Doté de plus de 10 millions d'euros, le programme européen LIFE OVERSEAS accompagnera pendant six ans la sauvegarde de 15 espèces d'oiseaux menacées dans quatre territoires ultramarins. Si Mayotte n’en fait pas partie, le Groupe d'études et de protection des oiseaux de Mayotte reste associé au projet et entend profiter des retours d'expérience afin de poursuivre ses actions sur le territoire.

Protection des oiseaux : Mayotte absent du nouveau programme européen mais toujours impliqué

Doté de plus de 10 millions d'euros, le programme européen LIFE OVERSEAS accompagnera pendant six ans la sauvegarde de 15 espèces d'oiseaux menacées dans quatre territoires ultramarins. Si Mayotte n’en fait pas partie, le Groupe d'études et de protection des oiseaux de Mayotte reste associé au projet et entend profiter des retours d'expérience afin de poursuivre ses actions sur le territoire.

Près de 82 % des espèces d’oiseaux françaises vivent en Outre-mer et plus de la moitié d’entre elles sont aujourd’hui menacées de disparition. Pour enrayer ce déclin, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) lance le programme européen LIFE OVERSEAS, qui réunira jusqu’en 2031 associations et collectivités ultramarines autour d’un objectif commun : préserver 15 espèces parmi les plus menacées. Parmi elles figurent le Pétrel de Barau à La Réunion, le Puffin du Pacifique en Polynésie française ou encore le Monarque des Marquises.

Allain Bougrain Dubourg, président de la LPO. (CR : LPO)

« Les Outre-mer sont des joyaux de la biodiversité française. Cette richesse exceptionnelle nous oblige », indique Allain Bougrain Dubourg, président de la LPO dans un communiqué.

Au programme : restauration des habitats naturels, lutte contre les espèces exotiques envahissantes, réduction de la pollution lumineuse qui désoriente les oiseaux marins, préservation des zones humides et sensibilisation des populations. Les territoires retenus sont la Guyane, La Réunion, la Polynésie française et la Nouvelle-Calédonie. Si Mayotte est absente de cette liste, l’île ne reste pourtant pas en marge des efforts de conservation.

 

Un territoire absent mais toujours impliqué

« Nous restons partenaires de ce projet. Nous participerons aux échanges, aux réunions et aux retours d’expérience avec les autres territoires. Nous ne sommes simplement pas bénéficiaires des financements », explique Émilien Dautrey, directeur du Groupe d’études et de protection des oiseaux de Mayotte (GEPOMAY), « et à cette occasion, le GEPOMAY a renouvelé une convention de partenariat avec la LPO pour six ans. »

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Emilien Dautrey, directeur du GEPOMAY.

L’association mahoraise avait déjà bénéficié du précédent programme européen, LIFE BIODIV’OM, entre 2018 et 2023. Ce financement, d’environ 700.000 euros sur cinq ans, a notamment permis de sauver le Crabier blanc de Mayotte de l’extinction locale et de renforcer durablement les capacités de l’association.

À l’issue de ce programme, le GEPOMAY disposait déjà d’autres financements pour poursuivre ses actions, notamment autour du Crabier blanc. « Nous avions déjà sécurisé des financements pour les deux ou trois prochaines années. Nous n’avions donc plus le même besoin immédiat de candidater à un nouveau LIFE sur cette espèce », poursuit Émilien Dautrey.

Un projet sur les oiseaux des forêts encore trop immature

L’association souhaitait en revanche développer un nouveau projet consacré aux oiseaux forestiers, eux aussi fortement menacés. Mais les connaissances scientifiques disponibles étaient encore insuffisantes pour répondre aux exigences de l’appel à projets. « Pour un projet LIFE, il faut être capable de cibler précisément les sites sur lesquels mener les actions de restauration. Nous avions besoin d’un peu plus de temps pour construire ce projet », résume le directeur du GEPOMAY.

Les critères européens imposent en effet de présenter des actions concrètes, innovantes et scientifiquement solides sur des espèces particulièrement menacées. Faute de données suffisamment précises, l’association a préféré ne pas déposer un dossier qu’elle jugeait encore incomplet.

Après Chido, les besoins ont changé

Les mangroves ont joué un rôle protecteur lors du passage de Chido en limitant l’impact de la houle sur certaines communes (Illustration, Victor Diwisch / JDM).

Depuis le dépôt des candidatures en 2024, le cyclone Chido est venu bouleverser la situation mahoraise. Forêts, mangroves, zones humides, les milieux naturels ont été durement touchés. « Si nous avions su qu’un cyclone comme Chido allait frapper Mayotte, la situation aurait été complètement différente. Aujourd’hui, nous aurions clairement besoin de ce type de financement pour restaurer les habitats naturels », ajoute le directeur du GEPOMAY.

Il reconnaît par ailleurs que plusieurs centaines de milliers d’euros auraient constitué un levier précieux pour accélérer la restauration écologique de l’île. « Aujourd’hui, nous recherchons activement des financements pour répondre aux dégâts laissés par Chido. On ne peut malheureusement pas revenir en arrière ».

Protéger une espèce, c’est protéger tout un écosystème

Pour Émilien Dautrey, les espèces ciblées par ces programmes jouent un rôle bien plus large que leur seule conservation. « Ce sont ce que l’on appelle des espèces parapluies. En protégeant une espèce menacée, on protège tout son habitat et l’ensemble des autres espèces qui y vivent ». L’exemple du Crabier blanc l’illustre parfaitement. Les actions menées dans les mangroves contre les rats invasifs ont également bénéficié aux crabes, aux poissons et à toute la faune qui dépend de ces milieux.

Le crabier blanc fait partie des espèces à protéger en priorité (Crédit : Gilles Adt, Gepomay)

Au-delà de la biodiversité, ces écosystèmes rendent aussi des services essentiels aux populations. « Les mangroves ont par exemple joué un rôle protecteur lors du passage de Chido en limitant l’impact de la houle sur certaines communes. Préserver la biodiversité, c’est aussi protéger les habitants. »

Pour le GEPOMAY, l’absence de Mayotte du programme LIFE OVERSEAS ne marque donc pas un recul de son engagement. L’association espère désormais que les enseignements tirés de cette nouvelle coopération et les futurs appels à projets permettront d’accélérer la restauration des écosystèmes mahorais, durement éprouvés par le cyclone.

Joséphine Puig

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