L’Agence régionale de santé (ARS) de Mayotte a présenté les premiers résultats de l’étude EpiMay 2025, menée avec l’Observatoire régional de la santé (ORS) de Mayotte et l’URPS Infirmiers de l’océan Indien.
Réalisée auprès de 1.000 ménages tirés au sort sur l’ensemble du territoire, cette enquête épidémiologique combine questionnaires et prélèvements sanguins afin d’évaluer l’état de santé de la population mahoraise. « Cette enquête épidémiologique réalisée sur l’ensemble du territoire vise à dresser un état des lieux précis de la santé de la population mahoraise afin d’orienter les politiques publiques de prévention et de prise en charge », indique l’ARS dans un communiqué.
Reconduite pour la deuxième année consécutive, l’étude doit également permettre de « mieux connaître l’état de santé de la population mahoraise et de renforcer les données disponibles en santé publique », souligne l’agence.
Une couverture vaccinale encourageante mais encore insuffisante

Le premier volet des résultats est consacré à l’immunité vaccinale. Il montre que 85 % des adultes âgés de 18 ans et plus sont immunisés contre la rougeole, « un niveau cohérent avec la couverture vaccinale observée pour le vaccin ROR (rougeole-oreillons-rubéole) », selon l’ARS.
La rougeole est une maladie virale extrêmement contagieuse, qui se transmet par voie aérienne. Elle se manifeste généralement par une forte fièvre, une toux, un écoulement nasal, une conjonctivite puis une éruption cutanée caractéristique. Si elle guérit le plus souvent sans séquelles, elle peut entraîner des complications parfois graves, comme des pneumonies ou des atteintes neurologiques, en particulier chez les nourrissons, les personnes immunodéprimées et les femmes enceintes.
Pour l’agence, ces résultats traduisent les effets des campagnes de vaccination menées ces dernières années, notamment auprès des enfants. Elle rappelle qu’en 2019, 83 % d’entre eux étaient déjà à jour de leur vaccination ROR.
L’ARS souligne toutefois que ce niveau reste en deçà des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui fixent un seuil de 95 % de couverture vaccinale pour garantir une immunité collective suffisante et limiter la circulation du virus.
En deçà de ce seuil, des foyers épidémiques peuvent réapparaître, y compris lorsque la majorité de la population est vaccinée.
Une campagne de rattrapage dans les collèges

Afin d’améliorer cette couverture vaccinale, l’ARS indique avoir déployé, en partenariat avec le rectorat de Mayotte et le centre de vaccination du Centre hospitalier de Mayotte (CHM), une campagne de rattrapage au sein des collèges.
« En allant au plus près des jeunes, cette démarche vise à garantir une couverture vaccinale sur l’ensemble du territoire, réduire les inégalités d’accès à la vaccination et renforcer durablement l’immunité collective », explique l’agence.
Le consentement des parents demeure indispensable dans ce dispositif. Cette campagne permet de protéger les élèves contre la rougeole, les oreillons et la rubéole, mais aussi contre d’autres maladies évitables par la vaccination, comme le HPV ou le méningocoque. L’ARS rappelle également « le rôle central des parents dans le suivi vaccinal de leurs enfants et dans la prévention des maladies évitables ».
Une stratégie qui se poursuit
L’ARS affirme poursuivre son engagement en faveur de la vaccination afin de prévenir toute résurgence épidémique, notamment après les épisodes de coqueluche et de diphtérie observés ces dernières années. En 2024, la coqueluche a connu une nette recrudescence à Mayotte, avec 125 cas recensés à la mi-septembre contre 17 sur l’ensemble de l’année 2023. Les nourrissons de moins d’un an ont été les plus touchés. Plusieurs cas de diphtérie ont également été signalés, conduisant les autorités sanitaires à renforcer les actions de dépistage, de vaccination et la surveillance épidémiologique sur le territoire.
Cette stratégie repose sur le renforcement de l’offre de vaccination, le développement d’actions d’« aller-vers » auprès des publics les plus éloignés du système de santé, des interventions rapides autour des nouveaux cas détectés ainsi qu’un suivi régulier de la couverture vaccinale.
L’agence met enfin en avant plusieurs campagnes conduites ces dernières années : 50.000 enfants avaient bénéficié d’un rattrapage vaccinal en 2018 ; près de 6.800 personnes ont été vaccinées à la suite du cyclone Chido en 2025 ; enfin, près de 30.000 jeunes ont été concernés par les campagnes de vaccination en milieu scolaire entre 2022 et 2023.
V.D


