Une dizaine de bénévoles ont participé à une formation organisée par Ceta’Maoré. Pendant une demi-journée, ils ont appris à reconnaître les mammifères marins et à appliquer les méthodes d’observation utilisées pour suivre les espèces présentes dans les eaux mahoraises.

Des bénévoles se plongent dans la connaissance des mammifères marins de Mayotte

Une dizaine de bénévoles ont participé à une formation organisée par Ceta’Maoré. Pendant une demi-journée, ils ont appris à reconnaître les mammifères marins et à appliquer les méthodes d’observation utilisées pour suivre les espèces présentes dans les eaux mahoraises.

Cahier et stylo en main, une dizaine de participants suivent attentivement les explications de Clara Urfer, chargée de projets pédagogiques à Ceta’Maoré. Dans la salle, les profils sont variés : certains exercent dans la santé, d’autres connaissent déjà le milieu de la protection de l’environnement ou travaillent dans le nautisme.

Cette formation d’une demi-journée de ce mardi 8 septembre est obligatoire pour les bénévoles qui souhaitent embarquer lors des missions de suivi scientifique de l’association. Elle commence par un apprentissage des différentes espèces de dauphins, de baleines et de dugongs que l’on peut rencontrer dans les eaux mahoraises.

«  Le but, c’est qu’ils reconnaissent les animaux qu’ils vont croiser le plus souvent et qu’ils sachent utiliser le guide d’identification pour identifier les espèces sur lesquelles il y’a un doute ».

Apprendre à observer avant de partir en mer

Mais la formation ne se limite pas à l’identification des animaux. Les bénévoles sont également initiés au protocole scientifique WUJUWA (connaître en shimaoré), mis en place par l’association pour renforcer les connaissances sur les mammifères marins.

Clara Urfer, chargée de projets pédagogiques.

Lancé en 2021, ce programme participatif vise à suivre l’abondance et la répartition des espèces dans le lagon. Pour cela, les observations reposent sur la prise de son et la photo-identification, les photos et le son servent ensuite à identifier les espèces. « On les initie aux méthodes scientifique afin qu’ils soient ensuite autonomes pour noter les données et nous les transmettre et qu’elles soient exploitables scientifiquement », explique Clara Urfer.

Pour avoir suffisamment de bénévoles disponibles, Ceta’Maoré organise ces formations environ tous les trois mois. L’année dernière, l’association estime avoir formé environ 40 personnes. « On n’est pas en manque de personnel, étant une petite association on est trois salariés, mais on ne peut pas aller en mer en même temps », précise-t-elle.

Les participants formés vont en mer, pour observer les espèces, lors de sorties dédiées ou à bord de bateaux de prestataires et transmettent ensuite les données. « Cela nous permet d’avoir plus d’informations ».

Mieux comprendre les menaces

Les données recueillies permettent progressivement de mieux documenter et comprendre les mammifères marins. À Mayotte, 27 espèces  sont recensées, lors du projet scientifique WUJUA clôturé en 2025, une centaine de bénévoles ont parcouru 4.290 kilomètres dans le lagon, permettant d’identifier 13 espèces distinctes à travers l’observation de 245 groupes d’animaux.

Certains individus ont été observés directement, tandis que pour d’autres, leur présence a été repérée grâce aux sons entendus en mer. Mais il reste encore beaucoup de choses à connaître. « Pour beaucoup d’espèces, on n’a pas suffisamment d’informations pour savoir, par exemple, à quel point elles sont menacées », indique Clara.

Le dugong fait partie des espèces les plus menacées.

Un constat se dessine notamment à l’ouest de l’île, où les observations restent moins nombreuses. Les bateaux circulent moins souvent dans cette partie de l’île, ce qui explique le manque de données. L’association souhaite donc y multiplier les sorties pour mieux connaître les mammifères présents.

La pression humaine inquiète aussi Ceta’Maoré : trafic maritime et pollution côtière représentent des risques pour les mammifères marins, surtout dans le lagon. Parmi les animaux les plus fragiles, le dugong occupe une place particulière. Il en resterait moins d’une dizaine qui seraient proches de nos côtes, en parti à cause du braconnage.

Sensibiliser dès le plus jeune âge

La démarche ne concerne pas seulement les personnes qui souhaitent devenir observateurs bénévoles. Ceta’Maoré mène également un travail de sensibilisation auprès des scolaires, avec l’idée de faire découvrir aux jeunes la richesse du lagon mahorais.

« Le patrimoine marin de l’île est extrêmement riche, mais les gens ne sont pas nécessairement au courant de la chance qu’ils ont », explique-t-elle. L’association veut donc donner aux habitants la possibilité de mieux connaître leur environnement  et lorsque cela est possible, de l’observer directement en mer.

Les sorties en mer sont aussi et surtout l’occasion de faire participer les enfants à des ateliers.

« On ne se manifestera pas pour protéger des choses qu’on ne connaît pas », résume-t-elle. L’objectif est donc que les jeunes apprennent à connaître ce patrimoine, l’apprécient davantage et aient ensuite envie de le préserver.

En 2025, ce sont ainsi 500 enfants qui ont été sensibilisés en salle et 200 qui ont été emmenés en mer. « Avant de les emmener découvrir les mammifères marins en mer, nous leur faisons une séance de deux heures en classe en amont », explique Clara. « L’objectif est qu’ils découvrent les mammifères marins, qu’ils puissent les reconnaître, mais nous les initions aussi aux méthodes de suivi scientifiques ».

Les sorties en mer sont aussi et surtout l’occasion des les faire participer à des ateliers. « Nous en avons un sur l’évolution morphologique des mammifères où l’on voit comment ils se sont adaptés à la vie marine avec notamment les pattes qui se sont palmées progressivement et la queue qui s’est allongée. Il y a un autre atelier PMT (ndlr, palmes/ masque/ tuba) où ils peuvent voir les poissons dans leur environnement… Un troisième sur la visualisation de la taille des mammifères marins. Et enfin le dernier sur les menaces actuelles qui pèsent sur eux dans lequel nous montrons aux enfants les impacts mais aussi quelles sont les solutions ».

« J’ai hâte d’être en mer »

Parc Naturel Marin, Mayotte
Le Parc marin protège la biodiversité du lagon.

Pour certains participants, la formation permet de compléter des connaissances déjà acquises. Livio, prestataire nautique, explique qu’il a choisi de participer car son activité ne lui laisse pas toujours le temps d’observer précisément les animaux lors des sorties avec les clients.

« J’avais des bases mais il y a aussi beaucoup de choses que j’ai appris ce matin et j’ai hâte d’être en mer pour faire de l’observation », témoigne-t-il.

Pour rappel, à Mayotte, la mise à l’eau avec les mammifères marins est interdite dans les zones du Parc marin et les bateaux doivent rester à au moins 100 mètres des animaux, sous peine d’une amende pouvant aller jusqu’à 750 euros pour les particuliers et 3.500 euros pour les professionnels.

Shanyce MATHIAS ALI.

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