L’ancien président souffrirait d’une ischémie cardiaque, selon un collège de médecins mandaté par la justice à la suite d’un premier rapport médical de son médecin personnel. Mais, de nouvelles observations faites par un autre médecin balaient l’idée d’un pronostic vital engagé et d’une évacuation d’urgence à l’étranger.

Comores : l’état de santé de Sambi au cœur d’un débat médical

L’ancien président souffrirait d’une ischémie cardiaque, selon un collège de médecins mandaté par la justice à la suite d’un premier rapport médical de son médecin personnel. Mais, de nouvelles observations faites par un autre médecin balaient l’idée d’un pronostic vital engagé et d’une évacuation d’urgence à l’étranger.

L’état de santé de l’ancien président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi est encore une fois au cœur d’un débat médical dans l’archipel, un mois après la fuite d’informations contenues dans un rapport établi par son médecin personnel. Il a été annoncé que M. Sambi souffrait « d’une crise d’asthénie généralisée ». Une pathologie connue pour plonger le patient dans un état de fatigue générale et associée à des formes de dépression chronique, selon La Gazette des Comores qui parlera d’un « pronostic vital compromis ».

C’est justement ce « pronostic vital engagé » qui a alerté l’opinion et poussé les autorités judiciaires à engager une contre-expertise médicale. Un collège de médecins, dont des cardiologues reconnus, sera alors constitué pour mener des examens nécessaires et établir un diagnostic général sur l’état de santé de l’ancien président. Les conclusions faites par le collège des médecins font état « d’une ischémie cardiaque », selon une déclaration faite par son médecin personnel et qui n’a pas été démentie par une expertise judiciaire.

Une recommandation d’une coronarographie

Seulement, le parquet général a, une nouvelle fois, demandé un examen approfondi du dossier médical du collège des médecins. Le procureur général près le tribunal de Moroni, Hamada Hamidou, a ainsi saisi le docteur Saïd Moussa, chef du service d’anesthésie-réanimation de l’hôpital El-Maarouf. Ce dernier indiquera lors d’une déclaration à la presse que le rapport médical en sa possession ne fait aucune mention d’urgence sanitaire ou une nécessaire évacuation du patient à l’étranger.

Une expertise médicale a été recommandée. Mais un médecin (gauche), estime que rien ne mentionne un pronostic vital engagé ni une évacuation sanitaire.

« Je ne dis pas qu’il n’est pas malade. Je dis bien qu’il n’est mentionné nulle part dans ce rapport une situation d’urgence ou une recommandation d’évacuation du patient », a souligné le docteur Said Moussa. « Je n’ai pas vu un critère qui va dans le sens d’une évacuation sanitaire ou qui laisse entendre que le pronostic vital est engagé. Pour l’instant, les médecins et les équipements dont nous avons besoin sont disponibles. Si dans l’avenir, une nécessité d’évacuation se fait ressentir, il n’y aucun intérêt à s’y opposer », a-t-il ajouté, aux côtés du procureur général. Le collège des médecins a recommandé une coronarographie.

A ce sujet, le docteur Said Moussa fera savoir que le pays peut avoir recours à une alternative en cas de besoin. « Le but d’une coronarographie est d’étudier si les vaisseaux coronaires sont obstrués, et dans le cas échant, procéder à une thérapie. Mais il existe un examen alternatif qui, lui, est disponible aux Comores. Autant y recourir d’abord puisque l’état du patient le permet », a ajouté le médecin. Mais la famille et des proches de l’ancien président demandent, via des appels répétés, son évacuation à l’extérieur du pays pour y subir les soins appropriés.

Une mise en résidence en 2018 et une condamnation en 2022

Une demande qui a fait réagir le président Azali Assoumani saisi dans un courrier du secrétaire général du JUWA, le parti fondé par M. Sambi. « Comme vous le savez, les procédures prévues pour le maintien de la santé des détenus, notamment en cas d’évacuation sanitaire pour un suivi médical et des soins à l’étranger relèvent purement de la législation en vigueur et des avis médicaux. Les conclusions des expertises médicales seront décisives et serviront de guide aux autorités concernées, dans toute éventuelle mesure à prendre », a souligné le chef de l’Etat comorien dans sa réponse au courrier.

L’ancien président, 68 ans, a été condamné à la perpétuité par la cour de sûreté de l’Etat au terme d’un procès organisé en novembre 2022, très médiatisé et très critiqué par Sambi, sa famille et ses proches. L’ancien chef d’Etat (2006-2011) a refusé de participer aux débats, rejetant la légalité de la Cour et les magistrats qui l’avaient composée. M. Sambi a été arrêté en mai 2018 pour « trouble à l’ordre public » avant d’être formellement inculpé au mois d’août de la même année pour « faux et usage de faux, corruption, détournement de fonds publics et forfaiture » requalifiés en faits de haute trahison.

La justice comorienne a voulu enquêter sur le programme de citoyenneté économique qui avait généré des milliards de francs comoriens sans trace dans les caisses de l’Etat. L’ancien président a nié « tout acte de détournement de fonds publics » et purge sa peine dans sa résidence privée, transformée en prison annexe. Sa famille et ses proches mettent en avant « l’aspect humanitaire » pour demander son évacuation sanitaire à l’étranger.

A.S.Kemba

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