Marchés publics attribués à une entreprise familiale, recrutements de proches et utilisation de fonds de l’Agence française de développement figurent parmi les faits signalés, que l’association estime devoir faire l’objet de vérifications judiciaires.

Anticor 976 saisit la justice sur de possibles irrégularités dans la gestion de Chirongui

Marchés publics attribués à une entreprise familiale, recrutements de proches et utilisation de fonds de l’Agence française de développement figurent parmi les faits signalés, que l’association estime devoir faire l’objet de vérifications judiciaires.

L’association Anticor, spécialisée dans la lutte contre la corruption, les atteintes à la probité publique et la promotion de l’éthique en politique, annonce avoir saisi la justice « sur des soupçons d’irrégularités dans la gestion de la commune de Chirongui par sa maire, Mme Hanima Ibrahima », dans un communiqué, ce jeudi 25 juin.

La première action initiée par Anticor

L’action concerne le second mandat d’Hanima Ibrahima de 2017 à 2020.

Il s’agit de la première action initiée par Anticor à Mayotte depuis la création de l’antenne mahoraise en fin d’année 2025.

Le 5 mai 2026, l’association Anticor a transmis au Procureur de la République de Mamoudzou « un signalement relatif à des faits susceptibles de constituer des atteintes à la probité, dans le cadre du deuxième mandat de Mme Hanima Ibrahima à la tête de la commune de Chirongui (2014-2020) ».

Ce signalement se fonde sur des éléments issus d’alertes de citoyens, de documents administratifs et d’un rapport de la Chambre régionale des comptes de Mayotte de 2024, « faisant état de plusieurs irrégularités potentielles », qui appellent, pour Anticor, à des « vérifications approfondies de l’autorité judiciaire », souligne l’association.

Une trentaine de marchés publics attribués à une société familiale

Les faits signalés concernent notamment l’attribution d’une trentaine de marchés de travaux publics à une société dirigée par des membres de la famille de la maire, pour un montant total de 545.000 euros entre 2015 et 2020, sans que le conseil municipal n’ait été informé de la passation de ces contrats. « Si ces faits sont avérés, ils sont susceptibles de constituer les infractions de favoritisme et de prise illégale d’intérêts », indique Anticor.

Par ailleurs, l’association relève que « quatre autres membres de la famille de l’édile ont été recrutés par la commune entre 2014 et 2020 ». « Certains de ces contrats auraient été signés directement par Hanima Ibrahim. Si ces faits sont avérés, ils sont susceptibles de constituer l’infraction de prise illégale d’intérêts ».

2.8 millions d’euros à rembourser à l’AFD

Présente depuis la fin 2025 à Mayotte, l’association Anticor est spécialisée dans la lutte contre la corruption, les atteintes à la probité publique et la promotion de l’éthique en politique.

Enfin, l’association souligne ses inquiétudes sur « l’éventuel mésusage de fonds publics émanant de l’Agence française de développement (AFD) au profit de la commune de Chirongui en vue de la réalisation d’opérations d’investissement communal décidées en 2017 et 2018. La commune serait dans l’incapacité de justifier l’utilisation d’une partie des fonds avancés par l’AFD ». De plus, ajoute Anticor, « 2.8 millions d’euros n’auraient pas été remboursés par la commune à l’AFD alors qu’elle s’y était pourtant engagée. Si ces faits sont avérés, ils sont susceptibles de constituer l’infraction de détournement de fonds publics ».

Anticor rappelle que ce signalement ne constitue ni une condamnation, ni une déclaration de culpabilité. Il appartient désormais à la justice d’apprécier les faits et, le cas échéant, de déterminer les responsabilités.

Ce premier signalement déposé par Anticor s’inscrit dans la mission constante de l’association de lutter localement contre les atteintes à la probité. « À Mayotte, le groupe local s’appuie sur les alertes des citoyens, les rapports des juridictions compétentes et les documents publics lorsqu’ils font apparaître des éléments susceptibles de relever la commission d’infractions à la probité ».

« Mayotte est confrontée à des défis majeurs de développement. Dans ce contexte, les deniers publics doivent impérativement être utilisés conformément à leur destination et dans l’intérêt exclusif de la population », affirme Léo Jusiak, référent local d’Anticor 976.

« Les décideurs publics qui en sont responsables doivent faire preuve d’une gestion exemplaire : c’est une condition essentielle à la confiance entre les citoyens et leurs institutions ».

V.D

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