Les organisateurs du premier colloque « Yatru Malalao » ont présenté au Conseil de la Culture, de l'Environnement et de l'Education de Mayotte leur démarche pour préserver et transmettre les savoirs liés aux plantes et aux soins traditionnels pratiqués sur le territoire.

Avec « Yatru Malalao » la médecine traditionnelle mahoraise veut sortir de l’oral pour laisser des traces

Les organisateurs du premier colloque « Yatru Malalao » ont présenté au Conseil de la Culture, de l'Environnement et de l'Education de Mayotte leur démarche pour préserver et transmettre les savoirs liés aux plantes et aux soins traditionnels pratiqués sur le territoire.

Les plantes, les soins et les fundi font partie d’un savoir transmis de génération en génération. Mais une grande partie de ces connaissances se transmet encore de bouche à oreille. Et c’est justement ce qui inquiète les organisateurs du premier colloque « Yatru Malalao », (Nos médicaments) : comment faire pour que ces savoirs ne disparaissent pas avec ceux qui les détiennent ?

« Le but c’est d’avoir des références quand on parle de la médecine traditionnelle, et avoir une trace des résultats  », explique Madi Vita, président du Conseil de la Culture, de l’Environnement et de l’Education de Mayotte (CCEEM) ce vendredi 11 septembre devant son auditoire.

Une question simple, mais qui touche directement à l’histoire de l’île : la tradition orale a longtemps été le principal moyen de transmission. Il y a donc peu de traces écrites permettant de retrouver précisément les usages, les plantes employées ou les résultats obtenus. Alors, pendant une journée, praticiens, chercheurs, professionnels de santé, enseignants, collectivités et acteurs de l’environnement vont se plonger dans cette thématique.

Un savoir qui n’a pas disparu

Mayotte, CCEEM, Directeur,
Naïlane-Attoumane Attibou, Directeur du CCEEM

Car contrairement aux idées reçues, la médecine traditionnelle reste bien présente dans le quotidien des mahorais. Naïlane-Attoumane Attibou, directeur du CCEEM, le constate notamment à travers les relations entre les fundis et l’hôpital. « Les gens veulent d’abord tester le traitement traditionnel , puis ils vont à l’hôpital et quand ils se sentent mieux ils retournement vers les fundis », souligne-t-il.

Le problème est que les deux mondes ne connaissent pas toujours leurs pratiques mutuelles. Certaines tisanes ou certains traitements peuvent interagir avec des médicaments conventionnels, tandis que des intoxications peuvent survenir lorsque des produits toxiques sont consommés. Pour les professionnels de santé, mieux connaître ce que les patients ont pris peut donc permettre de réagir plus rapidement.

L’enjeu est aussi de reconnaître ceux qui détiennent ces connaissances. « Les fundi arrivent à bout de souffle », observe Salimata Ahamadi, présidente de la commission de développement culturel du CCEEM. Elle raconte avoir voulu lancer ce projet en partant d’un constat : « aujourd’hui, notre génération utilise ces plantes un peu par mimétisme », sans forcément savoir si elle sera capable de transmettre ces connaissances à la suivante.

De la forêt à l’hôpital

Grève, manifestation, syndicats, éducation, professeurs, Rectorat, Mayotte
D’ailleurs, le CHM est l’un des grands partenaires de l’événement.

Le sujet ne s’arrête pas aux soins, il concerne aussi l’environnement et les plantes elles-mêmes. Certaines sont aujourd’hui vendues sur les marchés, avec des récoltes réalisées directement dans les espaces naturels de « manière abusive », sans compter certaines pratiques qui se font directement dans les forêts pour la médecine spirituelle, très souvent les pratiquants abandonnent leurs déchets sur place. Pour les organisateurs, il faut donc trouver un équilibre entre la transmission des pratiques, leur utilisation et la protection des ressources naturels qui nous entourent.

« En shimaoré, on dit que : Les médicaments ne s’achètent pas », rappelle Naïlane-Attoumane Attibou, en évoquant une expression locale.

Pour palier cette problématique, des pépiniéristes seront donc associés au colloque, avec l’idée de développer davantage la production de plantes médicinales et d’éviter que toutes soient prélevées dans la forêt. « Par exemple, donner des plantes aux gens pour qu’ils puissent aller les planter chez eux au lieu d’aller se servir dans la forêt », ajoute-t-il.

Un premier rendez-vous, pas une fin

Le jeudi 17 septembre prochain, trois tables rondes permettront de faire le point sur les connaissances actuelles, puis sur leur préservation et leur transmission, avant d’aborder leur valorisation. Des ateliers participatifs, des exposants et une démonstration de l’association Kinga Folk de Labattoir sur la médecine spirituelle viendront compléter cette journée.

En attendant le jour J, le projet a déjà commencé sur le terrain : « beaucoup de fundis ne sont pas en capacité de se déplacer, donc nous avons été à leur rencontre pour réaliser des reportages qui seront diffusés le jour du colloque », précise Salimata Ahamadi.

Salimata Ahamadi, présidente de la commission de développement culturel du CCEEM.

Des visites sont sont donc organisées avant et après l’événement, notamment : à M’Bouini chez un tradi-praticien local spécialisé dans la physiothérapie ainsi que les massages thérapeutiques, au parc forestier de Coconi pour une observation botanique, à Hamouro chez une masseuse, ou encore à Bambo Ouest auprès d’élèves qui travaillent sur les plantes médicinales.

Cette première édition ne marque qu’une étape de départ, les organisateurs projettent déjà un travail sur plusieurs années pour structurer un groupement de tradipraticiens et déployer un plan de sauvegarde de la pharmacopée mahoraise. Avec l’idée de soumettre les remèdes locaux à des évaluations scientifiques pour envisager leur intégration dans le circuit de soins classique. « Il y a des enjeux économiques importants parce que si l’île arrive à developper des compétences là-dessus, ça permettrait de les valoriser », confie Naïlane-Attoumane Attibou.

Shanyce MATHIAS ALI.

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