Plus d'une vingtaine de brancardiers et ambulanciers du CHM sont en grève depuis lundi matin à Mamoudzou. Heures supplémentaires contestées, manque d'effectifs, missions SMUR et interventions à la morgue, les agents dénoncent une accumulation de difficultés et réclament des réponses de la direction.

« Le CHM brille par son silence » : les brancardiers et ambulanciers en grève à Mayotte

Plus d'une vingtaine de brancardiers et ambulanciers du CHM sont en grève depuis lundi matin à Mamoudzou. Heures supplémentaires contestées, manque d'effectifs, missions SMUR et interventions à la morgue, les agents dénoncent une accumulation de difficultés et réclament des réponses de la direction.

Sur les grilles des urgences du CHM, les drapeaux syndicaux tranchent avec le ballet habituel des ambulances et leurs sirènes. Depuis lundi 14 septembre matin, plus d’une vingtaine de brancardiers et d’ambulanciers internes ont cessé le travail pour dénoncer des heures supplémentaires qu’ils disent insuffisamment payées, un manque d’effectifs et des missions qu’ils jugent inadaptées. Face à une direction accusée de rester silencieuse, ils attendent désormais des réponses.

Des heures supplémentaires non payées après les barrages et Chido 

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Une vingtaine de personnes étaient mobilisées lundi matin devant l’établissement hospitalier. Mathilde HANGARD / JDM

Depuis plusieurs années, les agents du pôle transports sanitaires disent voir leurs difficultés s’accumuler. Plus d’une vingtaine d’entre eux ont décidé de se mobiliser. Le mouvement concerne les brancardiers et les ambulanciers internes, mais pas les équipes « Structure mobile d’urgence et de réanimation » (SMUR).

Zakouoini Hamada est brancardier au CHM depuis plus de trente ans et président de la CFTC. Il assure que les problèmes sont anciens et que les agents ont déjà tenté d’alerter leur hiérarchie. « Cela fait longtemps qu’on remonte des difficultés liées à ce pôle », explique-t-il.

La question des heures supplémentaires est aujourd’hui au coeur de leur colère. Les syndicats affirment que les agents en accumulent un grand nombre, notamment en raison d’un manque de postes. Certaines de ces heures n’auraient pas encore été payées ou feraient l’objet d’un mode de rémunération contesté.

La crise des barrages de janvier-février 2024 reste l’un des exemples cités par les agents. Alors que Mayotte était paralysée, le personnel hospitalier, et notamment les ambulanciers et les brancardiers ont continué à travailler malgré les difficultés de circulation et d’insécurité. Certains auraient franchi les barrages pour rejoindre leur lieu de travail, venir en aide à des patients coincés d’un bout à l’autre d’un barrage, faire passer des patients au-dessus des barrages… D’autres seraient restés sur place, faute de pouvoir rentrer chez eux. « On n’a toujours pas été payés de ça », affirme Zakouoini Hamada. Certains agents, ajoute-t-il, « restaient sur place car ils ne pouvaient pas passer, donc ils ont travaillé en continu ». 

Le passage du cyclone Chido, le 14 décembre 2024, aurait lui aussi laissé des heures de travail non réglées. Certains agents ont travaillé autour de l’événement sans avoir, selon le syndicaliste, été intégralement indemnisés. « Un tiers des heures ont été payées au mois de juillet dernier », affirme-t-il.

Les syndicats contestent également le recours aux heures dites « additionnelles ». Selon Zakouoini Hamada, ces heures sont placées sur un compte épargne-temps et rémunérées à hauteur de 83 euros pour sept heures. « Les heures qu’on fait, c’est une arnaque », estime-t-il, considérant que ce système revient à rémunérer les heures moins favorablement que ne le prévoit le principe des heures supplémentaires majorées. Derrière cette question financière, les agents mettent surtout en avant le manque de personnel. Ils estiment que celui-ci les contraint à multiplier les heures et contribue à fragiliser l’organisation du service.

Des ambulanciers face à des missions qui les inquiètent

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Les grévistes déplorent le manque de transports sanitaires pour transporter la population de Mayotte. Mathilde Hangard / JDM

La mobilisation porte également sur les missions confiées aux ambulanciers. Selon les grévistes, le manque de véhicules et d’effectifs dédiés au SMUR conduit certains ambulanciers à participer à des interventions relevant de ce service. « Les ambulanciers sont obligés de faire des missions SMUR car il n’y a pas assez de véhicule SMUR ou d’ambulanciers SMUR », affirme Zakouoini Hamada.

Il cite des arrêts cardiaques, des AVC ou encore des accouchements, tout autant de situations dans lesquelles, estime-t-il, les équipes doivent pouvoir disposer de professionnels spécifiquement formés. « Si les ambulanciers étaient des sages-femmes, on le saurait », lance-t-il.

