judiciaire de la jeunesse, vise à mieux mesurer la prostitution des jeunes de moins de 21 ans dans les territoires ultramarins.

À Mayotte, les premiers résultats font état d’environ 12 mineurs concernés pour 10.000 habitants, soit un niveau présenté comme deux fois supérieur à celui du département de La Réunion. Les enquêteurs ont notamment adressé des questionnaires aux établissements scolaires du territoire. Un seul d’entre eux n’a signalé aucun cas de prostitution de mineurs.
Autre particularité relevée par les chercheurs, la prostitution demeure fortement visible dans l’espace public. Plages et bars figurent parmi les lieux identifiés, alors que le phénomène tend davantage à se déplacer vers les réseaux et plateformes numériques dans l’Hexagone. Les travaux mettent également en évidence le rôle de la précarité. Les difficultés économiques peuvent pousser certains jeunes, notamment des jeunes mères, à recourir à la prostitution pour subvenir à leurs besoins. La vulnérabilité administrative de certains migrants constitue également un facteur d’exposition aux situations d’exploitation, notamment lorsque des promesses de régularisation sont utilisées comme moyen de pression.
Prévention, signalement et prise en charge renforcés
Face à ces premiers constats, les services de l’Etat et les associations veulent désormais renforcer les dispositifs de prévention et de protection. La Direction régionale aux droits des femmes et à l’égalité avait déjà sensibilisé plus d’un millier d’élèves en 2025 et formé 229 professionnels, parmi lesquels des travailleurs sociaux, des personnels de santé, des associations et des forces de l’ordre.
Depuis le mois de janvier 2026, la commission départementale de lutte contre la prostitution peut également intervenir sur les situations concernant les mineurs, en lien avec le Département-Région de Mayotte. D’autre part, la lutte contre la prostitution des majeurs avait déjà fait l’objet d’un état des lieux sur le territoire au cours de l’année 2023. Une étude menée par la Direction régionale aux droits des femmes et à l’égalité avec l’Agence régionale de santé avait alors identifié environ 200 femmes visibles dans les rues de l’île.
Les chiffres transmis sont provisoires. Le rapport complet consacré aux territoires ultramarins est attendu à la fin du mois de novembre 2026. Il doit permettre de préciser l’ampleur du phénomène, ses mécanismes et les réponses à renforcer, alors que les autorités souhaitent également développer le signalement des situations d’exploitation et poursuivre les actions visant les clients et les proxénètes.
Mathilde Hangard



