Quelques jours après les explications du président de l'Université de Mayotte sur la polémique autour du repyramidage, Patrick Mathieu, maître de conférences HDR et correspondant de Sup'Recherche-UNSA, transmet à notre rédaction de nouveaux éléments. Il y réfute point par point les arguments avancés par la direction et soutient que cinq possibilités de promotion ont été perdues faute d'avoir engagé la procédure prévue par les textes.

« Le blocage résulte de l’absence de procédure » : Sup’Recherche-UNSA conteste la version du président de l’Université de Mayotte

Quelques jours après les explications du président de l'Université de Mayotte sur la polémique autour du repyramidage, Patrick Mathieu, maître de conférences HDR et correspondant de Sup'Recherche-UNSA, transmet à notre rédaction de nouveaux éléments. Il y réfute point par point les arguments avancés par la direction et soutient que cinq possibilités de promotion ont été perdues faute d'avoir engagé la procédure prévue par les textes.

La controverse autour du repyramidage à l’Université de Mayotte se poursuit. Après les accusations de la CGT Éduc’action, auxquelles le président Abal-Kassim Cheik Ahamed avait répondu dans nos colonnes, c’est désormais Patrick Mathieu, maître de conférences HDR à l’Université de Mayotte et correspondant de Sup’Recherche-UNSA, qui s’exprime.

Sur appui d’un communiqué détaillé, il affirme que plusieurs déclarations du président sont « matériellement inexactes » ou juridiquement contestables. Plus qu’un débat sur des emplois ou des moyens budgétaires, il estime que le cœur du dossier réside dans le non-déclenchement d’une procédure nationale permettant à certains maîtres de conférences d’accéder au corps des professeurs des universités

« Le blocage ne résulte pas d’un refus explicite, mais de l’absence d’action »

Mayotte, université de Dembeni,
Selon le maître de conférences, l’absence d’ouverture de la procédure de repyramidage a empêché les enseignants concernés de déposer leur candidature. Photographie / JDM.

Le maître de conférences commence par revenir sur la déclaration du président selon laquelle « il n’est pas question de blocage ». Pour le représentant de Sup’Recherche-UNSA, cette affirmation repose sur une définition erronée de la situation.

Selon lui, un blocage ne consiste pas uniquement à refuser formellement une décision. Il peut également résulter de l’absence d’une action pourtant indispensable au déroulement normal d’une procédure administrative.

Il rappelle que cinq possibilités de promotion avaient été attribuées à l’Université de Mayotte dans le cadre du dispositif national de repyramidage. Pour qu’elles puissent être utilisées, explique-t-il, l’établissement devait engager une série d’étapes prévues par les textes : proposer une répartition des promotions entre les disciplines, saisir les instances compétentes puis ouvrir officiellement la campagne permettant aux enseignants concernés de déposer leur candidature.

Or, affirme-t-il, aucune de ces étapes n’a été menée à son terme. « Les collègues concernés n’ont donc pas pu présenter utilement leur candidature », soutient-il, estimant que c’est précisément cette absence de procédure qui constitue, selon lui, le blocage dénoncé par les organisations syndicales. Pour Patrick Mathieu, le débat ne porte donc pas sur une suppression de postes mais sur « l’empêchement concret et volontaire d’une procédure nationale de promotion interne ». 

« Personne ne soutient que le ministère aurait créé cinq emplois nouveaux »

Mayotte, Université de Dembeni, amphithéâtre,
Patrick Mathieu estime que le non-recours au repyramidage pourrait peser sur le développement de la recherche et de l’encadrement doctoral à l’Université de Mayotte. Photographie d’illustration / JDM.

Le représentant syndical répond également aux explications du président sur la nature du repyramidage. Abal-Kassim Cheik Ahamed avait rappelé qu’il ne s’agissait ni de créations de postes ni d’une nouvelle enveloppe salariale accordée par le ministère. Sur ce point, Patrick Mathieu dit ne pas être en désaccord. « Personne ne soutient que le ministère aurait créé cinq emplois nouveaux », affirme-t-il.

Selon lui, le débat est ailleurs. Le repyramidage est un dispositif national permettant à certains maîtres de conférences d’accéder au corps des professeurs des universités. Le ministère avait attribué à l’Université de Mayotte cinq possibilités de promotion, un contingent exceptionnel destiné à tenir compte du retard structurel de l’établissement en matière d’encadrement professoral. Les campagnes précédentes ne comptaient généralement qu’une ou deux possibilités de promotion, et une seule l’année dernière qui, selon lui, n’avait pas été utilisée. Cette campagne constituait en outre la dernière prévue dans le cadre de ce dispositif national, déjà prolongé une fois à titre exceptionnel. Il appartenait donc à l’université d’organiser la procédure de sélection et d’examiner les candidatures.

