Pour comprendre comment on se soigne à Mayotte, les chercheurs vont directement sur le terrain. Patients, praticiens, fundis : ils rencontrent ceux qui sont au cœur de ces pratiques, recueillent leurs témoignages et observent leur manière de faire. Un travail mené dans le cadre du projet PR2M porté par l’Université de Mayotte.
Le programme est né à partir du contexte sanitaire particulier de notre île, retenu en juin 2024, à la suite d’un appel à projets du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, dans le cadre de la troisième vague du programme Science avec et pour la société (SAPS). Cette sélection a permis de financer le développement du PR2M, mais aussi d’obtenir le label SAPS pour l’Université de Mayotte pendant trois ans.
Trois axes pour comprendre les pratiques de soins

Le PR2M rassemble plusieurs disciplines : médecine, sociologie, anthropologie de la santé, psychologie, sciences de l’éducation, linguistique, communication scientifique et communication publique.
D’ailleurs, le premier axe s’intéresse aux différentes manières de se soigner sur le territoire. Plantes médicinales, textes religieux, pratiques liées aux esprits, la médecine traditionnelle prend plusieurs formes que l’Université de Mayotte cherche à mieux comprendre et documenter.
Pour mener à bien ce travail, l’établissement s’appuie sur une chercheuse en anthropologie, accompagnée par un docteur en sciences de l’anthropologie. L’équipe va sur le terrain, rencontre des patients, des praticiens, des fundis et des soignants. « Le but c’est de mener des entretiens et des observations au vu notamment de créer un guide en trilingue qui sera distribué au soignants aux patients, mais aussi à toute personne intéressée », explique Badrati Bacar, chargée de projet SAPS à l’Université de Mayotte.
Et les recherches portent déjà leurs premiers fruits, d’après elle, l’équipe a déjà réalisé ce qu’on appelle dans le domaine scientifique un « book review », autour de la possession par les esprits, qui a été soumis à une revue européenne reconnue.
Le MUMA pour garder les traces

Mais le projet ne compte pas rester uniquement dans les travaux des chercheurs ou sur le terrain. L’Université de Mayotte travaille également avec le musée de Mayotte (MUMA), sur la création d’une collection permanente consacrée aux objets liés à la médecine.
Parmi ces objets des outils de médecines anciennement utilisés par le docteur Martial Henry, considéré comme le premier médecin de l’île. À cette collection pourraient également s’ajouter un herbier consacré aux plantes médicinales, mais aussi des vidéos et d’autres supports permettant de retracer les parcours des praticiens et des fundis.
« L’idée en fait c’est vraiment de mettre en valeur les différentes pratiques thérapeutiques qui existent sur l’île et aussi de manière générale, la médecine traditionnelle », confie la chargée de projet SAPS à l’Université de Mayotte.
Un livre de 40 ans de recherches bientôt traduit
Pendant quarante ans, de 1975 à 2015, l’anthropologue canadien Michael Lambek a étudié Mayotte, ses transformations sociales, mais aussi les différentes façons de comprendre la maladie et les pratiques thérapeutiques sur l’île. Mais l’ouvrage n’est pour l’instant disponible qu’en anglais.
« Notre projet à nous c’est de le traduire en français qu’il soit accessible à toute la population ». Le livre doit ensuite être publié en collaboration avec le Collège de France, imprimé et diffusé à Mayotte, mais aussi au-delà de l’île, notamment auprès de la délégation mahoraise à Paris.
Pour l’Université, le colloque sera donc l’occasion de faire connaître ces différents projets, et l’établissement prépare déjà la suite. Parmi lesquels figurent notamment la création d’une université d’été et d’un diplôme universitaire consacré à la médecine traditionnelle.
Shanyce MATHIAS ALI.


