Quand Nayah Madi a quitté Mayotte pour poursuivre ses études à Lyon, elle était persuadée que la chaleur ne lui poserait pas de problème, étant habituée au climat tropical de son île.
« Quand j’étais à Mayotte, j’entendais parler de la canicule et je me disais que, venant d’un territoire tropical, ça n’allait pas être si difficile. Mais ce n’est pas du tout comparable à la chaleur de mon île, j’ai l’impression que c’est multiplié par 10 », confie-t-elle.
Son témoignage fait écho aux chiffres publiés par Météo-France. Le 24 juin dernier, l’Indicateur Thermique National a atteint les 38.5 degrés, un record inédit qui dépasse les précédents pics enregistrés en 2003 et en 2019. Entre le 18 et le 28 juin, près des deux tiers des stations météorologiques françaises ont battu leurs records mensuels de température et un quart d’entre elles leur record absolu.
Dans son studio lyonnais, l’étudiante tente comme elle peut de faire baisser la température mais son ventilateur ne suffit plus. « Parfois, j’ai l’impression qu’il souffle de l’air chaud ». Elle essaye alors les astuces qui circulent sur les réseaux sociaux : placer un bac de glaçons devant le ventilateur ou encore mettre son drap au congélateur avant de dormir.
Des chambres transformées en fours

À plus de 500 kilomètres de là, Spencer Said, étudiant en sociologie à Toulouse, raconte une expérience tout aussi éprouvante. Pendant les journées les plus chaudes, il passait le plus clair de son temps enfermé dans sa chambre Crous de neuf mètres carrés, volets fermés, dans l’espoir de conserver un peu de fraîcheur.
« La nuit, je descendais mon matelas au sol dans un coin de ma chambre. Je ne pouvais pas rester en hauteur, près des fenêtres. C’était comme si j’étais un gâteau dans un four ! ».
Sans ventilateur, il n’avait aucune autre solution pour essayer de supporter les températures. « Quand tu n’as pas de climatisation chez toi, tu crèves de chaud », résume le jeune homme. L’étudiant reconnaît aussi avoir attendu son retour sur l’île avec impatience. Son billet était réservé depuis plusieurs semaines et lorsque la canicule s’est installée, il a commencé à compter les jours avant son départ.
Passer ses examens sous plus de 30 degrés

La vague de chaleur a aussi accompagné sa période de rattrapages à l’université. Impossible pour lui de réviser en pleine journée, il attendait donc la tombée de la nuit pour sortir et ouvrir ses cours.
Dans certains amphithéâtres, ni climatisation ni ventilateur malgré plusieurs dizaines d’étudiants réunis pour composer. Ils étaient environ 86 dans la pièce, avec pour seuls moyens de se rafraîchir leurs bouteilles d’eau et leurs mains pour se ventiler.
« Je faisais mes huit heures de sommeil, mais pendant les examens on avait tous envie de dormir tellement la chaleur nous assommait », Dans ces conditions, rester concentré pendant plusieurs heures devenait difficile, explique-t-il.
Son expérience met aussi en lumière les conditions dans lesquelles de nombreux étudiants traversent les épisodes de canicule, entre logements mal adaptés et salles de cours parfois difficiles à supporter. « On est des élèves, mais on est des humains avant tout. Travailler dans ces conditions, c’est vraiment impossible. Les étés deviennent de plus en plus chauds, il faut commencer à trouver des solutions dès maintenant », souligne le jeune homme.
Il appelle notamment à mieux aménager les logements étudiants avant les prochaines rentrées universitaires, avec davantage de systèmes de climatisation dans les résidences les plus exposées ainsi que les salles de cours.
« Comment boire de l’eau » : une affiche, intox ?

Ces conditions ont aussi provoqué la circulation d’une fausse affiche sur les réseaux sociaux. Elle reprend les codes du ministère de la Santé et explique, de manière très infantilisante, comment boire un verre d’eau. Beaucoup d’internautes y ont cru avant que le ministère ne démente son authenticité.
« Je me suis dit : il fait des températures invivables et la seule chose qu’ils trouvent à faire, c’est nous expliquer comment boire de l’eau, j’étais sidérée ! Quand j’ai appris que c’était faux, ça m’a rassurée », partage Nayah Madi. Derrière cette confusion, elle dit surtout attendre des mesures plus concrètes, comme des aides pour permettre aux étudiants modestes de s’équiper face aux fortes chaleurs.
Après une légère baisse des températures en début de semaine dernière, Météo-France a annoncé déjà une nouvelle remontée des températures dans le sud du pays, avant un retour des fortes chaleurs sur une grande partie du territoire hexagonal.
Shanyce MATHIAS ALI.


