La magistrate Chantal Combeau a passé cinq ans à Mayotte. Arrivée en 2021 dans l’île en tant que présidente du tribunal correctionnel de Mamoudzou puis par la suite présidente de la chambre d’appel, elle va exercer, en cette rentrée, de nouvelles fonctions à Paris sur l’île de la Cité.

Chantal Combeau : de l’île aux parfums à l’île de la Cité

La magistrate Chantal Combeau a passé cinq ans à Mayotte. Arrivée en 2021 dans l’île en tant que présidente du tribunal correctionnel de Mamoudzou puis par la suite présidente de la chambre d’appel, elle va exercer, en cette rentrée, de nouvelles fonctions à Paris sur l’île de la Cité.

Le JdM a pu s’entretenir avec Chantal Combeau juste avant son départ de l’île. Elle qui n’avait pas choisi forcément Mayotte en premier choix pour vivre une expérience en Outre-mer, elle n’en demeure pas moins ravie d’avoir passé cinq ans dans l’île aux parfums où elle a pu exercer avec passion son métier de magistrat.

De nombreuses années d’expérience avant d’arriver à Mayotte

Chantal Combeau n’est pas venue à Mayotte à la sortie de l’École nationale de la magistrature (ENM), elle a d’abord acquis de nombreuses années d’expérience. Rentrée sur dossier en 2001 à l’ENM après un doctorat en droit pénal pour les mineurs, elle en est sortie deux ans plus tard, en 2003, et a par la suite gravi tous les échelons de la magistrature au fur et à mesure. « A l’origine je voulais être juge pour enfants, et pourtant c’est l’une des rares fonctions que je n’ai pas exercées », confie la magistrate en souriant.

Tribunal, délinquance, Mayotte
Chantal Combeau est arrivée à Mayotte en 2021 comme présidente du tribunal correctionnel de Mamoudzou.

Elle qui a rejoint le siège, il y a de cela quelques années, a cependant commencé sa carrière au parquet. « J’ai adoré être au parquet… c’est un travail d’équipe, c’est vivant ! J’ai passé les huit premières années de ma carrière dans les Landes et le Pays basque : 6 ans à la cour d’appel de Pau, en tant que magistrat placé, et 2 ans à Bayonne ».

Après son expérience au parquet, Chantal Combeau a travaillé trois ans au département de la documentation et de la recherche de l’ENM. « Après le parquet j’ai été en détachement, de 2011 à 2014, en tant que chargée de mission au sein de l’ENM… Je faisais de la veille juridique et m’occupait de la revue justice et actualités ».

En 2014, elle exerce la fonction de juge d’application des peines (JAP) à Mont-de-Marsan. « Je souhaitais déjà depuis quelques temps devenir juge d’application des peines… J’ai été JAP pendant 4 ans et en même temps je faisais de la formation pour les magistrats à l’ENM en tant qu’enseignante associée », raconte-telle.

Après une année sabbatique en Bolivie, Chantal Combeau revient à Mont-de-Marsan en 2019 pour occuper cette fois-ci les fonctions de présidente du tribunal correctionnel pendant 2 ans.

Mayotte et la découverte des assises

Ses enfants devenus grands, Chantal Combeau décide de tenter une expérience en dehors de l’Hexagone. « Je voulais partir loin », se souvient-elle, et pourquoi pas tenter une expérience en Outre-mer. « Au début mon choix s’est porté sur la Guyane… mais finalement c’est à Mayotte que je suis venue. A l’époque il y a eu un appel à candidature avec un contrat de mobilité… et c’est comme cela que je suis arrivée à Mayotte en 2021 comme présidente du tribunal correctionnel de Mamoudzou. Je connaissais un peu Mayotte car j’étais déjà venue deux semaines, en 2017, mais dans le cadre des vacances pour voir une amie », indique-t-elle.

Chantal Combeau a « adoré » présider les cours d’assises à Mayotte. (illustration)

Deux après son arrivée dans le 101e département, et alors qu’il lui était possible de quitter l’île pour vivre une autre expérience, une opportunité s’offre à elle. « En 2023, un poste se libère… en tant que président de chambre avec un profil assises. J’ai toujours rêvé de faire les assises ! », s’enthousiasme-t-elle encore en se remémorant ce moment. « J’ai eu le poste et me voilà repartie pour trois ans », poursuit la magistrate. « J’ai vraiment adoré les assises… ce sont les affaires les plus graves avec un jury populaire. Juridiquement parlant c’est assez simple, c’est humainement compliqué c’est vrai, on se blinde… mais c’est extrêmement riche. Ce qui m’intéresse c’est de comprendre pourquoi les gens font ce qu’ils font. Cela passe par de nombreuses expertises et témoignages et c’est vrai que j’aime bien ça ».

