« Le lait maternel reste le meilleur pour l’enfant », répètent les professionnels présents de stand en stand. Sous les tentes installées au centre social de Combani, sages-femmes, infirmières, associations et agents de la Protection maternelle et infantile (PMI) ont répondu aux questions des jeunes mamans à l’occasion de la Semaine mondiale de l’allaitement.

Pour cette troisième édition, les organisateurs avaient réuni les structures qui accompagnent les familles tout au long de l’année. Si la mobilisation est restée modeste avec une quinzaine de jeunes mères, les professionnels misent avant tout sur la diffusion du message. « On attend toujours plus de personnes. Mais le plus important, c’est le bouche-à-oreille. C’est la base de la société mahoraise », souligne Islami Ali M’Colo, chef du service Éducation pour la santé de la PMI.
Au-delà de la promotion de l’allaitement, cette journée visait aussi à mieux faire connaître les missions de la PMI. « Nous voulons pousser les jeunes mamans à venir chez nous, à sortir de l’isolement. On ne parle pas seulement d’allaitement, mais aussi de contraception, d’alimentation ou encore du suivi de l’enfant », rappelle Islami Ali M’Colo.
Des pratiques qui évoluent
Les recommandations sont claires : un allaitement maternel exclusif jusqu’à six mois, puis poursuivi en complément de l’alimentation jusqu’à au moins deux ans. Mais, sur le terrain, les professionnels constatent une évolution des pratiques. « Les femmes sont aujourd’hui beaucoup plus actives. Elles ont moins de temps. Certaines habitudes se perdent », observe Islami Ali M’Colo.

« Beaucoup de jeunes femmes nous disent : je veux rester libre, mon compagnon peut aussi donner le biberon. Elles ont peur d’être dépendantes de leur bébé », raconte Eugénie, sage-femme, qui travaille pour le Réseau périnatal de Mayotte (Repema).
Pour répondre à ces inquiétudes, les professionnels rappellent qu’allaitement et reprise d’activité ne sont pas incompatibles. « Certains tire-laits sont pris en charge par la Sécurité sociale et peuvent être loués en pharmacie », explique Nathrati, infirmière. Pourtant, ils restent peu utilisés. « Aujourd’hui, beaucoup de familles préfèrent acheter du lait en poudre. Pour certaines, c’est perçu comme un signe de réussite sociale », continue l’infirmière.
« Le lait maternel s’adapte aux besoins du bébé »
Pourtant, « ce qui est bien avec le lait maternel, c’est qu’il s’adapte aux besoins du bébé. S’il est déshydraté, le lait contiendra davantage d’eau. Le corps de la mère produit aussi des anticorps qui vont protéger l’enfant contre de nombreuses maladies », indique Eugénie, « en plus, c’est gratuit ». L’allaitement bénéficie également à la mère en réduisant notamment les risques de cancer du sein et de diabète.
L’accompagnement passe aussi par l’alimentation des mamans. « Il faut qu’elles mangent équilibré : des légumes à chaque repas, des produits laitiers, beaucoup d’eau et une alimentation variée. Nous sommes là pour leur expliquer tout cela », rappelle Boina Mze Sabianti, travailleuse à la PMI.
Sensibiliser dès l’adolescence
Parmi les participantes figuraient plusieurs mères mineures placées, accompagnées par l’association Yaouank. « C’était important qu’elles viennent apprendre comment donner le sein à leurs enfants et comprendre pourquoi c’est important », raconte Mariama, membre de l’association. Six des dix adolescentes suivies par l’association ont participé à la journée.
À 15 ans, l’une d’elles repart avec un regard différent sur l’allaitement : « J’ai appris comment allaiter. J’ai compris qu’il ne faut pas regarder son téléphone pendant qu’on donne le sein. Pour mes prochains bébés, j’allaiterai plus que trois mois et mieux », confie-t-elle.

Pour Malikat, membre de la jeune association Chababy, l’allaitement demeure cependant un sujet sensible. « Culturellement, cela reste quelque chose de très intime. Cela se transmet souvent de mère en fille. Certaines femmes ne sont pas à l’aise pour en parler ».
Tout au long de la matinée, des bénéficiaires du centre social ont ponctué les échanges de berceuses traditionnelles. « Les berceuses nourrissent aussi le lien et la confiance », glisse l’une d’elles. Un échange intergénérationnel important, d’après l’organisation.
La journée a également été l’occasion de proposer gratuitement des dépistages du diabète, de l’hypertension et du VIH. Une vingtaine de femmes en ont profité. Une sensibilisation importante pour Islami Ali M’Colo : « À Mayotte, beaucoup de personnes ne consultent pas faute de moyens ou parce qu’elles n’ont pas accès aux soins. Ces actions sont aussi là pour les rapprocher du parcours de santé et c’est primordial ».
Joséphine Puig


