Devant le portail du groupe scolaire Maraîcher, à Koungou, ce mardi 23 juin, peu avant midi, Mariama* vient récupérer deux de ses trois enfants pour la pause de la mi-journée. Avant de se diriger vers l’école, elle a acheté quelques provisions auprès d’une vendeuse installée sous un parasol, à même le sol, en face de l’établissement.
Un euro par jour et par enfant

Dans le petit sac qu’elle remettra à son fils, scolarisé en CE1, elle glisse une brique de jus et un sachet de chips achetés pour quelques centimes. Un geste qu’elle répète chaque jour pour offrir à son enfant de quoi se restaurer, en complément des collations distribuées à l’école.
« J’ai un euro par jour et par enfant pour leur goûter. Parfois, quand ça va un peu mieux, je peux monter à 1,50 euro, voire 2 euros, mais pas plus », raconte-t-elle, la main sur le front pour se protéger du soleil tout en essayant d’apercevoir ses enfants à travers la grille.
L’annonce, samedi 20 juin, sur les réseaux sociaux, par le maire de Koungou, Saïd Ahamadi Raos, de la suppression du financement des collations scolaires distribuées par la Caisse des écoles dans les écoles maternelles et élémentaires de la commune, dont bénéficiaient jusqu’à présent ses enfants, l’inquiète fortement.

« C’est inquiétant, mais on n’a pas le choix », souffle-t-elle. « On n’a pas de l’argent tous les jours. Sans les collations, ça va devenir compliqué de donner aux enfants un petit-déjeuner avant qu’ils partent à l’école », poursuit Moina*, elle aussi parent d’élève à l’école maternelle Maraîcher.
« Moi, j’ai cinq enfants. J’achète des petits gâteaux, je donne ce que j’ai le matin, comme des bananes ou des crêpes. S’il n’y a plus de collations, ça va être la galère », continue-t-elle, tandis que sa fille se tient à ses côtés, un morceau de pain à la main.
Un appel à la responsabilité des parents

« Oui, il y a eu des produits périmés, mais il y avait aussi parfois de bonnes choses. On veut simplement une meilleure qualité pour la suite », insiste-t-elle, en réponse aux propos du maire, qui indiquait vouloir « restructurer la Caisse des écoles avant de relancer un service plus adapté pour que nos enfants mangent des goûters de meilleure qualité et non plus des produits souvent périmés ».
Dans la vidéo publiée sur les réseaux sociaux, Saïd Ahamadi Raos affirme également qu’au sein de la Caisse des écoles de la commune, « il y avait de l’argent volé », sans fournir davantage d’éléments. À ce stade, cette affirmation n’a pas pu être vérifiée. Contactés par message, le cabinet du maire et l’ancienne direction de la Caisse des écoles n’ont pas donné suite à nos sollicitations.
En attendant cette « restructuration », le maire en appelle à la « responsabilité des parents pour prendre le relais, cuisiner pour leurs enfants et ne pas les laisser livrés à eux-mêmes, car ils doivent être choyés ». Avant d’ajouter que la Caisse d’allocations familiales (Caf) et la Caisse de sécurité sociale de Mayotte (CSSM) « doivent verser directement les allocations aux familles concernées ».
Des mots forts dans une commune où une partie des foyers fait face à une forte précarité, et surtout une décision prise dans l’urgence, qui place enfants, parents, enseignants et personnels des établissements devant le fait accompli.
Une décision rapide, sans « solution de remplacement »

Habituellement, dans les écoles maternelles de la commune, un petit-déjeuner est distribué à l’arrivée des enfants, à 7 h 30, puis une collation à 9 h 30. L’après-midi, les élèves bénéficient à nouveau d’une collation lors de la récréation de 14 h. À l’école élémentaire, les élèves ne reçoivent plus de petit-déjeuner mais conservent les deux autres collations.
Selon les tarifs publiés par la Caisse des écoles de Koungou pour l’année scolaire 2025-2026, les familles devaient s’acquitter d’une participation comprise entre 17 et 25 euros par enfant pour bénéficier du dispositif de collations. Le montant variait en fonction de la date d’inscription : 25 euros entre août et décembre, 23 euros entre janvier et février, puis 17 euros à partir du mois de mars.
Au groupe scolaire Maraîcher, quatre fournisseurs assurent jusqu’à présent la livraison des collations. Selon les jours, les élèves reçoivent des jus, des gâteaux, des fromages et parfois des fruits ou des yaourts. De quoi garantir à tous un minimum d’apports nutritionnels pour tenir la journée en classe et favoriser leur concentration.

Car la fin annoncée des collations pourrait également renforcer le recours aux achats spontanés devant les écoles. Des produits peu coûteux, mais pauvres sur le plan nutritionnel, qui risquent de se substituer davantage aux collations distribuées jusqu’à présent dans les établissements.
« Cela fait déjà quatre ou cinq ans qu’il y a des collations dans les écoles, et du jour au lendemain, tout s’arrête ! Je ne comprends pas », souligne une employée de la Caisse des écoles, également parent d’élève.
« Le maire actuel souhaite supprimer les collations en raison de leur mauvaise qualité. Cette décision peut se comprendre, mais il aurait fallu prévoir une solution de remplacement avant d’annoncer des mesures aussi drastiques », remarque une enseignante à Koungou. Pour le moment, aucune information n’a été transmise à propos d’une éventuelle « solution de remplacement ».
« Je suis en première ligne pour connaître ce que vivent une grande partie de nos élèves. De nombreuses familles ne disposent pas de revenus suffisants pour acheter un goûter chaque jour à leurs enfants. Cette mesure risque donc d’accentuer encore davantage les inégalités sociales, ce qui est particulièrement regrettable ».
Le petit-déjeuner du rectorat, dernier filet de sécurité

Si les collations de la Caisse des écoles sont effectivement supprimées à la rentrée prochaine, certains établissements scolaires obtiennent toutefois un petit-déjeuner scolaire financée par le rectorat.
« Nous espérons qu’il ne sera pas supprimé à son tour », observe l’enseignante, qui précise que toutes les écoles n’en bénéficient pas.
Ainsi, au sein même du groupe scolaire Maraîcher, l’école maternelle perçoit cette collation, tandis que l’école élémentaire n’en dispose pas. L’un des deux enfants de Mariama continuera donc à recevoir une collation à l’école. L’autre non. De quoi créer des disparités au sein même des familles.
« Ce dispositif est, à ce stade, maintenu dans l’académie », assure le rectorat. « Toutefois, le volume d’élèves concernés ainsi que les modalités précises de mise en œuvre sont en cours d’arbitrage au niveau du ministère durant la période estivale ».
Victor Diwisch
* les prénoms ont été modifiés pour préserver l’anonymat.