Patrick Mathieu insiste toutefois sur le fait que ces cinq possibilités de promotion n’auraient pas conduit automatiquement à cinq nominations. « Cela ne veut pas dire qu’il y a cinq promus », souligne-t-il. Les candidats devaient d’abord satisfaire aux conditions réglementaires, puis voir leur dossier examiné par le Conseil national des universités (CNU), avant une évaluation locale. À Mayotte, précise-t-il, cinq enseignants étaient titulaires de l’habilitation à diriger des recherches (HDR), mais tous ne remplissaient pas la condition d’ancienneté requise.

Enfin, Patrick Mathieu conteste les propos du président évoquant un passage de la « catégorie B » vers la « catégorie A ». Il rappelle que les maîtres de conférences comme les professeurs des universités appartiennent tous deux à la catégorie A de la fonction publique. Selon lui, cette présentation entretient une confusion sur la nature réelle du dispositif.

Des « conditions non réunies » que Sup’Recherche-UNSA juge insuffisamment expliquées

Cneser, CUFR, EPSCP, INU, Mayotte
Le président de l’Université de Mayotte, Abal-Kassim Cheik Ahamed, estime que les conditions n’étaient pas réunies pour engager la procédure de repyramidage. Photographie / JDM.

L’un des principaux arguments avancés par la présidence de l’université était que les conditions permettant d’engager la procédure n’étaient pas réunies. Patrick Mathieu estime que cette justification demeure trop générale.

« Quelles conditions ? Statutaires ? Scientifiques ? Budgétaires ? Stratégiques ? Rien n’est précisé », relève-t-il. Il considère surtout qu’il n’appartiendrait pas à la direction d’écarter en amont des candidats potentiels avant même que les instances compétentes aient pu examiner leurs dossiers.

Le maître de conférences estime également que le président a fait évoluer son discours. Après avoir d’abord évoqué des critères ou des conditions qui n’auraient pas été réunies, Abal-Kassim Cheik Ahamed a ensuite soutenu, lors d’une interview télévisée chez nos confrères de La 1ère, que « ce n’est pas une question de critères », mais de politique et de stratégie de l’établissement

Pour Patrick Mathieu, ces deux explications sont difficilement conciliables. Le représentant de Sup’Recherche-UNSA conteste par ailleurs une autre déclaration attribuée au président selon laquelle certains enseignants auraient « postulé ». Selon lui, cette affirmation est « matériellement inexacte », puisqu’aucune candidature n’aurait pu être déposée dans le cadre réglementaire si la campagne n’avait jamais été ouverte.

Le rôle des instances universitaires au cœur du désaccord

Au-delà des seules promotions, l’enseignant-chercheur fait de la question de la gouvernance universitaire l’un des principaux enjeux de cette affaire. D’après lui, le Conseil d’administration devait être amené à se prononcer sur la répartition des possibilités de promotion entre les différentes disciplines. En l’absence de cette délibération, il estime que l’instance n’a pas pu exercer les compétences que lui attribuent les textes. Il rappelle également que le président se serait interrogé publiquement sur la nécessité d’inscrire cette question à l’ordre du jour du Conseil d’administration. 

Pour Sup’Recherche-UNSA, cette position méconnaîtrait précisément le rôle confié à cette instance dans la mise en œuvre du dispositif. Patrick Mathieu affirme également que le sujet n’aurait été débattu ni devant le Conseil d’administration ni devant les instances chargées des questions de ressources humaines. Dès lors, explique-t-il au sujet de la presse, la médiatisation du dossier ne constituerait pas une manière de contourner le dialogue social mais la conséquence de l’absence de débat dans les cadres institutionnels habituels.

Une stratégie contestée au nom du développement de l’université

Enfin, Patrick Mathieu conteste l’argument selon lequel ces promotions devaient s’inscrire dans la stratégie de développement de l’établissement. Selon l’enseignant-chercheur, cette stratégie n’a jamais été présentée ni débattue devant les instances compétentes.

À ses yeux, le choix de ne pas recourir au repyramidage apparaît d’autant plus difficile à comprendre que l’Université de Mayotte affiche l’ambition de développer sa recherche, ses formations de master et son encadrement doctoral. Accroître le nombre de professeurs des universités aurait, d’après lui, contribué à cet objectif. Il ajoute que plusieurs établissements auraient souhaité disposer d’un contingent comparable de promotions.

Pour le représentant de Sup’Recherche-UNSA, le renoncement à ces possibilités de promotion ne relève donc pas d’une stratégie de développement, mais d’une décision susceptible d’affaiblir durablement le potentiel scientifique de l’université.

Mathilde Hangard

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