Le JdM a pu s’entretenir avec Chantal Combeau juste avant son départ de l’île. Elle qui n’avait pas choisi forcément Mayotte en premier choix pour vivre une expérience en Outre-mer, elle n’en demeure pas moins ravie d’avoir passé cinq ans dans l’île aux parfums où elle a pu exercer avec passion son métier de magistrat.
De nombreuses années d’expérience avant d’arriver à Mayotte
Chantal Combeau n’est pas venue à Mayotte à la sortie de l’École nationale de la magistrature (ENM), elle a d’abord acquis de nombreuses années d’expérience. Rentrée sur dossier en 2001 à l’ENM après un doctorat en droit pénal pour les mineurs, elle en est sortie deux ans plus tard, en 2003, et a par la suite gravi tous les échelons de la magistrature au fur et à mesure. « A l’origine je voulais être juge pour enfants, et pourtant c’est l’une des rares fonctions que je n’ai pas exercées », confie la magistrate en souriant.

Elle qui a rejoint le siège, il y a de cela quelques années, a cependant commencé sa carrière au parquet. « J’ai adoré être au parquet… c’est un travail d’équipe, c’est vivant ! J’ai passé les huit premières années de ma carrière dans les Landes et le Pays basque : 6 ans à la cour d’appel de Pau, en tant que magistrat placé, et 2 ans à Bayonne ».
Après son expérience au parquet, Chantal Combeau a travaillé trois ans au département de la documentation et de la recherche de l’ENM. « Après le parquet j’ai été en détachement, de 2011 à 2014, en tant que chargée de mission au sein de l’ENM… Je faisais de la veille juridique et m’occupait de la revue justice et actualités ».
En 2014, elle exerce la fonction de juge d’application des peines (JAP) à Mont-de-Marsan. « Je souhaitais déjà depuis quelques temps devenir juge d’application des peines… J’ai été JAP pendant 4 ans et en même temps je faisais de la formation pour les magistrats à l’ENM en tant qu’enseignante associée », raconte-telle.
Après une année sabbatique en Bolivie, Chantal Combeau revient à Mont-de-Marsan en 2019 pour occuper cette fois-ci les fonctions de présidente du tribunal correctionnel pendant 2 ans.
Mayotte et la découverte des assises
Ses enfants devenus grands, Chantal Combeau décide de tenter une expérience en dehors de l’Hexagone. « Je voulais partir loin », se souvient-elle, et pourquoi pas tenter une expérience en Outre-mer. « Au début mon choix s’est porté sur la Guyane… mais finalement c’est à Mayotte que je suis venue. A l’époque il y a eu un appel à candidature avec un contrat de mobilité… et c’est comme cela que je suis arrivée à Mayotte en 2021 comme présidente du tribunal correctionnel de Mamoudzou. Je connaissais un peu Mayotte car j’étais déjà venue deux semaines, en 2017, mais dans le cadre des vacances pour voir une amie », indique-t-elle.

Deux après son arrivée dans le 101e département, et alors qu’il lui était possible de quitter l’île pour vivre une autre expérience, une opportunité s’offre à elle. « En 2023, un poste se libère… en tant que président de chambre avec un profil assises. J’ai toujours rêvé de faire les assises ! », s’enthousiasme-t-elle encore en se remémorant ce moment. « J’ai eu le poste et me voilà repartie pour trois ans », poursuit la magistrate. « J’ai vraiment adoré les assises… ce sont les affaires les plus graves avec un jury populaire. Juridiquement parlant c’est assez simple, c’est humainement compliqué c’est vrai, on se blinde… mais c’est extrêmement riche. Ce qui m’intéresse c’est de comprendre pourquoi les gens font ce qu’ils font. Cela passe par de nombreuses expertises et témoignages et c’est vrai que j’aime bien ça ».
Aussi, en dépit de son expérience et de son « blindage », Chantal Combeau avoue que le procès qui l’a le plus marquée durant ses 5 ans années passées dans l’archipel a été celui du « gang des barbares » de Chiconi. « À Mayotte on est dans un contexte d’insécurité et de peur… Ce procès m’a passionnée, tout d’abord par l’horreur et la nature des faits d’une extrême gravité : assassinat avec actes de torture et de barbarie, mais aussi par la banalité du profil de certains des accusés ».
De nouvelles fonctions à Paris pour lutter contre la grande criminalité
Même si Chantal Combeau confesse volontiers que Mayotte l’a épuisée et parfois agacée, elle n’en garde pas moins une image d’un endroit idyllique. « En janvier 2024, j’ai été agressée à la machette avec une amie alors que nous étions en voiture… et six mois après, en juillet, je me suis fait cambrioler pendant que je dormais. Je n’ai rien entendu mais ça fait drôle le matin quand vous vous levez. A Mayotte il y a un envoûtement, cette île a un charme dingue, elle est magnifique, c’est la plus belle île que j’ai vue dans l’océan Indien. Mais c’est épuisant car on est toujours en hyper vigilance », souligne-t-elle.

Au fil de la discussion, nous avons tenté de percer un peu le secret des délibérations, savoir ce qu’il s’y passe, et sans trahir le secret et la confidentialité Chantal Combeau nous en a livré le fonctionnement. « Lors des délibérations, on examine d’abord la culpabilité, c’est à dire les éléments de preuve rapportés durant l’audience, et ensuite on examine la peine. Chacun dispose d’une voix, les jurés comme le juge et les assesseurs ».
Quant à savoir si la surpopulation carcérale au centre pénitentiaire de Majicavo a pu, de près ou de loin, influencer ses décisions, Chantal Combeau répond sans détour : « Non ! Je ne porte pas sur les épaules les défaillances de l’État français, ce n’est pas mon travail ! », lance-t-elle.
D’ici quelques jours, la magistrate va commencer de nouvelles fonctions à Paris, où elle aura son bureau dans la prestigieuse île de la Cité, et va s’occuper de dossiers concernant la grande criminalité. « Je passe des algecos de la chambre d’appel de Mamoudzou à l’île de la Cité, c’est le grand écart ! », dit-elle en rigolant. « Je pense que les affaires dont je vais m’occuper vont concerner beaucoup de stupéfiants… mais il y aura aussi la traite des êtres humains, le proxénétisme, ou encore les cryptomonnaies ».
B.J.


