Ce mercredi matin, au siège du Département-Région de Mayotte, la Mission Locale a réuni des jeunes, des partenaires institutionnels et des acteurs du territoire lors d'un second séminaire consacré à la reconstruction de l'île après le cyclone Chido, afin d'identifier les difficultés persistantes et de présenter les solutions envisagées pour accompagner la jeunesse.

Une jeunesse encore freinée dans ses parcours malgré les solutions engagées sur le territoire

Ce mercredi matin, au siège du Département-Région de Mayotte, la Mission Locale a réuni des jeunes, des partenaires institutionnels et des acteurs du territoire lors d'un second séminaire consacré à la reconstruction de l'île après le cyclone Chido, afin d'identifier les difficultés persistantes et de présenter les solutions envisagées pour accompagner la jeunesse.

À ses débuts, la Mission Locale de Mayotte accompagnait un peu plus de 1.200 jeunes. Trente ans plus tard, alors qu’elle célèbre son anniversaire, la structure est en contact avec plus de 13.700 jeunes, dont 6.877 sont encore accompagnés.

C’est dans ce contexte que s’est tenu le deuxième séminaire de restitution consacré à la jeunesse et à la reconstruction de Mayotte. Plusieurs mois après la première rencontre, cette nouvelle journée avait pour objectif de présenter les propositions qui ont émergé des concertations menées avec les jeunes.

« Il fallait vraiment penser avec tous ces acteurs comment on fait pour cette jeunesse et quels sont les outils ou les dispositifs qu’on peut mettre en place pour répondre à ce besoin », explique Nadia Djoumoi, directrice générale de la Mission Locale de Mayotte.

Des déplacements encore difficiles pour les jeunes

Au fil des échanges, la mobilité est revenue comme l’une des difficultés évoquées par les jeunes, surtout pour accéder à une formation ou à un emploi. La réalité du terrain a notamment été illustrée par le témoignage de Ouirdane Mikidade, étudiant d’Iloni. Pour lui, la mobilité est venue s’ajouter aux difficultés déjà rencontrées au cours de sa formation, compliquant encore davantage son parcours.

Nadia Djoumoi, directrice générale de la Mission Locale de Mayotte : « De notre côté pour la mobilité, nous avons mis en place le financement du permis B pour les jeunes ».

« Il n’y a pas de taxi qui passe directement de Dembeni jusqu’à ma formation à Mroalé. Je devais parfois dépenser plus de 200 euros de taxi et avec les retards de paiement de l’ASP, je ne pouvais plus assurer ma présence », explique-t-il. Il espère qu’à l’issue de cette matinée, des solutions comme la gratuité des transports pour les étudiants et les personnes en formation pourront voir le jour.

Face à cette difficulté, plusieurs acteurs ont détaillé les solutions en cours de déploiement. La Cadema mise notamment sur le développement des transports avec la mobilité à vélo, plus de 10 kilomètres de pistes cyclables sont en construction, des ateliers de réparation ainsi que des aides à l’achat de vélos.

Les démarches administratives, un frein majeur

Au-delà des déplacements, ce sont surtout les difficultés administratives qui ont marqué la rencontre. Karim Ahamed, lui aussi originaire d’Iloni, vient d’obtenir son diplôme de médiateur social, action, droit et services.

Ouirdane Mikidade et Karim Ahamed, deux jeunes originaires d’Iloni.

Pourtant, malgré plusieurs opportunités d’embauche, il se retrouve aujourd’hui sans emploi. Son titre de séjour arrivant prochainement à expiration, plusieurs employeurs ont préféré renoncer à son recrutement. « Le titre de séjour c’est seulement deux ans et le temps de le recevoir on a déjà un an qui s’écoule, on avance à reculons ! », déplore-t-il.

Le jeune homme espère désormais que les structures pourront davantage accompagner les jeunes dans leurs démarches auprès des services compétents et plaide pour la mise en place de titres de séjour d’une durée de cinq à dix ans, afin de leur permettre de construire leurs projets sur le long terme et d’investir à Mayotte.

« Là, on est face à un mur, le mur de Berlin. Et le mur de Berlin, dès qu’il a été détruit, tout le monde était content. Ce sera pareil pour nous », résume-t-il. En effet, faute de stabilité administrative, son projet de créer un café gaming est aujourd’hui à l’arrêt.

Des actions déjà engagées sur le terrain

Au cours de la journée, d’autres initiatives sont également venues illustrer les réponses déjà apportées sur le territoire. À Dembeni, l’épicerie solidaire accompagne aujourd’hui 86 bénéficiaires, dont des étudiants grâce à un partenariat avec le Crous Réunion-Mayotte. « Souvent, ce sont des filles et certaines sont mères de famille, donc cela leur permet de faire des courses plus facilement. Cependant, il n’y a que 11 étudiants, la structure n’est malheureusement pas assez connue auprès des jeunes », confie Tadjidine Pons, coordinateur de l’établissement.

Tadjidine Pons, coordinateur de l’épicerie solidaire à Dembeni.

Le projet est né après le constat dressé par les travailleurs sociaux face à la précarité grandissante dans la commune. Les bénéficiaires peuvent y acheter leurs produits alimentaires à environ 30 % de moins par rapport au prix en grande surface.

L’objectif est de leur permettre de dégager un budget pour financer un permis de conduire, acheter un équipement, rembourser des dettes ou concrétiser un projet personnel, tout en bénéficiant d’un accompagnement social régulier. « Pour en bénéficier, si vous n’êtes pas étudiant, il faut résider à Dembeni, avoir un projet et posséder une certaine somme sur votre compte bancaire pour montrer que vous mettez bien de côté pour un financement », explique-t-il.

Shanyce MATHIAS ALI.

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