À Mayotte, la saison sèche ravive chaque année le spectre des grands incendies de végétation. Dans leur dernier communiqué, Les Naturalistes de Mayotte rappellent que plus de 90 % des incendies recensés l’an dernier étaient d’origine humaine, provoqués par des brûlis mal maîtrisés.

La situation est d’autant plus critique que les débris de végétaux accumulés après le passage du cyclone Chido constituent un combustible sec prêt à s’enflammer au moindre départ de feu. « L’année dernière, nous avons perdu environ 300 hectares de forêt ou d’agroforêt. À ce rythme, si rien ne change, il n’y aura plus de forêt à Mayotte en 2050 ! », alerte Michel Charpentier, président de l’association.
Au-delà de la perte de biodiversité, la disparition du couvert forestier menace directement les ressources vitales de l’île. Sans arbres pour retenir la terre, les pluies de fin d’année lessivent les sols mis à nu.
Le brûlis, étincelle d’une catastrophe écologique et hydrique

Ce phénomène détruit la fertilité agricole, crée des paysages érodés — les fameux pazas — et déverse chaque année 27.000 tonnes de terre dans le lagon, étouffant les coraux. Plus grave encore, la déforestation empêche l’eau de pluie de s’infiltrer dans les nappes phréatiques, asséchant progressivement les rivières de l’île. Pour l’association, la réponse des autorités reste insuffisante.
Si les investissements récents du Service départemental d’incendie et de secours (Sdis) dans des camions, des drones ou un hélicoptère bombardier d’eau sont salués, ils ne s’attaquent pas à la racine du problème. L’interdiction théorique des brûlis en saison sèche existe déjà depuis 2017. Cependant, elle n’est pas respectée sur le terrain. Les Naturalistes demandent une grande campagne d’information, comparable à celles menées durant la crise sanitaire, pour sensibiliser l’ensemble de la population.
Changer de stratégie
L’association préconise également la mise en place d’un numéro d’appel centralisé pour signaler rapidement tout départ de feu. Face aux limites des amendes financières, souvent inefficaces face à des contrevenants insolvables, Michel Charpentier formule une proposition concrète : « remplacer les poursuites financières par des peines de travaux d’intérêt général dédiées au reboisement des zones brûlées ».
Il rappelle que « des alternatives écologiques au brûlage existent déjà dans le monde agricole, comme le broyage, le compostage ou le paillage des cultures de manioc et de bananiers ». Ces méthodes protègent les sols contre l’évaporation et l’érosion. Pour les Naturalistes, l’urgence n’est plus d’éteindre les flammes, mais d’empêcher la première étincelle de s’allumer.
Léo Vignal


