Sur scène, l’une chante et joue du gaboussi, pendant que l’autre évolue dans les airs, suspendue à un tissu. Deux pratiques différentes qui se retrouvent dans un même spectacle. « Nastaliq du souffle », une création qui sera présentée vendredi 19 juin prochain à Kawéni à l’initiative de l’association Hippocampus.
La création réunit Nawal, artiste franco-comorienne reconnue pour son travail autour des musiques de l’océan Indien et Shaheen Saliahmohamed, artiste circassienne mauricienne. Ensemble, elles se sont inspirées du nastaliq, une ancienne calligraphie persane caractérisée par ses lignes courbes et fluides. « Je suis le souffle et elle est la calligraphie », résume Nawal Mlanao.
Une création née d’une rencontre à Moroni
Le projet est né il y a plusieurs années, lors d’une rencontre au Festival des arts contemporains des Comores (FAC) , à Moroni. Nawal découvre alors le travail de l’artiste mauricienne et se dit frappée par la présence d’une femme de la région dans une discipline encore peu développée dans l’océan Indien. « Aux Comores, le cirque n’existe pratiquement pas. Voir une femme de l’océan Indien faire ça, je trouvais ça fascinant », raconte-t-elle.
De son côté, la circassienne s’intéresse depuis longtemps à l’histoire des îles de la région et aux liens qui les unissent. Ses recherches l’ont menée vers le nastaliq, mais aussi vers les circulations culturelles qui ont façonné l’océan Indien au fil des siècles.

Sur scène, cette réflexion se traduit dans le mouvement et la musique. « Nous avons choisi quelques noms et attributs de Dieu », explique Nawel Mlanao. Tandis que Nawal jouera de ses instruments et chantera, Shaheen Saliahmohamed les traduira en mouvements aériens, comme une écriture dans l’espace. Au-delà de la performance, les deux artistes défendent une vision commune : celle d’un océan Indien où les échanges culturels continuent de circuler entre les îles.
« On a envie que les gens se rencontrent davantage dans notre région ». La chanteuse rappelle d’ailleurs avoir participé à plusieurs projets destinés à renforcer les liens culturels entre Mayotte, les Comores, Zanzibar ou encore la Tanzanie. Pour elle, ces échanges sont essentiels pour préserver des héritages parfois menacés. « Tu ne peux pas perdre tes racines. Si tu perds tes racines, tu meurs », affirme-t-elle.
Toucher un public nouveau

Le choix d’organiser le spectacle à Kawéni n’est pas anodin, en effet, les organisateurs souhaitent toucher un public qui n’a pas toujours accès à ce genre d’événements culturels. C’est aussi pour cette raison que l’entrée sera gratuite pour les moins de 18 ans.
Pour Valentin Moustard, professeur d’EPS et responsable de la section cirque de l’association Mayomnisport, partenaire de l’événement, cette démarche répond à un véritable besoin. « À Mayotte, il faut tout créer parce qu’il n’y a pas forcément les infrastructures nécessaires. Faire venir ce genre de spectacle à Kawéni, c’est important parce qu’il y a beaucoup de jeunes et ça leur permet de découvrir autre chose », souligne-t-il.
Son association assurera d’ailleurs la première partie de la soirée. Créée il y a deux ans, Mayomnisport présentera plusieurs numéros de cirque avec des acrobaties et du cerceau, dans la continuité du travail mené auprès des jeunes du quartier. « Les jeunes vont pouvoir montrer ce qu’ils savent faire et le travail réalisé depuis plusieurs mois ».
Un message de transmission
Pour Nawal, l’événement porte également un autre message : celui de la place des femmes dans les pratiques artistiques. L’artiste franco-comorienne souligne qu’il existe encore des idées reçues autour de certains instruments comme le gaboussi, une guitare traditionnel souvent associé aux hommes. « Il y’a un homme qui m’a dit la dernière fois que je ne peux pas en jouer car je suis une femme. Alors déjà qu’il n’y a plus beaucoup d’hommes qui jouent du gaboussi, pour les femmes je crois être la seule et c’est comme ça qu’une pratique disparaît », confie-t-elle.
À ses yeux, voir une femme musicienne sur scène et une autre réaliser des figures aériennes spectaculaires peut avoir un impact sur les plus jeunes. « J’espère que ça va ouvrir un peu les oeillères et que cela donnera envie à certaines de se dire : moi aussi, je peux le faire ». Le spectacle durera environ une heure, entre musique cirque et héritages culturels de l’océan Indien, les artistes espèrent surtout éveiller la curiosité du public. Peut-être même donner envie à certains jeunes d’aller découvrir les îles voisines, leur histoire et les liens qui les unissent.
Shanyce MATHIAS ALI.


