Les dix-sept premiers édiles de Mayotte pointent une anomalie structurelle majeure qui handicape lourdement l'aménagement du territoire dans un manifeste adressé aux prétendants à l’élection présidentielle de 2027. Contrairement à l'Hexagone, aucun euro des dotations d'État versées aux communes mahoraises n'est adossé au linéaire de voirie à créer ou à entretenir.

Voirie et éclairage public : le plan d’action des maires de Mayotte

Les dix-sept premiers édiles de Mayotte pointent une anomalie structurelle majeure qui handicape lourdement l'aménagement du territoire dans un manifeste adressé aux prétendants à l’élection présidentielle de 2027. Contrairement à l'Hexagone, aucun euro des dotations d'État versées aux communes mahoraises n'est adossé au linéaire de voirie à créer ou à entretenir.

Dans l’Hexagone, la longueur de la voirie communale représente un critère déterminant pour le calcul des concours financiers de l’État, notamment à travers la dotation de solidarité rurale. En Outre-mer, et singulièrement à Mayotte, le système en vigueur repose exclusivement sur une quote-part globale calculée d’après un simple ratio démographique, ignorant totalement les réalités physiques du terrain.

Pourtant, la géographie mahoraise impose des contraintes exceptionnelles : un relief particulièrement accidenté, la traversée de ravines nécessitant de nombreux ouvrages d’art, une pluviométrie tropicale capable de ravager une chaussée mal drainée en deux saisons, ainsi qu’une urbanisation spontanée qui a vu s’ériger des milliers d’habitations là où aucun réseau viaire n’était programmé. L’absence de voirie carrossable empêche l’accès des véhicules de secours, des camions de collecte des ordures et des transports scolaires dans des secteurs entiers, tandis que le manque d’investissements initiaux se transforme en une charge d’entretien perpétuelle et insoutenable pour les budgets municipaux.

Insécurité et paralysie sociale

Les maires demandent l’installation de plus de lampadaires.

Sous les latitudes mahoraises, l’obscurité s’installe toute l’année entre 17 heures et 19 heures. L’absence d’éclairage public ne relève donc pas d’un simple désagrément : « Un quartier non éclairé, ce n’est pas un quartier moins confortable : c’est un quartier où la vie s’arrête, où les femmes ne sortent plus, où les jeunes ne rentrent pas des activités périscolaires, où les “coupeurs de route” opèrent et où aucune patrouille ni service de secours ne peut intervenir utilement », alertent avec gravité les maires dans leur manifeste. Les élus soulignent que de tous les leviers d’action sécuritaire, l’éclairage public constitue l’investissement dont le rapport coût-efficacité est le mieux établi. À l’inverse, laisser des zones dans la pénombre mobilise des effectifs de gendarmerie et de police municipale dont le coût dépasse de loin celui de l’installation de lampadaire.

« Mayotte éclairée »

Afin de briser cette spirale, l’Association des maires de Mayotte exige l’inscription en loi de finances d’une dotation spécifique consacrée à la voirie et à l’éclairage public. Ce nouveau levier budgétaire devra s’appuyer sur le métrage linéaire des voies communales existantes et futures, tout en intégrant des majorations substantielles pour amortir les contraintes de déclivité et financer le désenclavement des zones d’habitat spontané en cours de résorption. Les élus insistent pour que ces fonds couvrent aussi bien les investissements initiaux que les coûts de fonctionnement, avec un accès élargi aux financements du fonds interministériel de prévention de la délinquance.

Des routes éclairées la nuit réduiraient l’insécurité.

Sur le terrain, les maires préconisent le déploiement d’un plan d’action quinquennal baptisé « Mayotte éclairée ». Les installations devront cibler en priorité les abords immédiats des établissements scolaires, les points d’arrêt des bus interurbains M’Safara, les cheminements réservés aux piétons et l’ensemble des quartiers classés prioritaires. Pour contourner l’absence de raccordement électrique dans certaines zones isolées, le manifeste suggère de recourir à des lampadaires solaires autonomes commandés dans le cadre d’un grand marché public territorial mutualisé.

En contrepartie de cet effort national, les municipalités prennent des engagements concrets : dresser d’ici un an un inventaire géoréférencé de l’ensemble de leurs routes et luminaires, formaliser des schémas directeurs communaux et déléguer aux intercommunalités la maintenance des installations ainsi que la négociation des achats d’énergie. Une démarche partagée pour sortir enfin les villages mahorais de l’obscurité et de l’enclavement.

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