Les grévistes redoutent également les conséquences de cette organisation sur la disponibilité des ambulances. Lorsqu’une équipe est mobilisée pour transporter un patient sur une longue distance ou pour le ramener à son domicile, elle n’est plus disponible pour répondre à une autre demande. Zakouoini Hamada évoque notamment le manque d’ambulances en Petite-Terre et à Combani. « À Petite-Terre, il n’y a qu’une ou deux ambulances, ou à Combani, il n’y a rien », affirme-t-il. « Les gens peuvent mourir tranquillement, doucement, ils ne seront pas secourus. Heureusement, il y a les pompiers mais ça ne fait pas tout ». 

Le syndicaliste estime plus largement que les moyens de transport sanitaire disponibles sur l’île ne sont pas à la hauteur des besoins. « À Mayotte, c’est là qu’on a le moins de transports sanitaires », affirme-t-il. « On a moins de soixante ambulances dans toute l’île, pour plus de 320 000 habitants. Comment voulez-vous sereinement aller chercher des patients et les emmener à l’hôpital ? ». 

Les brancardiers dénoncent aussi les tâches qui leur sont confiées à l’intérieur du CHM, comme dans le service de la morgue. Ils contestent notamment le fait d’être sollicités pour accompagner la sortie des corps et estiment ne pas être formés pour certaines situations auxquelles ils sont confrontés. « Quand on me dit d’aller chercher un corps, moi, je ne suis pas formé à parler avec la famille du défunt qui est présente », explique Zakouoini Hamada. « Il y a plein de choses qu’on nous demande qui ne font pas partie de notre travail initial ».

À cela s’ajoute la pénibilité physique du métier. Les agents doivent régulièrement déplacer des patients lourds dans des espaces qu’ils jugent trop étroits. « Quand un patient fait 150 kilos, car c’est un problème à Mayotte, les gens sont gros, et que vous avez devant vous deux petits bonhommes qui doivent transporter la personne dans des conditions très difficiles car les couloirs de l’hôpital sont trop exigus, on souffre tous », raconte le brancardier. « Moi, j’ai mal aux épaules, mon collègue au dos ». 

La direction du CHM recevra les grévistes 

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À la mi-journée, les grévistes commencent à plier le matériel et à retirer les drapeaux installés sur les grilles, conformément à la demande des forces de l’ordre. Mathilde Hangard / JDM

Pour les agents, toutes ces difficultés ont fini par nourrir un sentiment de lassitude. Zakouoini Hamada reproche à la direction du CHM de ne pas avoir répondu aux alertes adressées ces dernières semaines. « Le CHM brille par son silence », résume-t-il.

Le syndicaliste affirme avoir alerté la direction le 22 août, avant le dépôt du préavis de grève. Il dit avoir voulu provoquer un dialogue sur les difficultés rencontrées par les agents. « Je voulais susciter la nécessité de créer un dialogue entre la direction et nous, et la direction ne nous a pas répondu », affirme-t-il. « Jusqu’à aujourd’hui, aucune réponse, rien, nada, ni par rapport à cette alerte ni par rapport à notre préavis de grève ». 

La visite officielle du Premier ministre, Sébastien Lecornu, accompagné notamment de la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, à Mayotte, les 26 et 27 août, n’avait pas changé la position du syndicaliste, qui explique avoir renoncé à l’interpeller, estimant avoir déjà alerté à plusieurs reprises sur les difficultés du transport sanitaire dans l’île.

Finalement, la direction du CHM recevra les représentants syndicaux mardi 15 septembre, de dix heures du matin à midi. Selon les syndicats, cette première rencontre ne devrait toutefois porter que sur les heures supplémentaires, alors que leurs revendications sont plus larges. Ils souhaitent notamment discuter de la mise en place d’indemnités horaires pour travaux supplémentaires, qui permettraient de mieux rémunérer les heures effectuées. Une piste que Zakouoini Hamada considère comme plus « juste », tout en restant prudent sur les chances d’aboutir à un accord. « Demain, j’ai du mal à penser qu’on va trouver un terrain d’entente », estime-t-il.

La poursuite du mouvement dépendra des réponses apportées par la direction et de la décision des agents à l’issue de la rencontre. « Il faut que l’administration prenne conscience que s’ils veulent jouer dans la cour des grands, il faut qu’ils se dotent de moyens », déclare encore Zakouoini Hamada. « On ne peut pas parler du CHM comme d’un hôpital si tout ce qu’on trouve dedans, rien ne ressemble à un hôpital », conclut-il.

De son côté, la direction du Centre hospitalier de Mayotte n’a pas transmis de communiqué de presse à l’annonce du mouvement de grève. Elle a toutefois confirmé à notre rédaction la tenue de la rencontre avec les représentants syndicaux mardi matin.

Mathilde Hangard

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