L’ARS de Mayotte vient de dévoiler, aux côtés de l’Observatoire régional de la santé (ORS) de Mayotte et de l’URPS Infirmiers de l’Océan Indien, le 5e volet de l’étude EpiMay portant sur la consommation de drogues de synthèse, communément appelées « chimique ».

Drogue : la consommation de « chimique » en progression à Mayotte

L’ARS de Mayotte vient de dévoiler, aux côtés de l’Observatoire régional de la santé (ORS) de Mayotte et de l’URPS Infirmiers de l’Océan Indien, le 5e volet de l’étude EpiMay portant sur la consommation de drogues de synthèse, communément appelées « chimique ».

Du 2 juin au 8 juillet 2025, l’étude EpiMay a été menée à Mayotte auprès de 1.000 ménages tirés au sort sur l’ensemble du territoire. Cette enquête, permet de mieux connaître l’état de santé de la population mahoraise et de renforcer les données disponibles en santé publique.

Une progression de la consommation marquée chez les femmes

L’étude EpiMay met en évidence une augmentation préoccupante de la consommation depuis 2019.

L’étude EpiMay met en évidence une augmentation préoccupante de la consommation depuis 2019, portée notamment par les femmes, dont les niveaux de consommation ont fortement progressé au cours de cette période. Désormais 3 % des femmes déclarent une expérimentation de la « chimique » à un moment de leur vie, contre moins de 1 % six ans auparavant. À ce stade, les résultats de l’étude ne permettent pas d’identifier les facteurs expliquant la progression observée chez les femmes.

 

La « chimique » un fléau insidieux

Selon l’étude EpiMay, près d’un adulte sur vingt déclare avoir déjà consommé de la « chimique ». Ces résultats confirment l’installation de cette drogue de synthèse sur le territoire. Si l’expérimentation reste minoritaire, elle témoigne néanmoins de la diffusion d’un produit aux effets particulièrement imprévisibles et au fort potentiel addictif. Par ailleurs, l’étude estime que 52 adultes pour 10.000 consomment chaque jour cette drogue de synthèse, soit près de 870 personnes concernées à l’échelle de Mayotte.

Le rapport sur la consommation de « chimique » sur notre territoire intitulé Chasse-Marée.

Le JdM avait pu consulter en décembre 2025 un rapport sur la consommation de « chimique » sur notre territoire intitulé Chasse-Marée fait en partenariat avec la POPAM (Plateforme Oppelia de prévention et soin des addictions), l’ARS de Mayotte, le CHU de Lille, le CHM, le CHU de Bordeaux, l’Université de Mayotte et enfin l’OFDT (Observatoire français des drogues et des tendances addictives). Pendant un an, de septembre 2022 à septembre 2023, chercheurs, scientifiques, travailleurs sociaux, associations sont allés sur le terrain, aux quatre coins de l’île, pour identifier « la chimique » et constater son évolution tant du point de vue de sa consommation que dans sa composition ou encore de sa diffusion.

Tous les acteurs ont œuvré dans le secret allant au plus près des consommateurs pour récupérer des échantillons de « chimique » afin de les analyser, mais aussi en leur faisant remplir un questionnaire indiquant l’âge, le sexe, le nombre d’enfants, le niveau social, etc. Ce rapport dresse ainsi un état des lieux précis de cette drogue dure présente depuis maintenant une quinzaine d’années sur notre territoire.

Qu’est-ce que la « chimique » et quels sont ses effets ?

La chimique est un cannabinoïde de synthèse conçu à l’origine pour aider au sevrage du cannabis et notamment du tétrahydrocannabinol (THC). La « chimique » serait ainsi composée de plusieurs centaines de molécules différentes pouvant atteindre le nombre de 500 et serait de 2 à 200 fois plus puissante que le THC ! Ce qui en fait une drogue dure ! Les cannabinoïdes de synthèse existent depuis les années 1990’ mais au tournant des années 2000’ il y a eu un détournement de son usage par les trafiquants… et depuis 5 ans environ on est dans une logique d’innovation de la part de ces derniers.

La « chimique », une fois transformée, se présente généralement sous forme de tabac (illustration)

Quant à sa forme, la « chimique », une fois transformée, se présente généralement sous forme de tabac avec une allure un peu grasse une fois qu’elle est passée entre les mains d’un « cuisinier » (ndlr, jargon pour désigner un chimiste). Pour résumer, la chimique c’est un substrat végétal comme du tabac, du solvant comme de l’alcool par exemple, et un cannabinoïde de synthèse. A l’origine, c’est une poudre de couleur blanche à saumon avec plusieurs molécules que « le cuisinier » transforme et mélange avec un substrat végétal.

Concernant effets de la « chimique », ils sont tout sauf euphoriques. Les gens oublient, zappent leurs problèmes. Ils disparaissent le temps d’un moment… « Ce produit n’est absolument pas récréatif. Les consommateurs ne le prennent pas par plaisir mais par ennui », souligne un scientifique écotoxicologue. En ce qui concerne les effets indésirables, ils sont importants : hallucinations, palpitations, tachycardie, vertiges, vomissements, évanouissements, amaigrissement, perte de mémoire, agressivité, … avec une dépendance davantage psychologique que physiologique.

Des profils de consommation contrastés

L’étude EpiMay estime que 52 adultes pour 10.000 consomment chaque jour cette drogue de synthèse, soit près de 870 personnes concernées à l’échelle de Mayotte.

L’étude EpiMay met en évidence des profils différents selon le niveau de consommation. L’expérimentation est davantage observée chez les personnes socialement insérées, disposant de revenus plus élevés. À l’inverse, les consommations régulières concernent plus fréquemment des personnes en situation de vulnérabilité sociale, possédant de faibles revenus et un faible niveau de diplôme.

Cependant, près d’un adulte sur cinq n’a jamais entendu parler de la « chimique » : une partie de la population demeure insuffisamment informée sur ce produit et sur les risques qu’il représente.

Renforcer la prévention

Face à cette évolution, l’ARS Mayotte poursuit le renforcement de son offre spécialisée de prévention, d’accompagnement et de soins en addictologie à travers la Plateforme Oppelia de Prévention et de soins des Addictions à Mayotte (POPAM), qui regroupe :

– les Centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) ;

– les Centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues (CAARUD) ;

– les Consultations Jeunes Consommateurs (CJC).

Grève, manifestation, syndicats, éducation, professeurs, Rectorat, Mayotte
Le Centre Hospitalier de Mayotte (CHM) dispose d’un service d’addictologie implanté au site de Mamoudzou.

Cette plateforme dispose d’équipes mobiles intervenant au plus près de la population et des acteurs locaux dans une démarche d’« aller vers ». Le Centre Hospitalier de Mayotte (CHM) complète cette offre avec un service d’addictologie implanté au site de Mamoudzou.

Pour accompagner ces actions, l’ARS Mayotte déploie aussi une offre de prévention structurée, au plus près de tous :

– L’ARS a lancé, à la fin de l’année 2025, un appel à projets consacré au développement des compétences psychosociales auprès des plus jeunes, à travers le Fonds de lutte contre les addictions (FLCA), qui soutient chaque année la mise en œuvre de projets pour lutter contre les addictions ;

– L’ARS renforce également la formation des professionnels, notamment à travers les actions menées par la POPAM auprès des agents de la Communauté d’agglomération du Grand Nord de Mayotte (CAGNM), dans le cadre de l’appel à projets de la mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictive (MILDECA). L’ARS contribue par ailleurs à la mise en œuvre de la feuille de route territoriale 2023-2027 de la MILDECA.

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