L’ambiance était électrique lundi matin devant les grilles du lycée de Petite-Terre. La musique gronde, poussée par les basses d’une enceinte apportée par des élèves. On danse, on s’enlace, on crie. À Mayotte, l’obtention du précieux sésame revêt une dimension particulièrement collective : c’est la réussite de toute une famille, parfois de tout un village, qui se joue.
Le fruit d’un travail acharné

Pour Madi Baco Anzifati, élève en terminale générale, la délivrance est totale. Admise avec une moyenne de 11,67, elle peine encore à réaliser. « Je n’avais pas confiance en moi. Quand j’ai vu les résultats, je voulais jeter mon téléphone ! Aujourd’hui, on va manger du riz, c’est la fête au village ». Pour elle, ce succès est le fruit d’un travail acharné, loin des clichés des réseaux sociaux : « Il y a des gens qui ont menti sur TikTok en disant que le bac c’est de l’eau. Ce n’est pas du tout de l’eau ! », assure-t-elle. Avec ses spécialités mathématiques et SVT, Madi Baco a trouvé l’année intense, notamment l’épreuve de mathématiques qu’elle juge « très difficile ».
Qu’importe, son avenir est désormais tracé, elle s’envolera bientôt pour Montpellier afin d’y entamer ses études supérieures.
« Je savais que j’allais l’avoir »

Du côté de la filière professionnelle, le sourire est tout aussi radieux pour Moindjie Mze Saanda. Scolarisée en bac pro Métiers de l’accueil, elle décroche son diplôme avec la mention Bien. « Je n’étais pas trop stressée, je savais que j’allais l’avoir au premier coup, je visais juste la mention et je l’ai eue », déclare-t-elle avec assurance. Pour sa classe de 32 élèves, l’année s’achève sur un bilan très positif, avec seulement six camarades envoyés au rattrapage. Moindjie, elle, n’aura pas à quitter l’île tout de suite : elle intègrera dès la rentrée prochaine un BTS Tourisme au lycée de Kawéni.
Le défi du rattrapage

Une lycéenne de terminale générale, qui avait opté pour le binôme SVT et physique-chimie, accuse le coup après avoir été recalée au premier tour. « Au début de l’année, les cours étaient plutôt simples, mais au fur et à mesure, c’est devenu beaucoup plus compliqué et intense », confie-t-elle, les yeux encore embués par les larmes du matin. Ayant échoué à son grand oral, elle doit désormais se préparer pour l’épreuve de la deuxième chance, les rattrapages, prévus dès ce mercredi 8 juillet sur Grande-Terre. Avec 96 points à rattraper, le défi est immense, mais ses parents restent présents pour la soutenir. Un contraste qui résume toute la complexité du baccalauréat à Mayotte.
Pour les uns, le diplôme est un passeport immédiat vers le déracinement et les amphis de métropole. Pour les autres, il reste une forteresse à conquérir et ce dès mercredi matin avec les épreuves de rattrapage. Derrière les scènes de liesse et les klaxons qui résonnaient, le baccalauréat rappelle aussi sa dureté.
Léo Vignal


