La Communauté d’Agglomération du Grand Nord de Mayotte (CAGNM) a organisé la première édition du Village MILDECA ce lundi 22 juin, de 8 h à 14 h, au siège de la collectivité, à Bouyouni. MILDECA, acronyme de Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives, désigne un dispositif national piloté par l’État qui coordonne les actions de prévention, de sensibilisation et de lutte contre les addictions.
Un « village » pour prévenir les addictions et créer des perspectives

Seule intercommunalité de Mayotte à avoir remporté l’appel à projets MILDECA 2024, la CAGNM joue un rôle de relais de proximité des politiques publiques en les adaptant aux réalités du territoire. Le Village MILDECA vient ainsi concrétiser cet engagement local, avec pour objectif de renforcer la prévention au plus près des habitants, notamment des jeunes, particulièrement exposés aux risques liés aux conduites addictives.
Ce lundi matin, plusieurs stands ont réuni des acteurs institutionnels, associatifs et médico-sociaux mobilisés sur le territoire afin d’informer, d’échanger et d’accompagner les jeunes, principalement des adolescents venus en nombre. En complément des actions de sensibilisation aux dangers des addictions, portées par les différents partenaires présents — Mlezi Maore, Mayotte Entraide Étudiants, l’École de football de M’tsamboro, les Apprentis d’Auteuil de Mayotte, la Gendarmerie ainsi que la POPAM — la CAGNM a également proposé un espace dédié à l’insertion professionnelle, en présence notamment du RSMA et de la Mission locale, afin de permettre aux jeunes de se projeter vers l’avenir. Le but de la journée était de proposer un accompagnement complet.
Au stand du Point Accueil Écoute Jeunes (PAEJ) de Mlezi Maore, le « jeu des attaches » attise la curiosité. Pensé comme un outil de médiation, le jeu permet de comprendre les addictions et de responsabiliser les jeunes face à leurs conduites addictives. « Les jeunes sélectionnent les cartes et définissent si l’image représente une addiction ou non. Ensuite, on débat : est-ce que c’est plutôt négatif, positif, ni l’un ni l’autre ? L’objectif est de déconstruire les idées reçues et d’avoir une réflexion plus poussée sur l’addiction », explique un animateur.

Une adolescente s’essaie au jeu. Pour elle, la carte « anarchie » n’est ni positive ni négative. La carte « rapport sexuel » est considérée comme négative, tout comme la carte « écrans ». Choix plus discuté, la carte « nourriture » est également jugée négative par la jeune fille. « Pour toi, c’est catégorique ? », s’interroge une éducatrice en recueillant les réponses des autres jeunes.
« La nouvelle drogue qui fait des ravages aujourd’hui, ce sont les téléphones. Souvent, on se dit : “Je ne fume pas, je ne bois pas, donc ça va”, mais non », souligne Naadi Halidi, chargée de mission MILDECA au sein de la CAGNM. « Maintenant, le téléphone est accessible dès le plus jeune âge et son addiction touche toutes les générations ».
« Je ne peux pas laisser mon avenir partir en fumée »

« Dans le Nord de Mayotte, il y a moins d’insertion. On est loin du travail ou bien on a l’obligation de se déplacer. Beaucoup de personnes n’ont pas les moyens et de nombreux jeunes sont aussi métissés, immigrés et n’ont pas forcément de titre de séjour. Ils ne s’y retrouvent pas », observe Naadi Halidi.
« Ce sont les “ni-ni” (ni régularisables, ni expulsables). Ils n’ont rien à perdre et, pour échapper à la réalité, ils fument, se droguent, trouvent un moyen de s’évader ».
C’est le cas de Delifine Mahamoud, 19 ans, qui, malgré un parcours scolaire réalisé à Mayotte et l’obtention d’un baccalauréat avec mention « très bien », n’a pas obtenu de titre de séjour lui permettant de poursuivre ses études, notamment à La Réunion, où elle avait été acceptée. Accompagnée par la Croix-Rouge depuis 2025, elle a monté un dossier pour tenter d’être régularisée et enfin reprendre le chemin des études. « Jusqu’à maintenant, je n’ai pas de nouvelles », déplore-t-elle, l’incompréhension visible dans ses yeux.
Sans perspectives, quelles solutions ?

« J’ai fait beaucoup de démarches et je ne compte pas lâcher. Je ne veux pas rester sans rien faire alors que j’ai eu mon bac. J’ai déjà perdu une année », poursuit Delifine. À propos des addictions, l’étudiante avoue avoir déjà pensé à fumer, notamment lors de sa dépression, sans pour autant y céder. « J’ai eu ces pensées, mais je me suis dit que je ne pouvais pas. Je ne peux pas laisser mon avenir partir en fumée comme ça ».
Mais jusqu’à quand la jeune femme va-t-elle tenir ? Comment lutter contre les addictions lorsque les perspectives d’avenir manquent ? D’autres n’ont pas eu cette lucidité.
« C’est facile de sensibiliser, de montrer les risques des addictions, mais il faut ensuite leur donner quelque chose en retour, leur ouvrir des portes », relève Naadi Halidi.

Une chose qui ne sera possible, selon elle, qu’en activant différents rouages, aussi bien sociaux, sanitaires, économiques que politiques.
En attendant, des jeunes s’essaient à un parcours d’obstacles avec des lunettes spéciales donnant la sensation d’être alcoolisé ou sous l’emprise du cannabis. À peine élancé, un garçon tombe par terre, renversant un pot de fleurs, sous les rires de ses camarades. Pour lui, le message est passé.
« Il y a plein de choses qu’ils ne connaissent pas, c’est important de venir les sensibiliser », note une animatrice des Apprentis d’Auteuil. Parmi les jeunes qu’elle suit au quotidien, certains ont des addictions au tabac et à l’alcool. « C’est aussi important de partager un moment de joie aujourd’hui ».
« Des progrès à faire » : d’autres actions prévues auprès du grand public
« Nous sommes heureux de lancer ce Village MILDECA et les différentes interventions prévues, mais il y a de réels progrès à faire en matière de prévention et de sensibilisation », remarque Moihedja Miradji, vice-présidente de la CAGNM chargée de l’action sociale, de l’insertion professionnelle et de la solidarité.
« L’événement d’aujourd’hui est très orienté vers les jeunes, mais on oublie aussi les adultes. Il est important d’éduquer l’adulte pour assurer une continuité des comportements chez les jeunes. Il vaut mieux prévenir que guérir ».
Victor Diwisch


