À peine les dernières épreuves du baccalauréat achevées, une polémique s’invite dans l’académie de Mayotte. Dans un communiqué diffusé jeudi 2 juillet, la fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) Mayotte affirme avoir recueilli des « informations concordantes » faisant état de pressions qui auraient été exercées sur certains membres de jury afin de revoir à la baisse les notes attribuées lors du Grand Oral, l’épreuve terminale phare du baccalauréat.
L’organisation de parents d’élèves affirme avoir procédé à une « vérification approfondie » et soutient que cette situation concernerait « l’ensemble des lycées du territoire ». Si les faits étaient avérés, estime la fédération, ils constitueraient « une atteinte particulièrement grave aux principes d’équité, d’impartialité et de souveraineté des jurys d’examen ».
Au-delà de la dénonciation, la FCPE demande au rectorat de garantir publiquement le respect de la souveraineté des jurys, la transparence des procédures d’harmonisation, l’absence de toute pression sur les examinateurs et la préservation des droits des candidats, alors que les résultats du baccalauréat à Mayotte vont être révélés ce lundi 6 juillet, soit avec une journée d’avance sur la publication officielle nationale prévue le lendemain, mardi 7 juillet.
Le rectorat dément et réclame des éléments

Interrogé par la presse locale, le rectorat de Mayotte répond point par point aux accusations dans un communiqué transmis le vendredi 3 juillet 2026.
Dans un courrier adressé au président de la FCPE, il indique être « dans l’attente d’éléments complémentaires permettant d’étayer davantage la situation » présentée par la fédération. Le rectorat rappelle d’abord que le Grand Oral est une épreuve nationale dont les modalités d’organisation sont identiques sur l’ensemble du territoire français.
« Les jurys d’examen exercent leur mission en toute indépendance, dans le respect des critères nationaux d’évaluation et des grilles officielles », indique-t-il. Même position concernant une éventuelle demande de modification des notes : « Les examinateurs demeurent seuls responsables des notes qu’ils attribuent au regard de la prestation des candidats ».
Une harmonisation prévue par les textes
Le rectorat insiste également sur la procédure d’harmonisation, souvent mal connue du grand public. Comme pour les autres épreuves du baccalauréat, cette phase vise à garantir une égalité de traitement entre les candidats en analysant les écarts de notation pouvant exister entre différentes commissions.
Lorsque des différences significatives apparaissent au regard des références nationales ou académiques, elles peuvent donner lieu à un examen collégial. Selon le rectorat, cette procédure « ne poursuit aucun objectif de modification systématique des notes » et « ne saurait être assimilée à une remise en cause de l’indépendance des examinateurs ».
Des vérifications menées en 24 heures
Sur les accusations de pressions, la réponse est ferme : « À ce jour, le rectorat ne dispose d’aucun élément objectivé permettant d’établir l’existence de pressions exercées sur les membres des jurys ». Cette affirmation soulève néanmoins une question : comment l’administration académique a-t-elle pu conclure aussi rapidement à l’absence d’éléments objectivés ?
Interrogé par notre rédaction, le cabinet du rectorat indique avoir « fait le point avec eux », en référence aux jurys concernés. L’administration n’a en revanche pas précisé quelles personnes avaient été consultées ni selon quelles modalités ces vérifications avaient été conduites. Le rectorat ajoute que, lorsque des faits précis, circonstanciés et étayés sont portés à sa connaissance, ils font naturellement l’objet des vérifications appropriées.
Un enseignant décrit une réalité inverse

Si la FCPE affirme avoir recueilli plusieurs signalements, certains témoignages d’enseignants recueillis par notre rédaction ne vont pas tous dans le même sens. Un professeur ayant siégé cette année dans les jurys du Grand Oral d’un lycée de Kawéni décrit une situation presque opposée à celle évoquée par la fédération. « J’aurais plutôt tendance à penser le contraire. On nous a fortement poussés à l’extrême bienveillance », explique-t-il.
Selon cet enseignant, les différentes réunions auxquelles il a participé allaient systématiquement dans le même sens. « Chaque commission spécialisée à laquelle j’ai assisté en tant que jury de Grand Oral ou de spécialité, on nous a toujours bien fait comprendre qu’il fallait s’adapter au territoire, comme d’habitude. Au contraire, j’avais l’impression que si j’étais trop sévère, cela aurait pu m’être reproché ».
Harmonisation ou pression ?
Toute la difficulté réside dans cette distinction. L’harmonisation est une étape normale des examens nationaux. Elle permet d’éviter des écarts importants de notation entre différents jurys et participe à l’égalité de traitement des candidats.
Mais lorsque des examinateurs ont le sentiment que leur appréciation est remise en question, la frontière entre une harmonisation légitime et une pression ressentie peut devenir source de tensions.
L’affaire est donc loin d’être tranchée. D’un côté, la FCPE Mayotte maintient ses accusations et demande que toute la lumière soit faite sur le déroulement des opérations d’harmonisation. De l’autre, le rectorat affirme ne disposer d’aucun élément objectivé corroborant ces allégations, tout en indiquant avoir procédé à des vérifications auprès des jurys concernés et rester dans l’attente d’éléments complémentaires susceptibles d’être examinés.
En l’état, deux récits s’opposent sans qu’aucun ne soit, à ce stade, étayé par des preuves rendues publiques. Une situation qui rappelle combien les procédures d’harmonisation, pourtant prévues par les textes, peuvent susciter des interrogations lorsqu’elles touchent à un examen aussi symbolique que le baccalauréat.
Plus encore à Mayotte, où l’école cristallise régulièrement les débats sur l’égalité des chances, le niveau scolaire et la valeur des diplômes. Dans un département où revient fréquemment, à tort ou à raison, l’idée selon laquelle le baccalauréat serait « plus facilement obtenu qu’ailleurs », la moindre suspicion autour des modalités d’évaluation nourrit inévitablement les doutes. Raison de plus pour que toute la transparence soit faite sur les conditions dans lesquelles les jurys ont exercé leur mission.
Mathilde Hangard