Aussi, en dépit de son expérience et de son « blindage », Chantal Combeau avoue que le procès qui l’a le plus marquée durant ses 5 ans années passées dans l’archipel a été celui du « gang des barbares » de Chiconi. « À Mayotte on est dans un contexte d’insécurité et de peur… Ce procès m’a passionnée, tout d’abord par l’horreur et la nature des faits d’une extrême gravité : assassinat avec actes de torture et de barbarie, mais aussi par la banalité du profil de certains des accusés ».

De nouvelles fonctions à Paris pour lutter contre la grande criminalité

Même si Chantal Combeau confesse volontiers que Mayotte l’a épuisée et parfois agacée, elle n’en garde pas moins une image d’un endroit idyllique. « En janvier 2024, j’ai été agressée à la machette avec une amie alors que nous étions en voiture… et six mois après, en juillet, je me suis fait cambrioler pendant que je dormais. Je n’ai rien entendu mais ça fait drôle le matin quand vous vous levez. A Mayotte il y a un envoûtement, cette île a un charme dingue, elle est magnifique, c’est la plus belle île que j’ai vue dans l’océan Indien. Mais c’est épuisant car on est toujours en hyper vigilance », souligne-t-elle.

Mayotte, justice, chambre d’appel de Mamoudzou, greffiers, chambre d'appel,
Chantal Combeau quitte la chambre d’appel de Mamoudzou pour l’île de la Cité à Paris où elle traitera des dossiers liés à la grande criminalité.

Au fil de la discussion, nous avons tenté de percer un peu le secret des délibérations, savoir ce qu’il s’y passe, et sans trahir le secret et la confidentialité Chantal Combeau nous en a livré le fonctionnement. « Lors des délibérations, on examine d’abord la culpabilité, c’est à dire les éléments de preuve rapportés durant l’audience, et ensuite on examine la peine. Chacun dispose d’une voix, les jurés comme le juge et les assesseurs ».

Quant à savoir si la surpopulation carcérale au centre pénitentiaire de Majicavo a pu, de près ou de loin, influencer ses décisions, Chantal Combeau répond sans détour : « Non ! Je ne porte pas sur les épaules les défaillances de l’État français, ce n’est pas mon travail ! », lance-t-elle.

D’ici quelques jours, la magistrate va commencer de nouvelles fonctions à Paris, où elle aura son bureau dans la prestigieuse île de la Cité, et va s’occuper de dossiers concernant la grande criminalité. « Je passe des algecos de la chambre d’appel de Mamoudzou à l’île de la Cité, c’est le grand écart ! », dit-elle en rigolant. « Je pense que les affaires dont je vais m’occuper vont concerner beaucoup de stupéfiants… mais il y aura aussi la traite des êtres humains, le proxénétisme, ou encore les cryptomonnaies ».

B.J.

Partagez l'article :

spot_imgspot_img

Les plus lus

Publications Similaires
SIMILAIRES

Élections municipales de Mamoudzou : la justice décide qu’il n’y aura pas de nouveau scrutin

Le tribunal administratif de Mayotte entérine le score de la liste d’Ambdilwahedou Soumaïla au premier tour des élections municipales de Mamoudzou. Ce mardi 15 septembre, il donne en partie raison au requérant, Ahamada Haribou (arrivé deuxième), en retranchant 104 voix litigieuses.

Des parents d’élèves demandent le départ de la rectrice : « Si elle ne s’occupe pas de nous, elle doit démissionner »

Le lycée de la Cité du Nord entame ce lundi 14 septembre sa troisième semaine de blocage. Près de 180 parents, enseignants et représentants syndicaux se sont réunis devant l'établissement scolaire. La mobilisation des parents prend de l'ampleur, tandis qu'aucune rencontre avec la rectrice ou une délégation du rectorat n'était encore confirmée dans la matinée.

« Le CHM brille par son silence » : les brancardiers et ambulanciers en grève à Mayotte

Plus d'une vingtaine de brancardiers et ambulanciers du CHM sont en grève depuis lundi matin à Mamoudzou. Heures supplémentaires contestées, manque d'effectifs, missions SMUR et interventions à la morgue, les agents dénoncent une accumulation de difficultés et réclament des réponses de la direction.

Environnement : Plus de 41 000 euros attribués à trois projets écologiques à Mayotte

L'Office français de la biodiversité (OFB) a dévoilé les lauréats de la seizième édition de son programme de financement TeMeUm (Terres et Mers Ultramarins). Au total, trois projets mahorais d'initiatives locales, associatives et écologiques vont donc se partager une enveloppe de 41.550 euros.