La mise en place de ce Service autonomie à domicile (SAD) mixte s’inscrit dans l’évolution du cadre national de l’aide et du soin à domicile. Elle accompagne la transformation progressive des anciens Services de soins infirmiers à domicile (SSIAD), pour proposer un accompagnement plus global et coordonné aux bénéficiaires.
« L’idée c’est de permettre aux personnes accompagnées d’avoir un parcours qui est à la fois pour les soins, mais aussi pour l’aide à domicile », explique Lahadji Abdou, directeur de l’association MSanda.
Un service encore en attente de lancement
Le dispositif va dans un premier temps se concentrer sur la Petite-Terre et s’adressera aux personnes âgées de 60 ans et plus ainsi qu’aux personnes en situation de handicap reconnues par la Maison des personnes handicapées (MDPH). Après une évaluation par les services compétents, des auxiliaires de vie ou des aides-soignants pourront intervenir dans le foyer pour accompagner les demandeurs dans leur quotidien.

Si le projet est prêt depuis plusieurs mois, sa mise en fonctionnement n’a pas encore de calendrier officiel. Les équipes expliquent attendre le feu vert des autorités compétentes pour quitter la phase test, notamment l’Agence régional de santé Mayotte (ARS) et le Département-Région.
« Nous avons respecté notre part du contrat. Les dossiers ont été déposés, on est prêt. Les locaux ont été inaugurés depuis 2024, les équipes sont là, il faut que les choses deviennent effectives sur le terrain », martèle Jean-Louis Garcia, président de la Fédération Apajh (Association Pour Adultes et Jeunes Handicapés).
Une infirmière coordinatrice a d’ailleurs été recrutée depuis plusieurs mois pour accompagner la mise en place du Service d’aide à domicile mixte. Mais en attendant le lancement officiel du service, elle ne peut pas encore exercer pleinement ses missions. « On la sollicite dans d’autres structures parce qu’on a besoin d’elle, mais ce n’est pas pour ça qu’on l’a recrutée », précise-t-il.
Des besoins qui restent importants sur le terrain
Au-delà de la création de ce service, les deux structures rappellent que les besoins restent nombreux, notamment dans l’isolement de certaines personnes âgées ou en situation de handicap.

Le directeur de l’association MSanda, explique que les habitudes familiales évoluent sur le territoire. Certaines personnes âgées qui restaient auparavant davantage entourées par leur famille vivent aujourd’hui de plus en plus seules. « Les enfants passent de moins en moins. Vous avez des parents qui sont très isolés, qui voient parfois dans la journée seulement l’auxiliaire à domicile ou l’infirmier », raconte-t-il.
Dans le même temps, d’autres familles estiment que la prise en charge des proches doit rester entièrement familiale, une logique profondément ancrée dans les habitudes locales transmises par la culture et la religion de l’île.
Cette problématique est aussi très répandue chez les personnes en situation de handicap et leurs proches. Selon la Fédération Apajh, certaines familles peuvent rester longtemps seules face aux difficultés, avec peu de solutions ou de repères pour accompagner leur enfant.
Pour cela, la structure s’appuie notamment sur des mamans qui acceptent de témoigner auprès d’autres familles pour faire évoluer le regard et les mentalités sur le handicap. « Il faut que les parents voient qu’il y a des solutions, qu’il y a des possibilités. Et surtout il ne faut pas avoir honte d’avoir un enfant touché par un handicap », insiste Jean-Louis Garcia. Pour lui, demander un accompagnement ne signifie pas abandonner son rôle d’aidant familial, mais permet plutôt à chacun de trouver sa place.
Un nouvel outil pour l’insertion professionnelle
En parallèle du travail mené avec MSanda Mayotte, la Fédération Apajh développe d’autres dispositifs pour répondre aux besoins des personnes atteintes de déficit à Mayotte, notamment dans le champ de l’insertion professionnelle.
Une inauguration est prévue ce mercredi à Dembéni pour un Établissement et service d’accompagnement par le travail (Esat), une structure destinée à des adultes aujourd’hui sans solutions pour accéder progressivement à une activité professionnelle dans des secteurs comme le jardinage.

« La MDPH a orienté 180 bénéficiaires, alors qu’il n’y a que 50 places. Donc là, juste à l’ouverture c’est déjà complet. On comprend que ce genre de projets sont nécessaires sur l’île », confie le président de l’Apajh. « Une personne en situation de handicap, c’est avant tout un citoyen », rappelle-t-il.
Afin de pouvoir répondre aux besoins de tous les publics concernés, la structure compte s’appuyer sur son réseau national, qui regroupe 14.000 salariés et 700 établissements et services en France. « On va aider par des formations et des conseils. Si l’infirmière coordinatrice rencontre une difficulté, elle peut joindre rapidement quelqu’un qui fait le même métier qu’elle, avec plus d’expérience ».
Pour les deux associations, le défi est désormais de faire en sorte que les solutions annoncées puissent rapidement devenir une réalité pour les habitants qui les attendent de pied ferme.
Shanyce MATHIAS ALI.


