La polémique s’est invitée à l’Université de Mayotte. Dans un communiqué diffusé jeudi 2 juillet, la CGT Éduc’action Mayotte dénonce ce qu’elle qualifie de « sabotage du repyramidage » et apporte son « soutien total et inconditionnel » aux maîtres de conférences qui espéraient accéder au corps des professeurs des universités.
Quelques heures plus tard, le président de l’établissement, Abal-Kassim Cheik Ahamed, a répondu à ces accusations dans un entretien accordé à notre rédaction. Il conteste fermement les faits reprochés à la direction et assure qu’ « il n’est pas question de blocage ».
Au cœur du différend se trouve le repyramidage, un dispositif national permettant à certains maîtres de conférences d’être promus professeurs des universités. Contrairement à un recrutement, il ne s’agit pas de créer un nouvel emploi mais d’une procédure de promotion interne, encadrée par la réglementation et mise en œuvre par les établissements selon des critères académiques, scientifiques et stratégiques. C’est précisément sur l’application de ces règles que s’opposent aujourd’hui la CGT Éduc’action et la présidence de l’Université de Mayotte.
La CGT évoque un « sabotage » des promotions

Dans son communiqué intitulé « Soutien aux collègues de l’Université de Mayotte : Non au sabotage du repyramidage ! », la CGT Éduc’action Mayotte estime que plusieurs enseignants-chercheurs auraient été « injustement privés d’une opportunité historique de promotion interne ».
Le syndicat rappelle que l’Université de Mayotte « affiche le taux de professeurs des universités le plus faible de France » et affirme que « la direction a fait le choix incompréhensible et unilatéral de bloquer les cinq postes de repyramidage pourtant alloués par le ministère ».
Pour la CGT, cette décision ne relève pas d’une simple question administrative. Elle constitue un « sabotage managérial », qui serait « guidé par des rancunes personnelles et une gouvernance autoritaire ». Le communiqué évoque également « un coup de massue pour le mérite académique » et estime que la perte de ces promotions compromet le développement de l’Université.
Le syndicat élargit d’ailleurs le débat aux ambitions de l’établissement. « En laissant définitivement perdre ces postes, la direction sacrifie l’avenir du territoire », écrit-il, avant de s’interroger : « Comment prétendre bâtir une université de plein exercice et un futur CHU en refusant de renforcer notre corps professoral ? ».
La CGT Éduc’action Mayotte conclut en condamnant « ce choix étroit, contraire à l’intérêt général, à la recherche locale et à l’avenir de notre jeunesse ». Elle demande « l’arrêt de ces pratiques de gouvernance toxiques et destructrices », ainsi qu’ « une intervention de la tutelle et la mise en place d’une administration provisoire ».
La présidence récuse toute idée de blocage

Le président de l’Université de Mayotte rejette toutefois cette lecture des faits. « Il n’est pas question de blocage », affirme Abal-Kassim Cheik Ahamed. Selon lui, le débat ne porte pas sur cinq postes qui auraient été supprimés ou refusés, mais sur une procédure de promotion interne soumise à des conditions précises.
« Il n’est pas question de poste en tant que tel mais de promotions internes qui doivent respecter certaines règles », explique-t-il. D’après lui, les conditions permettant d’engager cette procédure n’étaient pas réunies pour les enseignants concernés.
Le président insiste également sur un point qu’il juge essentiel : « Passer de catégorie B à une catégorie A, ce n’est pas un nouveau poste ». Selon lui, présenter le dossier comme un refus de créer des emplois revient à déformer la réalité de la procédure.
Il affirme en outre que « ce ne sont pas des masses salariales qui ont été octroyées par le ministère » et estime que le débat public entretient une confusion entre création de postes et évolution de carrière. « Il y a beaucoup de manipulation sur ce sujet, il faut revenir sur terre », déclare-t-il.
Une décision assumée au nom des règles de l’établissement
Pour Abal-Kassim Cheik Ahamed, la décision prise relève avant tout de la responsabilité de la gouvernance universitaire. « On est un établissement public avec des règles, une politique scientifique et académique », rappelle-t-il. Selon lui, les promotions doivent s’inscrire dans la stratégie de développement de l’université et respecter les procédures prévues par les textes.
« Mon rôle en tant que président, c’est de veiller à ces questions », affirme-t-il. Il assure que les choix opérés répondent à « l »intérêt de l’établissement » et non à des considérations personnelles.
Le président estime également que la présentation faite par la CGT ne reflète pas « la réalité des faits ». Il rappelle que l’Université de Mayotte poursuit un projet de développement et dit ne pas comprendre les accusations formulées contre la direction alors que, selon lui, l’établissement œuvre précisément au renforcement de l’enseignement supérieur sur le territoire.
« On ne cédera pas aux intimidations »
Au-delà du fond du dossier, le président critique la méthode employée pour porter cette contestation sur la place publique. Il rappelle que l’université est dotée d’instances collégiales chargées d’examiner ce type de décisions et souligne que les éventuels désaccords peuvent faire l’objet de recours dans les procédures prévues par le droit. « S’il y a des voies de recours à prendre, bien volontiers », indique-t-il, tout en ajoutant que « la politique RH d’un établissement » ne peut se décider « dans la presse ».
Abal-Kassim Cheik Ahamed dénonce également ce qu’il considère comme des tentatives de pression sur la gouvernance de l’établissement. « On n’acceptera jamais des pressions extérieures » et « on ne cédera pas aux intimidations », assure-t-il, estimant que les décisions doivent rester guidées par les intérêts de l’université et le respect des règles.
Il regrette enfin que des accusations personnelles soient rendues publiques, alors que, selon lui, les équipes administratives et les instances universitaires travaillent à la construction de l’établissement. Pour le président, ce débat est légitime, mais il doit se tenir dans le cadre du dialogue social et des procédures prévues à cet effet.
Au-delà de cette controverse, l’affaire illustre les tensions qui peuvent entourer l’Université de Mayotte et la gestion des carrières universitaires. Entre revendications syndicales, autonomie des établissements et règles statutaires de la fonction publique de l’enseignement supérieur, le différend met en lumière la complexité des procédures de promotion dans une université française, comme celle de Mayotte. Il pourrait désormais se poursuivre sur le terrain du dialogue social, voire, si des recours sont engagés, devant les juridictions administratives compétentes.
Mathilde Hangard


