La campagne "Juin vert" s’est achevée, ce mardi. Le Centre régional de coordination de dépistage des cancers Mayotte en a dressé le bilan, avec 21 actions menées sur le territoire entre sensibilisation et consultations pour le dépistage du cancer du col de l’utérus.

« Juin vert » à Mayotte : 141 frottis réalisés pendant la campagne de dépistage

La campagne "Juin vert" s’est achevée, ce mardi. Le Centre régional de coordination de dépistage des cancers Mayotte en a dressé le bilan, avec 21 actions menées sur le territoire entre sensibilisation et consultations pour le dépistage du cancer du col de l’utérus.

Dans les locaux du Centre régional et sur le terrain, avec les camions mobiles et les actions de village santé, le mois de juin a une nouvelle fois été rythmé par les allers-vers et les rendez-vous de dépistage.

Tout au long du mois, 21 actions ont été menées sur le territoire avec des moments de sensibilisation et des consultations. Au total, 370 personnes ont été sensibilisées, suivies de 237 consultations réalisées, dont 141 frottis avec remise de résultats. Un volume qui reste important, et qui confirme, selon l’équipe que lorsque le dépistage vient directement aux femmes, la réponse suit.

Un mois d’actions sur le terrain

Même si le nombre de personnes sensibilisées est légèrement inférieur aux années précédentes, le Centre régional de coordination de dépistage des cancers (CRCDC) à Mayotte note une évolution dans la manière de travailler. « Malgré les difficultés matérielles, on est toujours sur le terrain », rappelle Claire Bertin, coordinatrice médicale du CRCDC.

Dans les chiffres, le constat est assez clair : moins de sensibilisation, mais autant de consultations, et un nombre de frottis qui reste stable. Les équipes le résument simplement, « moins mais mieux », avec une meilleure capacité à amener les femmes jusqu’au dépistage.

Claire Bertin, coordinatrice médicale du CRCDC.

Pour autant, les freins restent bien identifiés. En effet, le cancer du col de l’utérus reste difficile à combattre car il évolue lentement, souvent sans symptômes visibles. Un point régulièrement rappelé par les professionnels de santé.

« C’est un cancer qui met 10 à 15 ans à s’installer. Et comme il est asymptomatique, les femmes n’ont pas l’impression d’être malades », explique Claire Bertin. Avant d’ajouter que le dépistage reste la seule vraie porte d’entrée pour agir tôt, avant que la maladie n’évolue.

Autre difficulté évoquée, celle de la peur du résultat qui reste une inquiétude fréquente, mais souvent mal comprise. Un test positif ne signifie pas un cancer, rappellent les professionnelles, mais plutôt, la présence de cellules anormales nécessitant des examens complémentaires.

Sur 1.000 femmes dépistées, environ 100 nécessitent une colposcopie, et parmi elles, seules quatre présentent réellement des lésions cancéreuses. « Ce n’est pas parce qu’on fait le dépistage qu’on va forcément vous annoncer un cancer », insiste la coordinatrice, en rappelant l’importance de dédramatiser l’examen.

Des résultats en évolution entre 2023 et 2025

Les données globales confirment aussi une évolution de l’activité entre 2023 et 2025. Les dépistages passent de 6.213 à 5.155, une baisse qui s’explique notamment par l’arrêt des activités après le passage du cyclone Chido en décembre 2024. Côté examens complémentaires, la tendance est aussi à la baisse avec 396 colposcopies en 2023, 391 en 2024, puis 269 en 2025.

Sur les pratiques de dépistage, les chiffres montrent aussi des évolutions selon les âges : chez les 25-29 ans, une baisse d’environ 30 % des frottis, et chez les 30-65 ans, une forte progression du test HPV, avec +90 % de frottis, accompagnée d’une baisse de 42 % du taux de positivité.

Madi Abdou, président du Centre régional de coordination de dépistages des cancers à Mayotte

Au-delà des chiffres, les acteurs de santé insistent sur un point : la vaccination et le dépistage restent complémentaires. Le président du CRCDC rappelle que le préservatif ne protège que partiellement.

« Les jeunes de 11 à 14 ans peuvent être vaccinés, il y a aussi un rattrapage de ces trois doses entre 15 à 19 ans », explique Madi Abdou.

Pour certains parents, cette vaccination peut parfois susciter des questions ou des inquiétudes, d’où l’importance de bien les informer sur le sujet. « Quand on fait les actions de sensibilisation, on prend le temps d’expliquer aux familles, avec des supports comme des bandes dessinées. L’idée, c’est de dire que ça ne protège pas de tout, mais que ça réduit fortement le risque et on voit déjà dans d’autres pays une baisse des cancers du col de l’utérus grâce au vaccin », souligne la coordinatrice du CRCDC.

Prévention, vaccination et continuité des actions

Le prochain grand événement sera en novembre avec la Journée mondiale d’éradication du cancer du col de l’utérus.

Pour de l’Agence régionale de santé Mayotte, le constat est également encourageant, même si la vigilance reste de mise.

« C’est un des rares cancers qu’on peut éviter grâce à la vaccination et au dépistage précoce. Mais pourtant ce sont des causes de mort importantes chez les femmes en France avec 1.100 décès. À Mayotte on ne sait pas encore le chiffrer mais c’est quand même important », rappelle le Docteur Jean-Marc Noizet, directeur général adjoint à l’ARS Mayotte.

Pour la suite, le CRCDC Mayotte veut continuer à renforcer les actions d’aller-vers, améliorer le suivi des femmes présentant des anomalies ainsi que consolider les partenariats locaux. L’objectif est aussi de donner à « Juin vert » une visibilité et un engouement comparable à celle d’ »Octobre rose » sur l’île.

Shanyce MATHIAS ALI.

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